Une remontée appropriée des taux d'intérêt

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Août 2017

Une remontée appropriée des taux d'intérêt

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Août 2017

La Banque du Canada a amorcé un resserrement monétaire lors de sa rencontre du 12 juillet, ce qui a fait bondir le dollar canadien et certains taux d'intérêt. Comment expliquer cette décision ? Faut-il s'inquiéter de la suite des choses ?

Peu de gens auraient prédit au début de 2017 que la Banque du Canada suivrait l'exemple de la Réserve fédérale en commençant à remonter ses taux directeurs. Rappelons que, en réponse à la correction des cours pétroliers, elle avait abaissé le taux cible du financement à un jour à deux reprises en 2015 pour l'amener à 0,50 %, soit tout près de son creux historique. Malgré une remontée des cours pétroliers et un rebond de l'activité économique canadienne durant la seconde moitié de 2016, les dirigeants de la Banque du Canada demeuraient inquiets et gardaient encore l'hiver dernier la porte ouverte à un assouplissement supplémentaire de la politique monétaire canadienne.

Les craintes que la chute des cours pétroliers freine de façon durable la progression de l'économie canadienne ne se sont toutefois pas concrétisées. Profitant, entre autres, d'une excellente performance du marché du travail et des efforts de relance des gouvernements, la consommation des ménages a été très robuste au cours des derniers trimestres, et ce, même dans les régions les plus dépendantes des matières premières. De la même façon, les craintes que le resserrement des règles hypothécaires vienne casser l'élan du marché immobilier ne se sont pas réalisées. L'activité dans le secteur résidentiel est demeurée très vigoureuse, même si l'on exclut les fluctuations spectaculaires observées dans la région de Toronto. La performance des investissements des entreprises et des exportations a aussi dépassé les attentes, et l'économie canadienne a enregistré la plus forte croissance des pays du G7 au cours des derniers trimestres.

Éviter une crise à moyen terme

Si l'économie canadienne a si bien fait récemment malgré certaines embûches, c'est probablement parce que son momentum était plus fort que ce qu'estimaient la plupart des observateurs. Alors que les capacités excédentaires de l'économie canadienne devraient être épuisées vers la fin de 2017, il devient tout à fait approprié de commencer à normaliser graduellement la politique monétaire, et ce, même si l'inflation demeure relativement faible. Une deuxième hausse de 0,25 % des taux directeurs est attendue à l'automne, ce qui finirait de renverser les assouplissements de 2015. Par la suite, le resserrement monétaire devrait se poursuivre au rythme prudent d'environ une hausse de taux chaque six mois.

Comme elle n'était pas anticipée il y a quelques mois, l'augmentation des taux directeurs de juillet a eu un impact important sur le marché obligataire canadien et sur le huard. Ce dernier a bondi d'environ 8 % depuis la fin du mois de mai pour avoisiner 0,80 $US. Les prochaines hausses devraient avoir des effets plus limités puisqu'elles sont en bonne partie anticipées. Reste que, pour les emprunteurs qui voient leur coût de financement augmenter et pour les exportateurs qui luttent pour demeurer compétitifs, un resserrement monétaire n'est jamais une bonne nouvelle. Le maintien d'une politique monétaire extrêmement accommodante, lorsqu'il n'est plus requis, augmenterait toutefois les vulnérabilités de l'économie canadienne liées, entre autres, à l'endettement des ménages, et accroîtrait le risque d'une crise importante à moyen terme.

Dans le contexte actuel, une normalisation graduelle de la politique monétaire semble l'option la plus prudente.

EXPERT INVITÉ
Mathieu D'Anjou, CFA,
est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins.

 


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