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Nahid Aboumansour: quand la pire dépense finit enfin par payer

Claudine Hébert|Édition de la mi‑mars 2022

Nahid Aboumansour: quand la pire dépense finit enfin par payer

Nahid Aboumansour, directrice générale des Petites-Mains (Photo: courtoisie)

Quitter famille, carrière et pays est un geste qui coûte cher. Très cher! Or, sans cette pénible et douloureuse dépense, Nahid Aboumansour n’aurait jamais réalisé son meilleur investissement: la création de Petites-Mains.

 

Immigrer au Canada en 1989 ne s’est pas fait sans regret, n’est-ce pas?

Pendant mes cinq premières années au Québec, j’ai considéré mon grand déménagement comme étant la pire dépense de ma vie. Avant que la guerre du Liban nous pousse, mon mari, moi et mes trois enfants, à tout quitter, j’étais, à 35 ans, une architecte prospère. J’enseignais également à l’Université du Liban, à Beyrouth. Malheureusement, aucune de mes compétences professionnelles n’a été reconnue à mon arrivée. Sans compter que je ne parlais pas non plus français. Cette période de ma vie a été très difficile.

 

Comment cette situation est-elle devenue un investissement profitable?

J’ai découvert les vertus du bénévolat. J’étais déçue de ne pas pouvoir travailler. Je devais trouver une forme de vie active, d’où mon implication bénévole au sein d’un organisme communautaire dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges. J’ai commencé à rencontrer plusieurs femmes s’approvisionnant à une banque alimentaire qui était sur le point de fermer. Leur désir d’être autonomes plutôt que de dépendre des autres m’a encouragée à cofonder Petites-Mains, en 1995, avec l’aide de soeur Denise Arsenault. Depuis plus de 25 ans, j’agis à titre de directrice générale de cet organisme sans but lucratif qui favorise l’insertion sociale des femmes immigrantes. Une insertion qui mise sur des formations en couture industrielle, en restauration et en bureautique, sans oublier des cours de français.

 

Au-delà des multiples honneurs qui vous ont été décernés depuis plus de 20 ans (dont celui de chevalière de l’Ordre national du Québec en 2017), quelles leçons financières retenez-vous de cette expérience de vie?

D’abord, investir dans le capital humain est de loin le geste le plus gratifiant que l’on puisse faire comme dirigeante d’entreprise. Surtout lorsque cet investissement aide l’autre à atteindre l’indépendance financière, un besoin essentiel qui permet d’apprécier la vie. Jusqu’à ce jour, nous avons d’ailleurs aidé près de 20 000 femmes à mieux s’intégrer et à trouver un emploi. Ces dernières années m’ont également incitée à bien évaluer chacune de mes dépenses, qu’elle soit personnelle ou professionnelle. Peut-être même un peu trop.

 

Que voulez-vous dire?

Épicerie, vêtements, voyages… tous mes achats sont désormais réfléchis. Chacune de mes dépenses, petites, moyennes ou grandes, doit répondre à mes exigences et surtout ne pas dépasser le montant que je détiens dans mon compte en banque. Cependant, je réalise que je perds parfois beaucoup de temps à analyser le pour et le contre. C’est désormais dans ma nature de vouloir aller jusqu’au bout de mes recherches avant de procéder à un achat.

 

Justement, quel est l’achat dont vous êtes la plus fière?

L’acquisition de l’immeuble qui abrite Petites-Mains depuis 2007. Nous avions besoin d’un toit fixe ainsi que de grands espaces pour assurer la pérennité de l’organisme. Être à loyer n’était plus viable. J’ai passé près de deux ans à visiter des dizaines de bâtiments dans plusieurs arrondissements, à analyser les subventions dont nous pourrions bénéficier pour faciliter cette acquisition majeure. J’ai finalement trouvé ce bâtiment de trois étages, situé sur le boulevard Saint-Laurent, dans l’arrondissement de Villeray— St-Michel—Parc-Extension, à deux pas de la station de métro De Castelnau. Un immeuble de 1,5 million de dollars, dont l’hypothèque sera entièrement réglée avant le 30e anniversaire de Petites-Mains en 2025.