Pourquoi les Québécois sont-ils les champions de la faillite?

Publié le 01/07/2015 à 07:30

Pourquoi les Québécois sont-ils les champions de la faillite?

Publié le 01/07/2015 à 07:30

Pour une quatrième année consécutive, le Québec trône en tête d’un palmarès peu reluisant. Avec plus de 44 000 faillites et propositions en 2014, la province dépasse même l’Ontario en chiffres absolus, pourtant plus populeuse. Pourquoi les Québécois sont-ils si nombreux à faire banqueroute?

Impossible de répondre précisément. Des études pancanadiennes se sont penchées sur le sujet, mais aucune ne s'est intéressée au cas particulier du Québec. «Certaines hypothèses peuvent être émises, mais impossible de confirmer leur corrélation avec le plus grand nombre de faillites au Québec », affirme Joëlle Noreau, économiste du Mouvement Desjardins qui a réalisé d'importantes études sur les faillites au pays.

Entre autres hypothèses possibles, il y a les secteurs d'activités, peut-être plus fragiles, que choisissent les entrepreneurs québécois. Alors que le plus grand nombre de faillites touchent le secteur de l'hébergement et de la restauration, le Québec compte moins d'établissements rattachés à de grandes chaines que dans le reste du pays. D'autres pointent du doigt le fardeau fiscal des entreprises québécoises, l'un des plus élevés au pays, comme autre explication possible. Mais aucune donnée ne peut confirmer ces hypothèses, souligne Mme Noreau.

Toutes provinces confondues, l'économiste peut par ailleurs affirmer que la méconnaissance en gestion serait un facteur aggravant important. « Les faiblesses en gestion reviennent comme une constante », écrit-elle. La sous-capitalisation des entreprises, la faiblesse du fonds de roulement et le surendettement sont des problèmes majeurs récurrents.

Trop frileux, les Québécois?

La Fondation de l'entrepreneurship croit pour sa part que la frilosité des entrepreneurs québécois pourrait leur être nuisible. « Peu d'entrepreneurs d'ici visent un développement international, comparativement au reste du Canada, fait valoir Rina Marchand, directrice principale, développement des contenus et innovation à la Fondation. Quand on ne vise pas la croissance, mais plutôt le statut quo, il y a de fortes chances qu'on se fasse rattraper par la compétition. »

«Plusieurs ont aussi tendance à choisir leur domaine d'activité selon leurs intérêts, mais il faudrait s'assurer qu'ils répondent à un besoin sur le terrain », ajoute Mme Marchand. Davantage de mentorat et un meilleur accompagnement pourrait les aider à faire des études de marché et mettre en place des plans d'affaire qui tiennent la route.

Selon Charles Tremblay, président du conseil d’administration du conseil des Syndics de faillite du Québec, les faillites au Québec seraient par ailleurs essentiellement liées à la situation économique. « L’appauvrissement global de la société a un impact direct sur les entreprises, car notre système est basé sur la consommation, affirme-t-il. Les gens consomment moins, l’achalandage dans les commerces baisse, surtout en région. Les marges bénéficiaires sont donc moins grandes, mais la concurrence reste élevée. »

François* a ressenti très fortement ces éléments en 2014. L’entrepreneur est passé tout près de la faillite, alors que les revenus de la petite entreprise qu’il avait mis sur pied 5 ans plus tôt ont chuté drastiquement. « Mes clients n’avaient plus les moyens d’acheter mes services pour des raisons de compressions budgétaires, de coupes de personnel ou de restructuration », relate-t-il. Frôlant la catastrophe, il a été contraint de mettre son entreprise en veilleuse et de retourner sur le marché du travail.

Un marché de l’emploi fragile

Difficile aussi de dire pourquoi les faillites personnelles sont plus nombreuses au Québec que dans le reste du pays. Mais de façon générale, elles seraient principalement liées au marché du travail. Bien que le taux de chômage n’ait pas augmenté énormément, sa hausse serait suffisante pour avoir accru le nombre de faillites. D’autant plus que la période de chômage s’est étirée avec le temps. Avant la récession, sa durée moyenne était inférieure à 20 semaines, alors qu’elle a dépassé les 25 semaines en 2013.

« Les Québécois ont besoin de recevoir leur paie chaque semaine et ne peuvent généralement pas vivre longtemps de leurs économies, fait valoir M. Tremblay. Ils ne sont pas capables d’assumer une baisse de revenus pendant longtemps. »

*Nom fictif

 

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