Cliniques minceur : une cure pour le portefeuille

Publié le 23/06/2016 à 08:00, mis à jour le 23/06/2016 à 09:22

Cliniques minceur : une cure pour le portefeuille

Publié le 23/06/2016 à 08:00, mis à jour le 23/06/2016 à 09:22

Les établissements proposant des programmes d’amaigrissement ont la cote au Québec. Mais leurs services sont chers, inefficaces et potentiellement dangereux pour la santé.

Un bilan de santé à 165$ plus taxes suivi d’au moins quatre rencontres hebdomadaires à 74$ chacune. Un traitement d’amincissement au laser à plus de 1000$. Un «coaching minceur» d’une durée de 7 mois à 640$, suppléments protéinés non compris.

Mieux vaut avoir le portefeuille bien garni pour entreprendre un traitement minceur dans l’un des nombreux commerces qui s’engraissent sur le dos de consommateurs obsédés par la perte de poids. Si leur offre est aussi généreuse que variable, la plupart partagent la caractéristique commune de se désigner comme «cliniques», qu’il y ait ou non du personnel médical à bord. D’ailleurs, leurs sites Web regorgent de photos de professionnels en blouse blanche au sourire bienveillant, stéthoscope autour du cou.

Poids lourds

De la poudre aux yeux, estime Yves Jalbert, spécialiste de contenu à l’Association pour la santé publique du Québec et auteur de Démasquer l’industrie de l’amaigrissement. Publié en novembre 2015, ce rapport dénonce notamment la dangerosité des produits, des services et des moyens amaigrissants (PSMA) ainsi que les pratiques douteuses de cette industrie.

«On utilise le terme “clinique” mais c’est de la publicité trompeuse car il n’y a pas nécessairement d’infirmières ou de médecins dans ces commerces. Et les traitements sont basés sur des études peu rigoureuses souvent financées ou réalisées par l’industrie de l’amaigrissement.»

Même si la clinique d’amaigrissement est exploitée par un médecin ou emploie ce professionnel, les services n’y sont pas forcément meilleurs, poursuit Yves Jalbert. Il donne l’exemple d’établissements où les médecins «prescrivent» des produits protéinés vendus sur place. Vérification faite, cette pratique va à l’encontre du Code de déontologie des médecins, et ce, même si d’autres membres du personnel de la clinique proposent les produits aux clients.

À plein régime

L’industrie des PSMA connaît une fulgurante croissance, selon Yves Jalbert, bien qu’il soit difficile d’en mesurer l’ampleur. Chose certaine, l’encadrement réglementaire est insuffisant et morcelé, explique-t-il. Santé Canada homologue les appareils utilisés lors de traitements au laser ou à l’infrathérapie, par exemple, mais il n’est pas nécessaire d’avoir un titre particulier ou un permis pour exploiter une clinique privée d’amaigrissement et y vendre des aliments. Une situation que dénonçait d’ailleurs l’Institut national de santé publique du Québec dans un avis scientifique publié… en 2008.

«On demande au ministère de la Santé de faire bouger choses mais ce n’est pas évident. L’industrie des PSMA est comme celle du tabac ou des produits pharmaceutiques : elle a de l’argent et de bons avocats.»

Inefficaces

Investir dans un programme offert par une clinique d’amaigrissement est inutile, selon le spécialiste. «La recherche démontre que près de 95% des personnes qui ont fait une tentative de perte de poids l’ont complètement repris dans les cinq années suivantes.»

Un avis que partage Marie-Claude Gélineau, diététiste-nutritionniste à la Direction régionale de Santé publique de Montréal. «Ces cliniques profitent d’occasions d’affaires créées par l’obsession de la minceur. La réalité, c’est que leurs méthodes ne fonctionnent pas.»

Non seulement leurs services sont coûteux et inefficaces, mais ils suscitent un sentiment d’échec lorsque les résultats souhaités ne sont pas atteints, souligne-t-elle. Or, il n’existe pas de recette pour maigrir sans efforts. «Si vous voulez des changements durables, vous devez faire des changements endurables, comme continuer à boire du vin le soir ou manger du dessert. La perte de poids n’est pas obligatoire pour être en bonne santé : il vaut mieux avoir des rondeurs et être actif que maigre et sédentaire.»

Elle met aussi en garde contre la dangerosité de certains produits amaigrissants vendus dans les cliniques, qui peuvent notamment causer maux de tête, étourdissements, diarrhée et carences alimentaires.

Il doit bien y avoir une ou deux cliniques recommandables à ceux qui souhaitent perdre quelques kilos ? Pas selon Yves Jalbert. «Tout ce qu’elles veulent, c’est votre argent.»

À ce compte, c’est surtout le portefeuille qui risque de maigrir.

 


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