L'assurance vie en 10 questions


Édition du 22 Septembre 2018

L'assurance vie en 10 questions


Édition du 22 Septembre 2018

Ian Sénéchal s'étonne toujours de la conception qu'entretiennent certaines personnes à l'égard de l'assurance. «Il y a des gens qui sont prêts à monter aux barricades pour préserver les conditions du volet dentaire de leur régime d'assurance collective, sans se demander si leur couverture d'assurance vie est adéquate», observe le conseiller en sécurité financière et représentant en épargnes collectives chez VotreConseiller.net.

Non pas que l'assurance des soins dentaires soit inutile, quoique la question soit discutable. Il est, en revanche, un fait sans équivoque : sur le budget familial, les conséquences d'un traitement de canal demeurent considérablement moins douloureuses que les pertes financières résultant du décès prématuré de l'un des pourvoyeurs de la famille.

L'assurance vie n'est pas pour autant un besoin universel. Elle devient nécessaire du moment que d'autres personnes dépendent financièrement de nous. C'est le cas des parents de jeunes enfants ainsi que des adultes sans progéniture dont le conjoint ne participe que très peu aux revenus du couple.

Mais comment connaître ses besoins en assurance vie ? Il faut s'en remettre à un bon conseiller en sécurité financière, dont c'est le travail d'évaluer. Tout de même, il vous sera utile de connaître les éléments qui entrent dans l'évaluation de vos besoins. C'est ce que vous faites (théoriquement) avant d'acheter une voiture ou une maison, non ? Alors pourquoi pas pour une police d'assurance vie, dont le processus d'achat ne risque pas, lui, d'être perturbé par les émotions ni les coups de coeur ?

1. Besoin de protection ou besoin successoral ?

De la réponse dépendra le type d'assurance vie : temporaire ou permanente. Pour Simon Proulx-Pinard, la très vaste majorité des gens n'ont pas de besoins successoraux. «Pour entrer dans la catégorie des "besoins successoraux", il faut la certitude que l'assuré n'arrivera jamais au bout de son argent, peu importe l'âge de son décès», explique le conseiller en sécurité financière chez Brassard Goulet Yargeau, Services financiers intégrés, CPA et CA de surcroît.

En d'autres mots, l'assurance vie permanente conviendra si vous avez plus d'argent accumulé que vous ne pourrez jamais en dépenser. La probabilité que vous soyez plutôt candidat à l'assurance vie temporaire est donc immense : «98 %», selon M. Proulx-Pinard, et encore, pour peu seulement que des proches dépendent financièrement de vous.

2. Mais qu'est-ce qui distingue l'assurance vie temporaire de la permanente ?

Un monde ! Elles ont beau s'appeler toutes les deux «assurance vie», elles fonctionnent de manière très différente. L'assurance vie temporaire, comme son nom l'indique, offre une protection limitée dans le temps. L'assuré paiera des primes durant des années, probablement sans que ses proches ne touchent jamais au capital décès. De ce point de vue, l'assurance vie représente une dépense au même titre que l'assurance habitation.

Il s'agit donc d'une mesure de protection en cas de catastrophe qui consiste à répartir le risque au sein d'un groupe. La majorité paie pour les rares individus qui réclameront à l'assureur.

Cela explique pourquoi les primes d'une assurance vie permanente sont nettement plus élevées, plus de dix fois souvent, car elle finira tôt ou tard par payer (à condition que l'assuré n'abandonne pas en cours de route). Puisque l'assureur versera le capital au décès de tous les assurés respectant leur contrat, le calcul des primes est fondé sur d'autres critères.

La police représente une forme de véhicule placement qui, à la transmission, montre un avantage important sur d'autres types d'actifs : le capital décès n'est pas imposable. Le produit se décline en plusieurs variantes. Diverses options ajoutent au poids de la prime, comme la possibilité pour l'assuré de racheter sa police.

3. Oui, mais si l'assurance permanente est certaine de payer, n'en vaut-elle pas le coût ?

Il faut mettre les choses en perspective. «Le choix d'une assurance s'inscrit dans une planification globale», rappelle Simon Proulx-Pinard. Autrement dit, il y a d'autres éléments à considérer en marge. Par exemple, il faut aussi envisager l'achat d'une assurance invalidité, un risque sans doute plus important que le décès prématuré. On doit également accumuler un coussin suffisant pour ses vieux jours. Encaisser une baisse de revenus pour une majorité de futurs retraités n'est malheureusement plus une probabilité, mais une certitude.

«Pourquoi payer une assurance permanente dont le capital enrichira mes survivants si le prix à payer est une réduction de mon niveau de vie à la retraite ?» s'interroge Daniel Laverdière, actuaire, planificateur financier et directeur principal chez Banque Nationale 1859. Avant de s'offrir une assurance vie permanente, une personne doit d'abord avoir comblé tous ses besoins, ce qui inclut l'épargne retraite, et être en mesure de léguer des sommes importantes à son décès.

Observons le problème sous un autre angle. Pour une même prime, le capital assuré est beaucoup moins élevé avec une assurance vie permanente qu'avec une temporaire. Ce qui nous amène à notre prochaine question.

4. Traduite en dollars, qu'est-ce qu'une protection adéquate ?

La réponse diffère d'une personne à l'autre. Nous avons déjà convenu que l'assurance vie n'était nécessaire que si des gens dépendaient de nous financièrement. Si c'est le cas, il faut alors procéder à une analyse des besoins financiers. Combien faudra-t-il aux survivants, conjoints et enfants, pour maintenir leur rythme de vie ? Le capital décès doit remplacer les revenus futurs du défunt, de manière à ce que les enfants ne manquent de rien jusqu'à leur indépendance, et le conjoint, sa vie durant, en considérant que ce dernier continuera à travailler. Plus les revenus de la personne assurée sont élevés, plus le capital assuré doit l'être pour les remplacer. Plus l'assuré est jeune, plus ses besoins en assurance sont importants. Dans tous les cas, il faut une assurance qui protège du pire des scénarios, soit un accident mortel qui surviendrait demain matin.

«Le risque de décès est minime pour un jeune. Pour lui, les primes d'assurance vie temporaire restent donc très abordables», dit Ian Sénécal, aussi coauteur du livre D'endetté à millionnaire. Pour un homme de 30 ans et un capital assuré de 1 million de dollars, ce qui n'a rien d'extravagant, la prime annuelle d'une assurance temporaire de 10 ans s'élève à quelque 350 $*. Pour une telle couverture en assurance permanente, la prime franchit allègrement les 5 000 $ par année, payable souvent jusqu'au décès, et sans possibilité de rachat. S'il ne voulait débourser que 380 $ en assurance permanente, l'assuré ne pourrait s'offrir qu'une protection de 75 000 $, un capital nettement insuffisant pour suppléer les revenus d'un jeune parent à la carrière prometteuse.

5. Oui, mais si je veux laisser un peu d'argent à mes enfants et avoir de quoi couvrir mes frais funéraires ?

On entre ici en zone de controverses. Nombreux sont les conseillers en sécurité financière qui avanceront ces arguments pour inciter des clients à souscrire une «petite assurance permanente». D'autres s'opposent farouchement à cette idée, arguant que l'épargne retraite et les besoins immédiats ne doivent pas faire les frais de la «planification d'un party de sandwichs» 40 ans à l'avance, en parlant des frais funéraires.

«J'ai acheté un book [une clientèle] où plusieurs personnes détenaient une assurance vie permanente de 25 000 $, souscrite dans le but de payer les funérailles et d'en laisser un peu à la famille. Dans la plupart des cas, il arrive un moment où ces personnes préfèrent encaisser la petite valeur de rachat, quand il y en a une, plutôt que de continuer à payer des primes», raconte M. Sénécal.

Craignant d'être un fardeau à leur décès, ce sont les gens avec peu de moyens qui succombent le plus souvent à cet argumentaire des vendeurs d'assurances. Comme le soulève l'anecdote du conseiller, on doit garder en tête que les primes sont payables la vie durant. Parfois, la vie est longue, et la prime, un fardeau.

Aussi, lorsqu'on meurt à 85 ans, nos enfants ont généralement passé le cap de la cinquantaine, un âge où, depuis longtemps, un adulte subvient à ses propres besoins, sauf exception. «Dans le cas d'un enfant handicapé qui dépend encore de nous à cet âge, l'assurance vie permanente est nécessaire», nuance Simon Proulx-Pinard.

6. Ne devrais-je pas avoir de l'assurance permanente pour éponger la note fiscale à mon décès ?

Voilà ici encore une question qui ne fait pas l'unanimité. Le spectre d'une facture fiscale touche nos cordes sensibles. «Il est valable seulement quand les actifs ne sont pas liquides, comme une entreprise ou encore des immeubles», dit Daniel Laverdière.

Les agents de l'impôt, c'est vrai, ne se laissent pas facilement émouvoir. Lorsqu'une personne décède, elle est présumée avoir disposé de tous ses actifs aux yeux du fisc, qui ne tardera pas à réclamer son dû. Par exemple, ce petit commerce exploité depuis 20 ans, il pourrait bien avoir pris de la valeur et contenir un impôt latent, tout comme les quatre triplex achetés durant les années 1990 qui, eux, se sont assurément appréciés. Pour éviter de devoir les vendre en catastrophe sous leur valeur marchande afin d'essuyer la note fiscale, l'assurance vie permanente peut être tout à fait indiquée.

Il faut aussi l'envisager dans certains cas particuliers. Par exemple, si on cède sa maison principale à un de ses enfants et sa résidence secondaire à l'autre enfant, une assurance vie pour couvrir l'impôt à payer sur cette dernière (le gain en capital sur la résidence principale n'est pas imposable, mais il l'est sur les autres biens immobiliers) serait une mesure d'équité tout à fait justifiée.

«Mais pour un REER qu'on peut facilement liquider, on paie l'impôt avec le fruit du REER, et non avec une assurance vie», poursuit Daniel Laverdière.

7. J'ai une protection à l'intérieur de mon assurance collective, sans compter l'assurance vie sur ma carte de crédit, mon hypothèque et ma voiture. Ce doit bien être suffisant, non ?

Non. Les produits d'assurance liés à des lignes de crédit sont chers et de piètre qualité et ne couvrent souvent que les dettes auxquelles l'assurance est rattachée. Quant à l'assurance vie offerte en collectif, elle est généralement insuffisante et sa couverture n'est en vigueur que le temps qu'on reste à l'emploi de l'entreprise.

«Idéalement, on se contente du minimum en assurance collective et on achète une bonne police individuelle», conseille Ian Sénéchal. Pour ce qui est de toutes ces «petites assurances» liées à des prêts, on s'en débarrasse à la première occasion. Les dettes, notamment l'hypothèque, font partie de l'analyse des besoins financiers qui déterminent le capital décès nécessaire d'une vraie assurance.

8. Temporaire, temporaire... mais temporaire combien de temps ?

En général, les besoins d'assurance vie diminuent avec le temps, jusqu'à disparaître une fois à la retraite, quand les enfants volent de leurs propres ailes et que l'on a atteint soi-même un nouveau stade d'indépendance. On n'a plus besoin de travailler pour subvenir à ses besoins.

Entre-temps, nous avons le choix entre divers termes de protection, le plus souvent 10 et 20 ans. Dans le jargon, on parle alors d'une T10 et d'une T20. De quoi s'agit-il ?

Il faut d'abord savoir que, contrairement à une assurance vie permanente, on peut en tout temps mettre fin à sa protection sans conséquences financières. Une assurance temporaire 10 ans ne constitue pas un engagement de 10 ans. Elle apporte une protection déterminée à un coût fixé sur une période de 10 ans. Dans le cas d'une assurance vie temporaire de 20 ans, la protection et la prime sont garanties sur 20 ans. Cette dernière est plus chère que l'assurance 10 ans. Plus la période de couverture est longue, plus l'assuré représente un risque pour l'assureur. Une T10 de 1 M $ pour un homme de 30 ans coûte 355 $ par année environ. Avec une T20, la prime grimpe alors à 515 $. En revanche, la T20 garantit une assurance à prix relativement abordable durant 20 ans. Le client d'une assurance temporaire 10 ans pourrait ne plus être assurable à prix raisonnable s'il devait être touché par une maladie grave.

Par contre, s'il est toujours en bonne santé, il pourra souscrire une nouvelle assurance de 10 ans à un prix qui s'approche de celui qui a opté pour une T20 10 ans plus tôt. À 40 ans, la prime annuelle d'une T10 s'élève à 450 $ pour un capital assuré de 1 M $.

T10 ou T20 ? Certains conseillers vont favoriser les T10, moins chères, en espérant que l'assuré reste en bonne santé. D'autres vont préférer payer plus cher pour une T20, dont la prime est garantie plus longtemps. Comme les besoins d'assurance diminuent avec le temps, la T10 offre plus de flexibilité en permettant de réduire le capital assuré tous les 10 ans.

À la fin du terme prévu au contrat, une police se renouvelle automatiquement si on n'y met pas fin. Toutefois, la prime explose en raison de ce qu'on appelle l'«antisélection». L'assureur ne connaît pas l'état de santé de l'assuré qui renouvelle et présume que parmi ceux qui reconduisent leur police, un nombre significatif pose des risques de mortalité importants. Il n'a pas tort, car la personne en bonne santé peut retourner sur le marché en passant un examen médical et obtenir une nouvelle T10 à un prix 75 % moins élevé que celui dont le même contrat entame un nouveau terme.

9. Qui devrais-je inscrire comme bénéficiaire de ma police ?

L'assurance vie comporte plusieurs caractéristiques avantageuses. Elle n'est pas imposable et le traitement de la réclamation se fait en dehors de la succession. Donc le bénéficiaire de la police peut toucher l'argent de l'assurance beaucoup plus rapidement que les héritiers peuvent l'espérer des autres biens du défunt. Le capital décès est remis directement au bénéficiaire et reste à l'abri des créanciers dans le cas d'une succession insolvable.

Il existe deux catégories de bénéficiaire : révocable et irrévocable. L'assuré peut remplacer le premier à sa guise, mais ne peut le faire dans le second cas sans son consentement. Par défaut, le bénéficiaire est révocable, sauf l'époux. L'irrévocabilité prend fin au moment du divorce.

Qu'importe ce qui figure au testament du défunt, le bénéficiaire légitime est toujours le dernier désigné, «même si vous l'avez inscrit sur une serviette de table. Il faut seulement avertir l'assureur», dit Simon Proulx-Pinard.

10. Le conseiller que j'ai rencontré m'a dit que l'assurance vie permanente pouvait être un bon véhicule d'épargne pour ma retraite. Que dois-je faire ?

Fuyez.

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