Stylo.ca: ce pionnier québécois de l'internet craint davantage Siri qu'Amazon

Publié le 06/06/2016 à 16:29

Stylo.ca: ce pionnier québécois de l'internet craint davantage Siri qu'Amazon

Publié le 06/06/2016 à 16:29

Par Alain McKenna

(Photo: DR)

BLOGUE. Guy Filion et André Boissonneault ont lancé leur premier site transactionnel en 2000, et ça ne dérougit pas depuis. Dans l'ombre d'Amazon, il y a une technologie émergente qu'ils craignent bien davantage que le géant américain de la vente en ligne: la reconnaissance vocale.

En fait, Siri, Cortana et Alexa menacent non seulement le cœur de leur modèle d'affaires, mais en étant capables de dialoguer normalement avec les utilisateurs, ces trois intelligences artificielles rendent inutile un des piliers de l'école et de la société moderne: l'écriture.

Un virage numérique exemplaire

Stylo.ca, le site que MM. Filion et Boissonneault ont fondé en 2000, est devenu le pendant web de leur réseau de succursales spécialisées en matériel d'écriture. C'est le plus gros site spécialisé en stylos et plumes au Canada. Un des premiers sites transactionnels au Québec. Et une bonne partie de ses ventes provient des États-Unis, d'Europe et d'Asie. «On vend aux Français des produits qu'on achète nous-mêmes en France», illustre M. Filion.

Bref, voilà un modèle pour toute PME québécoise désirant procéder au proverbial virage numérique tant souhaité par le gouvernement provincial.

Des stylos, des crayons et des plumes (et quelques stylets pour iPad…), c'est pourtant un créneau assez niché, merci. Un marché constitué à la fois de clients réguliers cherchant du matériel de bureau pas cher, et de clients plus sporadiques cherchant un cadeau pour leurs proches ou pour eux-mêmes.

Pour gagner contre Amazon

Ce que voient les deux hommes d'affaires québécois, c'est un glissement de leur marché vers cette deuxième catégorie, plus «lifestyle». Ça ressemble à ce qu'on voit se produire du côté des montres-bracelets et autres accessoires avant tout utiles, mais très sensibles aux modes.

«J'ai une belle montre, mais c'est rare que je la regarde pour savoir l'heure. On voit l'heure partout de nos jours!», s'amuse M. Boissonneault. Même chose pour les stylos et les plumes fontaines: au-delà des produits bas de gamme, du type qu'on achète en lot au Bureau en gros, de plus en plus de consommateurs préfèrent un produit un peu plus coûteux, un peu plus personnalisé.

«On a noté une forte progression de nos ventes en ligne depuis un an, à tel point qu'elles représentent aujourd'hui plus que les ventes d'un succursale normale», explique M. Filion. «Les ventes de stylos coûtant entre 40 et 100 dollars ont doublé sur la même période.»

C'est ce qui permet à Stylo.ca (et à ses trois succursales à Rosemère, Montréal et Québec) de se démarquer d'Amazon (Nasdaq, AMZN) et de Bureau en gros, justement. Son large inventaire de produits dans toutes les gammes de prix, disponible en ligne. «Notre plus grand défi est de rester compétitif face à Amazon. Si on l'attaque de front, on ne fera pas un sou. Amazon, d'ailleurs, ne fait pas de gros profits, même si sa valeur en Bourse n'arrête pas de grimper.»

Les deux hommes ne craignent pas Amazon outre mesure. En fait, ils ont plutôt hâte de voir comment sa nouvelle stratégie d'ouverture de boutiques bien physiques va évoluer. «Ils adoptent notre modèle d'affaires. Ils vont devoir payer des impôts, des taxes et des salaires… C'est bon pour nous!»

Comment survivre à la fin de l'écriture

Non, ce qui représente «le plus grand danger» pour Stylo.ca (anciennement la Boutique du stylo), voire pour l'écriture au sens large, c'est la reconnaissance vocale, assure Guy Filion. «Pour la première fois, on n'aura plus qu'à parler, et les machines vont tout faire à notre place. On va devenir paresseux!»

Naturellement, ce n'est pas pour demain («Ça fait 5000 ans qu'on écrit. Ça ne va pas disparaître en 50 ans!»), et il est toujours possible de faire marche arrière («Même Apple (Nasdaq, AAPL) a fini par vendre un stylet avec son iPad. Steve Jobs a dû se retourner dans sa tombe!»). Mais la reconnaissance vocale, et la numérisation d'à peu près tout ce qui touche aux communications et à l'apprentissage, va changer en profondeur le quotidien des générations futures.

Le PC a mis fin à la dactylo en une génération. iTunes a mis fin aux magasins de disque en 10 ans. Netflix a réduit à néant les clubs vidéo en 5 ans.

Dans ce contexte, il n'est pas farfelu de se demander quelles industries, quels marchés qu'on croit imperméables aux nouvelles technologies seront ébranlés par la reconnaissance vocale et l'intelligence artificielle.

Et comme le prouve le succès de Stylo.ca, même modeste, il est peut-être sage de se poser en pionnier de l'innovation et du changement, plutôt que d'en être la prochaine victime.

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