Sophie Forest: une carrière florissante dans le capital de risque


Édition de Juin 2022

Sophie Forest: une carrière florissante dans le capital de risque


Édition de Juin 2022

Sophie Forest est associée directrice à Brightspark Ventures (Photo: Martin Flamand)

PROFIL D'INVESTISSEUR. Sophie Forest est habituée à sortir des sentiers battus. Elle est aujourd’hui associée directrice à Brightspark Ventures, un fonds de capital de risque en techno. En plus d’avoir été longtemps la seule femme dans son milieu, elle travaille maintenant à développer une plateforme, unique au pays, visant à démocratiser l’investissement en capital de risque. Portrait d’une pionnière.

Pour Sophie Forest, le choix de la finance n’avait rien d’une évidence.

«Il n’y a personne en affaires dans ma famille, per-sonne en technologie, personne dans le domaine financier. Je suis un peu l’outlier [donnée aberrante]», dit-elle. C’est un mélange de hasard et d’un désir de défis, au bout du compte, qui l’aura amenée à faire un baccalauréat dans ce domaine, en 1988, à l’Université de Sherbrooke.

«J’étais indécise, se remémore-t-elle. Je voulais aller dans le monde des affaires. J’aimais les mathématiques. Comme je suis compétitive, j’ai fini par choisir la finance quand on m’a dit que c’était ce qui était le plus difficile.»

Son premier emploi, après avoir fini l’université en 1991, a été celui d’analyste à la Société générale de financement (aujourd’hui Investissement Québec). Un an plus tard, elle a été recrutée par Bernard Hamel. Il lançait GTI Capital, un fonds de capital de risque privé en aérospatiale et technologie qui fut l’un des premiers fonds du genre au Québec, et il cherchait une analyste.

«Je n’avais aucune idée de ce qu’était le capital de risque, dit Sophie Forest. Je n’en avais pas entendu parler à l’université parce que ça n’existait pratiquement pas au Québec.»Son goût du risque lui a fait accepter l’offre.

 

Seule dans son milieu

Le secteur de la finance est traditionnellement masculin. Il l’était certainement dans les années 1990. Mais c’était encore davantage le cas dans l’industrie aérospatiale, où évoluait GTI Capital.

«Il n’y avait aucune femme autour de moi, raconte-t-elle. Quand je participais à des rencontres, les gens pensaient que j’étais l’assistante administrative.»

Le contexte l’a donc forcée à se battre doublement pour prendre sa place. Surtout que son milieu familial ne l’avait pas exactement préparée à la culture du milieu de l’investissement. Après avoir grandi aux côtés de deux soeurs et avoir eu des parents doux qui n’élevaient pas la voix, elle a été confrontée à une culture masculine nettement plus à l’aise avec les conflits ouverts. Dès ses débuts dans le capital de risque, certaines négociations se sont révélées assez intenses.

«Les gens sautaient leurs coches, ils criaient, illustre-t-elle. J’avais initialement de la difficulté à gérer ça. Je ne savais pas comment réagir et je gelais sur place. Assez vite, j’ai refusé d’être émotive. Les choses ont changé aujourd’hui dans l’industrie, heureusement, mais ça m’a bâti une carapace.»

Deux mentors, rencontrés plus tard, lui ont aussi donné un coup de main.

 

Une étincelle de renouveau

Entre 1996 et 2003, Sophie Forest a travaillé comme associée chez CDP Capital Technology Ventures, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Elle y bâtissait un portefeuille d’investissement direct en technologie.

C’est là qu’elle a rencontré deux personnes importantes dans sa carrière. Deux personnes qu’elle considère aujourd’hui comme des mentors.

«La première, c’est Pierre Pharand. C’est lui qui a lancé l’initiative techno à la Caisse de dépôt. C’est lui qui est venu me chercher. Il m’a pris sous son aile et m’a donné confiance. Il a crû en moi et m’a donné la responsabilité d’un gros portefeuille.»

La seconde personne, c’est Mark Skapinker, son associé actuel chez Brightspark.

En 2003, deux options s’offrent à elle. Se joindre à Brightspark ou se joindre à une autre firme d’investissement traditionnelle, qui l’ont approchée en même temps. «La firme d’investissement était corporate et elle avait de gros moyens», se souvient Sophie Forest. Mark, lui, était un pionnier de la techno à Toronto avec des idées de croissance.

«La firme me disait “Ta candidature nous intéresse, mais on veut être sûr que tes enfants ne t’empêcheront pas de participer à des réunions tôt le matin”», raconte Sophie Forest. Mark, lui, avait un tout autre discours.

«Il me disait “On va être des partenaires, on va bâtir quelque chose, mais je veux que tu sois consciente qu’on va être flexible avec les enfants.” Le choix était une évidence.»

 

L’aventure Brightspark

Aujourd’hui associée directrice à Brightspark, Sophie Forest porte trois chapeaux au sein de la firme.

Premièrement, elle s’occupe de l’investissement. Elle déniche et sélectionne des sociétés canadiennes qui en sont au début de leur développement, mais plus important encore, qui ont le potentiel d’être de véritables coups de circuit. «On cherche des technologies de rupture, explique-t-elle. On veut régler de gros problèmes, dont les solutions sont difficiles à mettre en place, dans d’immenses marchés.»

Parmi les bons coups dont elle ressent le plus de fierté à cet égard dans sa carrière, elle nomme notamment Hopper, une entreprise qui a fondé son succès sur sa plateforme qui prédit les meilleurs moments pour acheter des billets d’avion.

«Hopper a connu une croissance extraordinaire. Dirigée par Frédéric Lalonde, un entrepreneur d’exception, la firme a connu un gros succès. On a investi 500 000 $dans l’entreprise en 2007, un montant qui s’est aujourd’hui transformé en 50 millions de dollars (M$).»

Avec Radian6, le succès a été encore plus fulgurant. «On a fait un parcours parfait», dit Sophie Forest. Brightspark a investi dans la firme, qui aidait les entreprises à surveiller ce que l’on disait de leur marque sur les réseaux sociaux, en 2007. «L’utilité d’un outil du genre semble désormais évidente, mais à l’époque, ce ne l’était pas:Twitter, par exemple, venait d’être lancé et n’avait presque pas de revenu. Mais les choses ont changé vite, si vite qu’on a vendu notre investissement initial de 2 M$, quatre ans plus tard, pour 400 M$.»

Actuellement, Brightspark regroupe trois fonds de capital de risque, 24 fonds à vocation spécifique et compte 400 M$d’actifs sous gestion.

Le deuxième chapeau de Sophie Forest est celui de gestionnaire:gérer la société, les employés et la vision.

Le troisième, un gros morceau, est celui du financement. Brightspark tire celui-ci de deux sources:les fonds qu’elle investit conjointement avec les investisseurs institutionnels, comme Investissement Québec, les grandes banques ou les familles fortunées, et les investisseurs accrédités.

Dans ce dernier cas, Sophie Forest aspire à faire de Brightspark un joueur de premier plan. Elle a d’ailleurs déjà commencé.

 

Solution unique

Un des accomplissements qui réjouit Sophie Forest est de travailler à démocratiser en quelque sorte l’investissement en capital de risque, ou du moins, à en élargir l’accès. «On a démarré un modèle, il y a quelques années, où on a permis à des investisseurs accrédités, que ce soit des individus ou de petites familles fortunées, d’investir directement dans nos transactions par l’entremise d’une application, une plateforme en ligne. On est les premiers à faire ça dans le capital de risque, au Canada.»

Jusqu’ici, entre 500 et 600 personnes ont investi en passant par la plateforme de Brightspark. Au total, ce sont de 3000 à 4000 investisseurs qui y sont inscrits, et qui ont la possibilité d’investir. «On a de gros plans de croissance, dit Sophie Forest. Il faut bâtir les prochains Hopper et Radian6. D’ici dix ans, c’est ça qui me tiendra occupée.»+ «À 53 ans, je suis motivée plus que jamais à former et faire croître notre jeune équipe.»

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