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Pour continuer de développer le Québec

Daniel Dufort|Mis à jour le 02 juillet 2024

Pour continuer de développer le Québec

Considérant les coûts, les risques et l’impact d’un potentiel manque d’énergie sur notre économie, il relèverait du pragmatisme de délier les mains des producteurs indépendants afin qu’ils puissent faire leur part. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Le développement du Québec est intimement lié à la disponibilité de son énergie. C’est pourquoi les prévisions voulant que les surplus d’électricité d’Hydro-Québec prennent fin en 2027 ont créé autant d’inquiétude.

La semaine dernière, le nouveau président-directeur général d’Hydro-Québec, Michael Sabia, dévoilait en grande pompe le plan d’action de la société d’État pour faire face à la fin de ses surplus. On soulignera tout d’abord un changement de ton fort louable dans les propos tenus par M. Sabia par rapport à ceux de sa prédécesseure, Sophie Brochu. En effet, M. Sabia semble reconnaître que nous avons besoin davantage d’énergie afin de poursuivre notre développement. 

Si ce changement de ton est le bienvenu, c’est d’abord et avant tout car la société d’État a tout simplement la responsabilité et l’impératif moral de bien approvisionner le Québec et ses entreprises en électricité. C’est ni plus ni moins l’envers de la médaille du monopole qui a été conféré à Hydro-Québec sur la production et la transmission d’électricité. 

Il est pertinent ici de revenir un peu en arrière afin de prendre la mesure de ce qui s’est tramé au cours des mois précédents. En début d’année, le gouvernement caquiste a adopté un projet de loi permettant au ministre de l’Énergie ainsi qu’à Hydro-Québec de refuser tout projet demandant une consommation d’électricité de plus de 5 mégawatts, alors que le seuil était auparavant établi à 50 mégawatts. 

Pour imager le tout, on peut dire que la consommation totale de Rouyn-Noranda est de 50 mégawatts, alors que celle du village de Saint-Jean-Port-Joli est de 5 mégawatts. C’est donc une diminution radicale des responsabilités de la société d’État, en plus de donner ce même droit de veto au ministre. 

Le résultat a été que, cette année, sur 21 projets entrepreneuriaux qui nécessitaient l’approbation du ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, 10 ont dû être refusés, par manque de capacité électrique. Ce sont là des projets susceptibles d’accroître la prospérité du Québec qui ne verront pas le jour chez nous parce qu’Hydro-Québec n’a pas la capacité de les approvisionner, et que l’on empêche les producteurs indépendants de le faire.

Et ce scénario continuera vraisemblablement de se produire au cours des prochaines années, alors que des projets nécessitant une capacité totale de 30 000 mégawatts ont été présentés au ministre, et que la capacité qu’il nous reste à allouer n’en représente qu’une fraction.

Dans un contexte où il n’y a tout simplement pas assez d’électricité pour suffire à la demande — un scénario dont nous nous rapprochons inexorablement —, on risque d’assister à l’étrange spectacle d’un dirigisme économique nouveau genre, où le politique et des gens nommés par le politique ont un droit de vie ou de mort sur les projets de développement. 

Sans remettre en question la bonne volonté des dirigeants d’Hydro-Québec ou encore du ministre, il est clair qu’il s’agit d’une réalité complètement injustifiable dans une société libre et démocratique.

Il est donc bon de savoir que Michael Sabia, contrairement à sa prédécesseure, souhaite augmenter de façon considérable les approvisionnements d’Hydro-Québec. Mais cela ne saurait suffire. 

En fait, il devient impératif de libéraliser le secteur de la production d’énergie au Québec afin de poursuivre notre développement économique et de permettre à nos entrepreneurs de mener leurs projets à terme. 

Après tout, comment peut-on justifier qu’il soit impossible au Québec pour une entreprise comme Amazon de s’approvisionner en électricité auprès d’une entreprise locale comme Innergex, alors que c’est justement cette entreprise québécoise qui lui vend de l’électricité en Ohio?

De plus, les investissements qu’Hydro-Québec devra effectuer, ne serait-ce qu’afin de rendre ses infrastructures plus fiables, ont de quoi donner le tournis. Au total, c’est un plan de dépenses en capital s’élevant à 185 milliards de dollars qui nous a été présenté la semaine dernière. 

À titre de comparaison, les actifs totaux d’Hydro-Québec — soit la valeur de l’ensemble des barrages, des infrastructures de transport et de distribution, et des bâtiments et équipements — étaient de 89 milliards de dollars au 31 décembre dernier. Les dépenses en capital prévues dans le plan d’action représentent donc le double de la valeur totale des avoirs de la société d’État.

Selon ses prévisions, il s’agit ici du montant nécessaire pour réaliser la première phase de son plan uniquement —, celle visant à hausser la production annuelle par 60 térawattheures d’ici 2035. Le deuxième volet, s’étalant jusqu’à 2050, nécessiterait d’ajouter 90 à 140 térawattheures de production supplémentaires.

Considérant les coûts, les risques et l’impact d’un potentiel manque d’énergie sur notre économie, il relèverait du pragmatisme de délier les mains des producteurs indépendants afin qu’ils puissent faire leur part.

C’est la prospérité future de la province qui en dépend.

 

À (re)lire: La prospérité du Québec menacée par un manque d’électricité?