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Des entreprises s’adaptent à l’Inflation Reduction Act

François Normand|Édition de la mi‑mai 2023

Des entreprises s’adaptent à l’Inflation Reduction Act

Serge Gendron, président de l’entreprise familiale québécoise AGF (Photo: courtoisie)

PRODUCTIVITÉ MANUFACTURIÈRE. L’Inflation Reduction Act (IRA) représente un défi pour nos entreprises qui vendent aux États-Unis, car elle vise à maximiser les achats locaux. Pour ne pas être pénalisées, des sociétés s’approvisionnement davantage aux États-Unis ou y accroissent leur présence, sans parler de celles qui y planifient une acquisition. 

Entrée en vigueur en août 2022, cette législation phare du gouvernement démocrate de Joe Bien a été conçue pour accroître la fabrication manufacturière aux États-Unis, notamment dans le secteur de la production d’énergie renouvelable. 

L’objectif ultime est de favoriser la création de PME et d’emplois aux États-Unis, notamment à l’aide de généreux crédits d’impôt pour les entreprises — américaines ou étrangères — qui contribuent à cet objectif. 

L’IRA ne taxe pas les importations de produits, de pièces ou d’équipements. En revanche, la législation incite grandement les sociétés à maximiser leurs retombées économiques sur le territoire américain.

 

L’IRA renforce l’intérêt de faire des acquisitions

L’IRA est d’ailleurs sur l’écran radar de l’entreprise familiale québécoise AGF, spécialisée dans l’acier d’armature et la post-tension. Et pour cause : le plan stratégique de la société prévoit de s’installer prochainement dans le nord-est des États-Unis.

« L’IRA n’a aucune incidence pour l’instant sur nos activités, sinon de nous motiver encore davantage à faire une acquisition d’une société américaine qui pourrait bénéficier des avantages de l’IRA », indique dans un courriel le président d’AGF, Serge Gendron.

L’entrepreneur tient à préciser que cette stratégie n’entraînera pas une délocalisation d’emplois aux États-Unis.

En entrevue à Les Affaires en novembre 2022, Serge Gendron expliquait qu’une éventuelle acquisition aux États-Unis se justifiait aussi par la complexité du marché américain, dominé par de gros aciéristes.

L’IRA a aussi un effet sur Lion Électrique, le constructeur québécois d’autobus électriques, qui a déjà deux établissements aux États-Unis. L’entreprise a un centre d’expertise en Californie (maintenance, pièces) et une usine de construction d’autobus en Illinois. 

Dans le cas de Lion, cette présence sur le maché américain fait en sorte que l’IRA a un effet positif sur l’entreprise, dont la seule usine canadienne est située à Saint-Jérôme. « L’IRA crée un environnement favorable pour l’économie verte aux États-Unis, car il y a des mesures fiscales intéressantes pour les constructeurs d’autobus », dit Patrick Gervais, vice-président aux affaires publiques et de la Division camion pour le Canada. Dans certains cas, les acheteurs d’autobus peuvent bénéficier d’une réduction pouvant aller jusqu’à 40 000 $ (53 930 $CA).

 

Lion électrique a construit une usine en Illinois 

Lion Électrique n’a pas attendu l’entrée en vigueur de l’IRA pour produire des véhicules en Illinois — construite en 2021, cette usine a produit son premier autobus électrique en novembre 2022. « On savait que ce type de mesure s’en venait, avec le renforcement du Buy America » observé aux États-Unis ces dernières années, explique Patrick Gervais. 

Les exigences du Buy America font partie intégrante des financements du transport. Dans une série de lois, le Congrès, à Washington, a exigé au fil des ans que les autoroutes financées par le gouvernement fédéral ainsi que les projets de transport routier, aérien et ferroviaire interurbain de passagers utilisent des produits fabriqués aux États-Unis.

Le producteur québécois d’énergie renouvelable Innergex, qui a des installations de production dans plusieurs États américains (solaire, éolien, hydroélectricité), s’adapte aussi au renforcement des exigences de contenu local aux États-Unis. Ainsi, au fil des ans, l’entreprise a graduellement accru ses achats auprès de fournisseurs établis au sud de la frontière. 

Le président et chef de la direction de l’entreprise, Michel Letellier, donne l’exemple du projet de parc éolien Boswell, au Wyoming, dont les travaux de construction ont débuté — la mise en service est prévue à la fin de 2024. « On a fait l’exercice avec les fournisseurs. On s’est engagés à respecter les exigences de contenu local », dit-il. 

Le parc aura approximativement 100 éoliennes, ce qui exige autant de turbines. Pour aménager le site, il faut aussi construire des routes, faire des fondations sur lesquelles les éoliennes sont disposées, sans parler de la construction des lignes de transmission de l’électricité. 

Michel Letellier souligne que l’IRA contient plusieurs crédits d’impôt pour inciter les entreprises étrangères à accroître leurs retombées économiques aux États-Unis.

La législation a notamment prolongé les programmes de crédits d’impôt à l’investissement et les crédits d’impôt sur la production pour les installations de production d’énergie renouvelable dont la construction commence avant 2025. Ces subsides sont généreux : par exemple, au 31 mars, les taux des crédits d’impôt à l’investissement représentent 30 % des dépenses d’investissement autorisées par les producteurs d’énergie.