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Encore difficile de définir les règles ESG

Charles Poulin|Mis à jour le 26 avril 2024

Encore difficile de définir les règles ESG

La croissance de l’intérêt a fait surgir des préoccupations chez les investisseurs concernant « l’application excessive » des étiquettes ESG sur les produits financiers. (Photo: 123RF)

La présentation de la première édition du Grand championnat canadien ESG a de nouveau mis en lumière la difficulté de définir avec précision les critères de sélection d’une bonne stratégie ESG.

En marge de l’événement, la firme Millani, qui était l’une des expertes désignées pour évaluer les critères ESG des participants, a produit un rapport sur l’état du secteur. Le document indique que le domaine a rapidement pris de l’expansion au cours de la dernière décennie, passant d’une stratégie de niche (20% du marché) à quelque chose de courant aujourd’hui (60% des actifs sous gestion au Canada, 40% à travers la planète).

Cette croissance de l’intérêt a fait surgir des préoccupations chez les investisseurs concernant «l’application excessive» des étiquettes ESG sur les produits financiers.

«Ce que le rapport dit, c’est que c’est un peu comme le wild West, explique le directeur général de la Fondation Familiale Trottier et organisateur du concours, Éric St-Pierre. Les gestionnaires mettent des étiquettes ESG sur leurs produits, mais que ces étiquettes changent énormément d’un gestionnaire à l’autre. Ils ont tous des outils différents, ce qui est un peu mélangeant pour les investisseurs.»

Éric St-Pierre estime que le milieu financier doit améliorer ses façons de faire face aux ESG. Il souligne que l’Europe et les États-Unis ont mis en place une taxonomie plus précise.

«Nous avons besoin de règlements qui disent voici ce qu’est un ESG au Canada, ou à tout le moins définir les critères minimaux pour comprendre, avance-t-il. Ça prend beaucoup de temps pour devenir un expert en ESG, et je crois que les investisseurs ont autre chose à faire qu’apprendre tous les différents langages utilisés par les gestionnaires.»

 

Différence entre ESG et impact

Un des constats est que la distinction entre les ESG et l’impact de l’investissement est encore floue, indique Millani dans son rapport. L’accent est de plus en plus dirigé vers l’impact, tout comme les choix du public.

«Toutefois, le concours a démontré que la mise en œuvre d’une stratégie d’impact ne signifie pas pour autant que les facteurs ESG importants sont intégrés et évalués dans le processus», soumet le rapport.

 

Boîtes noires

Le rapport constate également un manque de transparence qui entoure les recherches effectuées par les gestionnaires pour s’assurer d’obtenir de véritables investissements responsables.

La firme Millani a observé que la grande majorité des gestionnaires d’actifs du Grand championnat canadien ESG disposaient de stratégies d’investissement responsable exhaustives, qui offraient suffisamment de détails décrivant leurs méthodes d’intégration et de gestion ESG dans toutes leurs activités d’investissement.

Le niveau de recherche et de diligence raisonnable ESG mené par les gestionnaires d’actifs était également élevé. Pas moins de 76% des gestionnaires ont «démontré la fiabilité des processus et méthodologies de recherche liés à l’évaluation des facteurs ESG pour les occasions d’investissement», note le rapport.

Le document précise que la plupart des gestionnaires ont complété les recherches ESG de tiers par leurs propres recherches, développant en chemin des outils exclusifs pour enregistrer leurs décisions d’évaluation et suivre les progrès réalisés.

«Cependant, sans une transparence adéquate autour de ces outils, ceux-ci peuvent devenir une boîte noire» qui complique la tâche des détenteurs d’actifs qui tentent de valider la fiabilité du processus d’évaluation ESG, conclut le rapport.

«Encore une fois, c’est lié à avoir une meilleure réglementation, estime Éric St-Pierre. L’idéal serait d’avoir une référence commune qui permettrait de mesurer le côté financier.»