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Le CELI d’Hugo Cordeau: cap sur l’environnement

Jean Décary|Mis à jour le 26 avril 2024

Le CELI d’Hugo Cordeau: cap sur l’environnement

Hugo Cordeau (Photo: courtoisie)

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels partagent avec nous leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l’analyse d’un pro.

(Illustration: Camille Charbonneau)

 

Âge : 24 ans

Occupation : étudiant au doctorat en économie

Valeur du CELI : 50 000$

Stratégie : FNB à thématique environnementale

Bon coup : savoir investir dans les moments d’incertitude

Mauvais coup : avoir investi dans des titres spéculatifs

Objectif : à moyen terme pour l’achat d’une propriété

Son conseil à l’investisseur qui commence : résister à l’appât du gain et opter pour des FNB

 

«J’ai un dédain pour le consumérisme», lance sans détour Hugo Cordeau, étudiant en économie à l’Université de Toronto. S’ensuit une clarification sur la différence entre ce mode de vie (axé, selon le Larousse, sur la consommation et caractérisé par une tendance à acheter systématiquement de nouveaux biens) et la surconsommation — pratique qui consiste à acheter des biens de manière excessive. «Un deux pour un dans mon cas», dit-il en riant pour dénouer l’impasse.

Il avoue candidement ne pas avoir de goûts luxueux. «Je n’ai pas de grands besoins. Je n’ai ni voiture ni vêtements griffés et je préfère cuisiner plutôt que d’aller au resto.» Sa plus grosse dépense: sa modeste chambre dans une simple résidence d’étudiants de la Ville-Reine. «Elle me coûte 2 000 $ par mois. C’est fou!»

S’il a un rapport à l’argent plutôt décontracté, l’étudiant au doctorat n’est pas né pour autant dans la ouate. «Mon père est entrepreneur et j’ai commencé à travailler dès l’âge de 14 ans.» D’où lui vient son intérêt pour l’investissement? Il hésite: «Probablement mes parents et mon parcours académique.» Il a complété au Cégep de Saint-Hyacinthe une technique de services financiers et d’assurances où on lui a décerné la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour la jeunesse.

Il a ensuite travaillé un temps chez Desjardins. «Pas dans une banque», tient à préciser celui dont la pensée est peut-être plus en symbiose avec celle d’un John Maynard Keynes (plus à gauche) que d’un Adam Smith (deux célèbres économistes britanniques). C’est à la même période qu’il ouvre son CELI et investit dans un portefeuille SociéTerre axé sur le développement durable. Car son intérêt pour l’investissement se conjugue obligatoirement avec celui qu’il voue à l’environnement.

À 21 ans il s’ouvre un compte de courtage en ligne et déroge à la seule règle qu’il s’était fixée: ne pas acheter de titres individuels. «Non seulement j’en ai acheté, mais j’ai jeté mon dévolu sur des Penny Stocks et des titres de petites capitalisations.» Il va perdre ses 8 000 $ et 2 000 $ investis dans la minière Nemaska Lithium et dans Pioneering Tech Corp (PTE.V, 0,04 $). Heureusement, il réussit à limiter les dégâts avec DataMetrex Al (DM.V, 0,18 $), mais en tirera un enseignement indélébile: se tenir loin des actions volatiles.

«J’ai alors focalisé mes achats sur des FNB thématiques qui participent au changement structurel vers les énergies renouvelables.» Seuls deux titres individuels subsisteront: Lion Électrique (LEV, 10,92 $) et Brookfield Renewable Partners LP. (BEP, 33,41 $). Il va profiter du repli boursier de la pandémie en contractant un emprunt. «Je n’ai pas d’aversion au risque et j’ai pensé que les conditions étaient propices à une plus grande conscientisation des gens pour l’environnement.» Comme il a peu de temps à consacrer, ni les connaissances requises afin d’analyser les meilleurs véhicules de placement pour mener la transition énergétique, il choisit des FNB, dont notamment un géré plus activement, le fonds Fonds mondial toutes capitalisations de l’environnement Mackenzie Greenchip. «Je suis prêt à payer un peu plus cher de frais de gestion pour avoir ce produit très niché.»

Hugo Cordeau évoque l’entrepreneur Elon Musk, fondateur de Tesla (TSLA, 904,55 $US), comme personne qu’il admire. «Il a investi sa fortune pour s’attaquer aux problèmes de l’humanité et pour créer un plan B pour la Terre.» Il dit avoir trouvé matière à réflexion dans les livres de Tony Robbins, dont Money Master the Game et Unshakeable. Mais c’est à son idole québécoise, l’ex-premier ministre du Québec et révolutionnaire tranquille, Jacques Parizeau — également diplômé d’économie, qu’il réserve ses plus grandes louanges. «C’est mon modèle. Ce qu’il a fait avec la création de la Caisse de dépôt et plusieurs autres grandes réalisations des années 1960 (dont la nationalisation d’Hydro-Québec) est inestimable pour le Québec.»

D’ici sa retraite, le futur économiste aura bien l’occasion de laisser aussi sa marque comme chercheur ou observateur des politiques publiques. Il a déjà proposé dans les médias certaines de ses idées, dont le CELI 2.0., soit de réorienter sa vocation vers l’action climatique. Et pour se sortir la tête des chiffres, il se la plonge dans des biographies et des essais, quand il n’enfourche pas un vélo ou ne fait pas de randonnées pédestres.

 

Dans l’œil d’un pro

Ian Gascon, président chez Placements Idema, salue d’emblée le côté épargnant du jeune investisseur et juge intéressantes sa réflexion et son approche de placement thématique. «Il a visiblement un biais économie verte et nouvelles technologies.»

Le gestionnaire de portefeuille constate toutefois quelques contradictions dans sa stratégie d’investissement, dont un danger, sur le plan de la diversification. «En l’état actuel, sa diversification est loin d’être optimale.» Il observe que Lion Électrique représente à lui seul plus de 15% du CELI. Avec Brookfield Renewable Partners LP., cette exposition s’élève à 26%, soit plus du quart du portefeuille. C’est un danger inutile selon lui, car le risque additionnel lié à des titres individuels n’est pas rémunéré par le marché. «Dans un indice, il est rare qu’un titre dépasse 6-7%, encore moins 10%, et l’on détient généralement plusieurs indices dans un portefeuille.»

Le président d’Idema met aussi en garde l’investisseur contre une trop grande concentration sectorielle. «Il est beaucoup exposé à des produits très nichés: les robots prochaines générations, les énergies propres, etc.» Il y a un risque à cibler des secteurs précis de l’économie, fait-il remarquer, et il y a également des coûts associés à cela. «On s’expose aussi à des modes. On l’a vu avec les cryptomonnaies, le cannabis et les voitures électriques. Ce qui est populaire n’est pas un gage de succès.»

Selon lui, il y a des façons plus simples d’investir dans des FNB canadiens axés sur le développement durable. «ESDG, qu’il détient, en est un qui se négocie sur une bourse américaine. Mais il y a en d’autres socialement responsables.» Il suggère toutefois de bien étudier la composition des FNB dans lesquels il choisit d’investir. «Le FNB XVV par exemple n’est pas si différent de l’indice S&P 500, il ne fait qu’exclure une cinquantaine d’entreprises. Le top 10 des principaux titres est identique.»

Le gestionnaire de portefeuille n’est pas un fervent de l’emprunt à des fins d’investissement, surtout dans le contexte où les valorisations sont élevées. «Attention à l’appât du gain. D’aucuns croient à tort qu’une correction de marché sera suivie rapidement pas une embellie et une hausse des principaux indices boursiers.» Il rappelle que les marchés ont connu par le passé des années avec des rendements négatifs. «C’est là qu’on voit vraiment si une personne a une bonne tolérance au risque. Il faut être prudent.» Il souligne par ailleurs que de détenir des FNB composés de titres à revenu fixe est fondamental à long terme afin de diminuer la volatilité du portefeuille.

 

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Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs de Les Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CELI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca

 

Le CELI d’Hugo Cordeau (valeur approximative de 50 000$)

Titres Symboles Valeur en %
FNB Ishares Trust Global Clean Energy ICLN 17%
Lion Électrique LEV.TO 15%
Brookfield Renewable Partners BEP-UN.TO 11%
FNB Ishares Trust ESG Aware MSCI EAFE ESDG 10%
FNB Ishares Trust ESG Screened S&P 500 ($US) XVV 10%
FNB Ishares S&P/TSX Cap Composite Index XIC.TO 10%
Fonds mondial toutes capitalisations de l’environnement Mackenzie Greenchip MFC5758 10%
Fonds Global – Robotics & Artificial Intelligence BOTZ 10%
FNB Series Solutions Defiance Next Gen H2 HDRO 7% 
 Total  ***  100%