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Boissons Sève: les smoothies de la deuxième chance

Emmanuel Martinez|Mis à jour le 26 avril 2024

Boissons Sève: les smoothies de la deuxième chance

« À la base, j’avais pensé créer un programme axé sur la nature pour les jeunes de la DPJ, mentionne Isabelle Mercier. Mais puisque je trippe sur l’agriculture et la saine alimentation, j’ai décidé de me lancer dans des produits responsables pour revaloriser des aliments et des gens. » (Photo: courtoisie)

FOCUS RÉGIONAL CENTRE-DU-QUÉBEC. Guidée par le même objectif qui l’animait lorsqu’elle était intervenante à la DPJ, Isabelle Mercier a créé son entreprise pour aider les jeunes en difficulté, un smoothie à la fois.

En 2021, la criminologue de formation a fondé Boissons Sève, une PME qui produit des jus artisanaux à Victoriaville, dans le Centre-du-Québec, en grande partie à partir de fruits et de légumes locaux.

« On fait de l’économie circulaire de l’humain et de la matière », dit-elle en entrevue téléphonique. On récupère des jeunes qui ont des difficultés et on les intègre dans nos cuisines, notre milieu de travail pour leur donner de l’expérience et de la confiance. Le smoothie est un moyen d’atteindre notre mission sociale. »

Elle a entamé son projet entrepreneurial parce qu’elle considérait que les jeunes marginalisés qu’elle côtoyait manquaient d’occasion de vivre des expériences de vie utiles.

« À la base, j’avais pensé créer un programme axé sur la nature pour les jeunes de la DPJ, mentionne-t-elle. Mais puisque je trippe sur l’agriculture et la saine alimentation, j’ai décidé de me lancer dans des produits responsables pour revaloriser des aliments et des gens. »

La PME s’est ainsi associée au Centre de formation en entreprise et récupération Normand-Maurice, un établissement scolaire qui a pour mission d’accompagner les jeunes en difficulté et de leur offrir une formation préparatoire au marché du travail.

« Les jeunes viennent sporadiquement sous forme de stages non rémunérés, précise-t-elle. Ils ont de 17 à 19 ans. »

 

Consulter la communauté

Avant de se lancer en affaires, Isabelle Mercier a eu la présence d’esprit de mener de nombreuses discussions avec des organismes communautaires de sa région. Elle ne désirait surtout pas nuire aux groupes déjà présents.

« On arrive dans un écosystème où on veut apporter un bénéfice aux autres, affirme-t-elle. Au début, je souhaitais combattre le gaspillage alimentaire, mais j’ai changé de cap parce que d’autres le font. Prendre des fruits et des légumes destinés à des banques alimentaires aurait mis en péril la sécurité alimentaire dans la région. »

En consultant les acteurs de son milieu, elle a constaté qu’il fallait créer un système alimentaire plus durable, mais qu’il était impératif de s’entraider pour atteindre cet objectif.

« Pour parvenir à faire une boisson de manière responsable, on s’est donc assurés que toutes nos actions liées à la production et la distribution l’étaient », note Isabelle Mercier.

Boissons Sève s’approvisionne ainsi l’été auprès de producteurs régionaux qui sont heureux d’écouler leurs kale, menthe, poires, prunes, framboises, etc. Elle récupère aussi des drêches d’une microbrasserie locale. Ces résidus du brassage de céréales servent à fortifier en vitamine ses boissons.

Pour couper ses fruits et légumes, la PME fait appel à l’OSBL Parcours, qui favorise l’insertion de gens vivant avec un handicap en les rémunérant pour leur travail.

Elle collabore également avec Artha-Récolte, un organisme communautaire qui ramasse les produits des champs non récoltés, afin de les rendre disponibles à la population. « Cet organisme nous offre des bénévoles. Ils font les smoothies et ils en reçoivent en retour, mentionne la patronne. Ce sont généralement des gens de 60 ans et plus qui veulent redonner au suivant et qui aiment travailler en cuisine. »

Ses efforts ont été récompensés, car la PME a reçu un prix au début mai pour souligner ses pratiques d’affaires responsables au gala Panthéon de la performance, organisé par la Chambre de commerce et d’industrie des Bois-Francs et de l’Érable.

 

Production artisanale

Même si ses jus sont offerts dans une quinzaine de pointes de vente, dont à Sherbrooke et à Trois-Rivières, ainsi qu’à Québec prochainement, Boissons Sève les prépare à la main avec des malaxeurs industriels. Les bouteilles sont ensuite envoyées dans une usine où elles sont pasteurisées à froid.

Puisqu’elle n’a qu’une employée à temps plein, Isabelle Mercier est très occupée, car elle doit presque tout gérer seule.

« Je ne pensais jamais que cela allait être aussi gros comme aventure, avoue l’entrepreneure. C’est fou. Cela a l’air simple de dire qu’on récupère des fruits et qu’on fait des smoothies, mais ce ne l’est pas. C’est toute une logistique, c’est beaucoup de choses à analyser, du financement à aller chercher. Tu apprends sur le tas. »

La dirigeante a découvert la persévérance, à « foncer comme un bélier sans reculer ». C’est pour cette raison qu’elle développe des collations santé pour enfant qui seront bientôt offertes sur les tablettes tout en accentuant le rayonnement de ses boissons.

« Dans trois ans, je vois mes produits vendus dans toutes les villes du Québec, espère-t-elle. J’aimerais commercialiser environ six smoothies différents et une gamme de collations. Et avoir un plateau de travail avec des jeunes qui viennent à la semaine. Tout ça constitue mon scénario pessimiste réaliste ! »