Norsfell crée l’engouement autour d’un jeu en préparation

Publié le 11/06/2021 à 10:10

Avant même la sortie de Tribes of Midgard, ce studio montréalais a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de passionnés autour de lui.

Le modèle d’affaires entourant la production du jeu québécois Tribes of Midgard a été bâti autour de l’implantation d’une communauté de joueurs. Objectif : démontrer à un éventuel grand éditeur l’intérêt massif envers le futur produit.

Fondé en 2013, le studio Norsfell se spécialisait jusqu’en 2017 dans la conception de jeux pour téléphones et appareils mobiles. Or, quand ce marché a commencé à se saturer, l’entreprise a migré vers les jeux de console.

Bien que le premier d’entre eux, Tribes of Midgard, existait déjà dans l’esprit de l’équipe d’une douzaine de personnes, un élément essentiel pour la suite ne faisait pas encore partie de l’équation : les liquidités.

Pas question cependant pour Norsfell de solliciter des partenaires potentiels avec une simple idée non validée. C’est alors que son président-directeur général, Julian Maroda, a adopté une stratégie audacieuse : Bâtir une communauté d’adeptes autour d’un prototype.

Une telle approche visait divers objectifs, indique Jean-Philippe Beck, développeur de communauté de Norsfell. « Tout d’abord, elle devait démontrer aux éditeurs que nous étions soutenus par un large groupe de personnes intéressées par notre produit. Donc, cela diminuait pour eux le risque d’investir dans notre production, car elle faisait ses preuves au quotidien. Ensuite, ladite communauté allait nous servir pour améliorer le jeu et le bonifier au gré de commentaires des joueurs. »

En lien avec la philosophie du jeu

À l’origine, Norsfell avait envisagé de proposer Tribes of Midgard en mode d’accès anticipé. Cela permet au développeur de vendre son jeu dans une version non finalisée qui continue d'évoluer grâce à des mises à jour fréquentes et à des suggestions des joueurs. Toutefois, les stratèges du studio ont vite constaté qu’un grand nombre de producteurs agissaient ainsi. Il devenait donc difficile de se démarquer.

En revanche, il était logique et cohérent de bâtir une communauté autour du jeu, puisque ce dernier est axé sur la survie coopérative. Jusqu’à 10 joueurs peuvent ainsi y former un groupe, puis défendre ensemble un village contre des géants menaçants. Il leur faut donc explorer des environnements, rechercher des ressources, fabriquer des armes et des armures, préparer des potions, etc.

Pour constituer cette large communauté, l’entreprise a programmé trois séances fermées (ouvertes à un nombre limité d’inscrits) de quelques jours au cours desquelles un nombre limité de personnes inscrites pouvaient s’amuser gratuitement avec le jeu.

En parallèle, trois autres séances, cette fois ouvertes à tous, ont permis de découvrir Tribes of Midgard sur des plateformes populaires comme Steam et Twitch. De plus, des influenceurs ont été invités à jouer, puis à transmettre leurs impressions.

« Très vite, notre taux d’avis positifs a atteint 90 %, et nous avons pu apparaître pendant plusieurs jours consécutifs sur la première page de Steam et de Twitch, ce qui a généré une notoriété inespérée. De plus, nous avons demandé aux membres de notre communauté d’ajouter Tribes of Midgard à leur liste de souhaits sur Steam. Résultat : notre présence en a été accrue. »

Norsfell a également conçu une page sur le site Discord, plateforme de communication de prédilection des joueurs qui emprunte beaucoup au format des forums en ligne. Ce service de communication vidéo, vocale et textuelle favorise les échanges entre amis autour d’intérêts communs. Les joueurs étaient encouragés à discuter du jeu entre eux et à émettre leurs commentaires. « Nous cherchions de cette manière à établir un espace central où les avis allaient être déposés, ce qui faciliterait notre travail de compilation. »

Pour stimuler la récurrence, les stratèges de l’entreprise ont conçu à l’intérieur même de la communauté un sous-groupe nommé Midgardians, formé des joueurs les plus engagés, les plus passionnés et les plus assidus. Afin de les remercier et aussi de recueillir leurs commentaires, Norsfell leur donnait l’accès à des phases de test exclusives. Ces gens très actifs sur les médias sociaux ont en quelque sorte été des ambassadeurs pour Tribes of Midgard.

De même, les participants les plus présents dans les programmes fermés recevaient diverses récompenses (mises à jour, t-shirts, épinglettes, etc.) dans le but d’entretenir leur intérêt et de permettre à Norsfell de maintenir un lien avec eux.

Séduire deux géants mondiaux de l’industrie vidéoludique

Plus de 100 000 joueurs ont ainsi constitué une communauté autour d’un jeu pourtant non finalisé et non accessible au grand public. Ce chiffre a clairement dépassé les espérances les plus optimistes des initiateurs de l’opération. Ceux-ci espéraient en effet attirer environ 1000 personnes pour chacune des six phases.

En vertu d’un tel succès, dès la fin de la cinquième phase, en décembre 2019, Julian Maroda et ses collègues ont sollicité l’éditeur Gearbox. Ils en connaissaient les dirigeants pour les avoir côtoyés lors du salon professionnel Gamescom, en Allemagne, l’année précédente. « Ils avaient remarqué que nous attirions des quantités remarquables de joueurs sur Steam et Twitch, et ils désiraient déjà travailler avec nous. L’accord fut donc vite conclu. » En parallèle, Norsfell a réussi un autre coup d’éclat, soit la signature d’un accord d’exclusivité avec Sony pour que son jeu soit compatible avec la console PlayStation 5.

« Certes, nous associer avec Gearbox nous a rapporté des liquidités considérables, reconnaît Jean-Philippe Beck. Toutefois, ce partenariat vaut beaucoup plus, car d’être soutenus par un éditeur de cette envergure nous donne une validation aux yeux de l’industrie et auprès des joueurs. Gearbox nous ajoute des muscles que nous n’aurions pas comme studio indépendant. De plus, ses experts nous offrent des conseils sans toutefois chercher à s’emparer de notre projet. Donc, nous conservons la mainmise sur le produit en préparation. »

Norsfell avait déjà travaillé conjointement avec un autre géant, en l’occurrence Ubisoft, car son équipe avait remporté, en 2017, la première édition de la Série Indie Ubisoft présentée par Banque Nationale. « Les conseils que nous avons alors reçus nous ont fait gagner des mois et même des années d’essais-erreurs, estime Jean-Philippe Beck. C’est aussi Ubisoft qui nous a suggéré d’engager la communauté assez rapidement dans l’élaboration d’un projet afin de la fidéliser. Et côté monétaire, en plus de la bourse de 50 000 $, la Série Indie nous a facilité l’obtention d’un aide du Fonds des médias du Canada. »

Découvrez en vidéo l’apport de la Série Indie Ubisoft, présentée par la Banque Nationale, pour Norsfell.

Un pari réussi

La présence de partenaires majeurs comme Gearbox et Sony, notamment dans les opérations de marketing, les négociations de contrats et autres aspects administratifs, permet aujourd’hui à la troupe de Norsfell de se concentrer sur le développement de son jeu. Par conséquent, celui-ci sera lancé avant la fin de 2021, après quatre ans d’efforts.

« En rétrospective, lance Jean-Philippe Beck, la prise de risque s’est avérée payante et elle nous a rapporté des gains substantiels. Notre équipe, qui comptait au départ cinq personnes, en regroupe maintenant 27. Nous n’avons pas à craindre pour l’avenir du studio, et nous avons implanté une vaste communauté dans une centaine de pays, même dans des marchés comme la Russie et l’Asie. »

 

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