Le studio indépendant Polymorph s’illustre à l’échelle mondiale

Publié le 26/05/2021 à 14:56

Son jeu Foundation réinvente une catégorie populaire

Le jeu de construction de ville Foundation a déjà séduit plus de 500 000 adeptes en à peine deux ans. Et puisque sa version finale n’est pas encore commercialisée et qu’elle est fortement attendue, son avenir s’annonce prometteur.

Qui aurait cru qu’un jeu québécois en version non finale lancé en 2019 et offert sur une plateforme de distribution en ligne se serait vendu à au-delà d’un demi-million d’exemplaires sur tous les continents ?

C’est pourtant ce qu’a réussi le studio Polymorph Games, de Québec. À son origine, en 2016, ses cofondateurs Philippe Dion et Léo Carnaut-Delord savaient déjà que leur première production serait un jeu de construction de ville. Pas question cependant pour ces passionnés de jeux de stratégie et de simulation à la SimCity de dupliquer les modèles existants: Exit, donc, les villes cartésiennes érigées sur des grilles et avec des bâtiments similaires. Et comme tous deux étaient des programmeurs, ils savaient jusqu’où ils pourraient déployer leur vision.

Éloges et honneurs dès le départ

Signe encourageant, dès avril 2017, le prototype soumis remportait le programme Catapulte, accélérateur destiné aux studios indépendants d’ici. La récompense comprenait entre autres une bourse de 30 000 $ (ayant servi à embaucher un artiste 3D pour dessiner les univers du village) et de l’accompagnement par des professionnels du jeu vidéo.

Conséquence additionnelle de ce triomphe : Polymorph a été invité à participer à Gamescom, la plus importante foire du jeu vidéo au monde, tenue à Cologne, en Allemagne. Son produit y a profité d’une vitrine exceptionnelle quand un youtubeur allemand a vanté Foundation dans une vidéo dithyrambique. Peu après, une autre vidéo élogieuse (ayant cumulé depuis plus d’un million de visionnements) a suscité l’intérêt des joueurs.

« Les louanges des influenceurs sont fréquentes malgré notre jeune existence, confie Philippe Dion. Pourtant, nous ne les sollicitons pas et ne déboursons rien pour obtenir des mentions favorables. »

Dans la cour des grands

Polymorph est retourné à Gamescom l’année suivante, à titre d’exposant. Cette participation visait à établir sa notoriété et à le positionner dans le monde du jeu. « Nous avons investi 100 000 $ pour nous y afficher aux côtés des plus grosses franchises de l’industrie. Une telle présence à un rendez-vous d’industrie a démontré notre désir de pérennité. Faire fureur à l’approche de Noël, puis tomber dans l’oubli dès les semaines suivantes ne fait d’ailleurs pas partie de nos scénarios. »

Un soutien additionnel est survenu en 2019, lorsque l’entreprise a reçu le prix Coup de cœur de la Série Indie Ubisoft présentée par Banque Nationale. Cette compétition propulse les studios de jeux vidéo indépendants du Québec avec des bourses, du mentorat, des outils créatifs et de marketing ainsi que des avis financiers.

En vertu de cet honneur à ce concours annuel, elle a bénéficié de l’accompagnement de Blue Byte, société allemande affiliée au géant Ubisoft. « Ses spécialistes nous ont donné de précieux conseils, dont des pistes narratives ayant servi la progression du jeu. » 

Philippe Dion nous explique en détails les retombées de la Série Indie Ubisoft, présentée par Banque Nationale, pour le studio Polymorph dans cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=dNE3EV-xEj4

Pari réussi

En février 2019, c’est ainsi outillé que Polymorph a pu déposer en mode d’accès anticipé son jeu Foundation sur la plus grande plateforme de jeu sur PC, Steam, qui réunit mensuellement 120 millions de joueurs. L’accès anticipé permet au développeur de vendre son jeu dans une version non finalisée qui continue d'évoluer grâce à des mises à jour régulières et à des suggestions des joueurs.

Un demi-million d’exemplaires plus tard, le tandem Dion/Carnaut-Delord semble avoir visé juste, tant dans sa stratégie de mise en marché qu’avec son regard innovant dans sa catégorie de jeu.

« L’accès anticipé nous procure deux bénéfices, explique Philippe Dion. D’abord, parce que notre jeu se vend bien, il nous laisse du temps pour mettre des idées en place plutôt que de plancher en vitesse afin de concevoir un titre plus lucratif. Par ailleurs, nous y recevons des commentaires des utilisateurs. Parmi eux, l’on retrouve des passionnés qui y ont joué pendant plusieurs centaines d’heures. Donc, leurs suggestions et opinions reposent sur du concret. »

Steam ouvre aussi à Polymorph le marché mondial, ce qui explique que 95 % de ses ventes sont réalisées hors Canada : États-Unis (24 %); Allemagne (14 %), France (7 %), Chine, Royaume-Uni et Russie (4 % chacun), etc.

Envisager la suite

Les deux dirigeants souhaitent en arriver à une version finale d’ici le printemps 2022. À ce sujet, plus de 800 000 personnes ont manifesté une intention d’achat, dont la moitié dans la dernière année, signe d’un engouement constant et croissant.

Une telle perspective incite Philippe Dion à ne pas se lancer tout de suite dans la conception d’un second produit. « Nous ne voulons pas diluer nos forces en travaillant en parallèle pour deux titres. Stratégiquement, nous préférons réinvestir dans le développement prometteur de Foundation plutôt que de financer un jeu embryonnaire. »

Autre matière à réflexion : la possibilité de s’associer ou non avec un éditeur (ce qui faciliterait la distribution du jeu et aiderait à sa notoriété), même si le premier jeu a démontré la capacité de l’entreprise à bien mener sa barque en solo. « Nous sommes déjà reconnus comme très distinctifs dans notre milieu. La perspective d’être aspirés par un gros joueur, de lui remettre 50 % de nos profits contre des services de marketing, puis de se faire dire comment agir n’est pas alléchante. D’autant plus que notre positionnement est celui d’artisans passionnés. Nous préférons solidifier des emplois dans chaque grande discipline, afin de nous donner le maximum de vélocité pour l’avenir. »

 

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