Pour une meilleure productivité de l'aérospatiale québécoise

Publié le 08/01/2024 à 00:01

Hugue Meloche, Président et chef de la direction, Groupe Meloche

Pour affronter une compétitivité accrue sur la scène internationale tout en gérant la pénurie de main-d’œuvre locale, l’industrie aérospatiale québécoise doit impérativement accroître sa productivité.

Pour Hugue Meloche, PDG de Groupe Meloche, et François Gingras, vice-président, Innovation chez Investissement Québec, les PME québécoises du secteur aérospatial disposent d’une panoplie de moyens pour y arriver, notamment l’accélération de l’automatisation et de la robotisation de leurs activités.

C’est indéniable : en aérospatiale, la concurrence mondiale est de plus en plus féroce. « Certains pays ont accéléré davantage l’automatisation de leurs entreprises, qui sont mieux soutenues pour ce faire par leurs gouvernements, explique Hugue Meloche. Des États y consacrent par exemple une part de l’énorme budget de la Défense nationale. Le Québec n’a pas cette possibilité et nous faisons ainsi face à une compétition inégale avec des concurrents du reste du monde », souligne le PDG de Groupe Meloche, une entreprise québécoise productrice de composants de moteurs d’avion et de pièces aérostructurales usinées.

Pour que le Québec demeure une puissance de l’industrie aérospatiale mondiale, un coup de barre est nécessaire. La province a encore de nombreux atouts dans sa manche, selon une étude récente de l’Institut de recherche en économie contemporaine sur la maturité technologique du secteur manufacturier qui démontrait qu’en 2021, 60 % des emplois totaux du secteur aéronautique à travers le Canada subsistaient. Le Canada continue de compter sur l’échiquier international avec des exportations d’une valeur de près de 18,7 G$ en 2022, confirme le plus récent rapport d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Mais la pénurie de main-d’œuvre fait mal.

L’automatisation, un levier crucial

Automatiser et robotiser les opérations est non seulement un moyen de contrer la pénurie d’employés et de retrouver une productivité équivalente à celle de la décennie précédente, mais cela permet aussi d’accroître cette productivité au-delà des capacités de la main-d’œuvre traditionnelle. « À condition de bien mesurer les risques – comme un ralentissement de production pendant une pandémie mondiale! – et d’aligner les investissements à la demande réelle du marché », met en garde Hugue Meloche. Son entreprise est un bon exemple du succès de cette stratégie. « L’investissement dans des technologies automatisées avant la pandémie nous a permis de rebondir rapidement après une période difficile », confirme-t-il.

Pour poursuivre sur cette lancée, il faut maintenant aller plus loin! Quelles technologies émergentes peuvent le mieux se mettre au service de l’aérospatiale? « Évidemment, l’intelligence artificielle », répond François Gingras. « Couplée aux technologies d’analyse et de conservation de données, l’IA devient un outil remarquable de contrôle de la qualité, en utilisant à sa source tous les moyens de radiographie technologique : rayons X, ultrasons, etc. L’IA jouera un rôle de plus en plus important, en particulier dans la maîtrise des mégadonnées et la prise de décisions autonomes par les machines », ajoute Hugue Meloche.

Combiner numérique et automatisation physique

En usine, l’utilisation des exosquelettes est désormais capitale pour reproduire les tâches répétitives de l’ouvrier, selon François Gingras. Il souligne aussi les apports de la réalité augmentée et du jumeau numérique dans les étapes de conception. « Il est toutefois important de développer à l’interne des compétences en robotisation et automatisation, précise Hugue Meloche. Acheter à un fournisseur des robots intégrés, clés en main, peut s’avérer un risque parce que cela crée une forte dépendance envers ce fournisseur lorsque des problèmes surviennent. »

À l’heure actuelle, les applications logicielles et numériques sont souvent priorisées par les PME, alors que l’automatisation physique est perçue comme plus difficile à mettre en œuvre dans les grands assemblages. Mais, peu importe les technologies choisies, « l’automatisation et la robotisation sont des moyens de réduire les coûts en raison des gains de temps importants qu’elles permettent », rappelle François Gingras. « Mieux, l’introduction de la technologie est un moyen d’améliorer la valorisation du travail et de l’employé », renchérit Hugue Meloche. « Les solutions technologiques bien conçues peuvent rendre le travail plus attrayant. Elles diminuent les risques d’incidents et de problèmes musculosquelettiques. » Et puisqu’elles améliorent la qualité des produits conçus, « [elles] sont source de fierté chez l’employé! » mentionne François Gingras.

L’importance d’améliorer ses processus

Les deux experts soulignent également l’importance continue des outils logiciels traditionnels permettant de mettre en place des processus efficaces, tels que les systèmes de radio-identification (RFID) pour la traçabilité, les progiciels de gestion intégré (PGI, mieux connus sous le sigle anglais ERP) ou encore les logiciels MES de pilotage de la production, utiles pour les suivis de production, pour le contrôle de la qualité et la planification ou la gestion des modes opératoires.

Mais pour que ces outils augmentent vraiment la productivité, « il ne faut pas négliger l’importance critique de la formation, indique François Gingras. Ici encore, la technologie fait gagner du temps : la réalité augmentée fait des miracles en formation, par exemple. »

Équilibre entre productivité et durabilité

En cette ère de transition écologique, toute solution permettant des constructions durables est la bienvenue. Bonne nouvelle : la plupart du temps, durabilité et productivité font la paire dans les processus d’automatisation, conçus de manière à favoriser la production la plus écoresponsable possible.

Pour soutenir les entreprises de l’aérospatiale relevant le défi de l’automatisation, Investissement Québec travaille avec elles autant sur le plan du financement que de l’accompagnement, grâce à Productivité innovation, en fournissant à la fois de l’aide sur le front technologique et du soutien à l’exportation et de l’accompagnement stratégique. L’avenir est en marche.

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