Pommes de terre : les travailleurs étrangers sauvent la mise dans Lanaudière

Publié le 21/08/2019 à 00:01

L’industrie agricole jongle depuis plusieurs années avec une pénurie de main-d’œuvre. La région de Lanaudière et ses producteurs de pommes de terre en savent d’ailleurs quelque chose. René Forest, de l’entreprise Les Cultures Georges Forest & Fils inc., en témoigne.

René Forest et son neveu sont respectivement de la cinquième et de la sixième génération à travailler pour l’entreprise familiale située à Lavaltrie. « L’agriculture, nous l’avons dans le sang », dit René Forest. De père en fils, ils n’ont jamais compté les heures travaillées pour faire rouler leur production de patates, qu’ils vendent dans des emballages de 5, 10, 15 ou 20 livres aux détaillants qui forment leur clientèle. La patate se veut d’ailleurs l’une des cultures distinctives de la région et la quatrième denrée agroalimentaire en importance au monde.

Cette popularité dans l’assiette ne se reflète pourtant pas aux champs. « L’horaire éprouvant, la durée de la saison et les exigences physiques de la tâche ne facilitent pas le recrutement », dit-il. Mais si le fait de devoir travailler au soleil durant de longues heures en rebute plusieurs, d’autres facteurs expliquent peut-être davantage la pénurie de main-d’œuvre qui prévaut dans l’industrie. Le vieillissement de la population et le taux de chômage historiquement bas en sont deux manifestations évidentes. « Ça ne se bouscule pas nécessairement aux portes pour être embauché », confirme-t-il.

Travailleurs étrangers à la rescousse

La main d’œuvre locale étant donc moins disponible pour occuper les emplois saisonniers offerts, c’est la contribution des travailleurs étrangers temporaires (TET, dans le jargon du milieu) qui est devenue, au fil des ans, essentielle à la bonne marche des activités des producteurs de la région. Ces employés venus d’ailleurs étaient plus de 1600 à prêter main-forte aux agriculteurs de Lanaudière en 2018.

Le producteur René Forest, dont les terres dédiées à la culture de la patate avoisinent les 200 acres, fait d’ailleurs figure de pionnier dans la région. Il fait confiance aux TET depuis une dizaine d’années déjà. « Avant même l’embauche de nos employés mexicains, nous avions rapidement réalisé que nous étions déjà confrontés à un défi de recrutement et de rétention de personnel. La preuve, c’est que lors d’un seul été, j’ai dû recourir à 27 employés différents durant la saison », explique-t-il. Chose certaine, le succès de ce processus d’embauche particulier ne fait désormais plus aucun doute !

D’autres défis à relever

Il n’y a pas que la pénurie de main-d’œuvre qui oblige René Forest et son équipe à se surpasser au quotidien. La hausse potentielle du salaire minimum à 15 dollars de l’heure risque d’éroder ses marges bénéficiaires. À ces considérations financières s’ajoute le désir éventuel d’automatiser la production. « En tant que petit producteur, il peut être difficile d’obtenir le financement nécessaire pour investir dans la robotisation. » Un projet qui peut effectivement coûter dans les millions de dollars.

Mais lorsque l’on sait que la pénurie de main-d’œuvre a coûté en 2014 plus de 1,5 milliard de dollars aux entreprises agricoles canadiennes en ventes non réalisées — 7 % de cette somme a échappé à l’ensemble des producteurs du Québec selon le Conference Board du Canada —, un coup de pouce pour investir dans la quatrième révolution industrielle permettrait pourtant d’assurer la pérennité des producteurs qui livrent depuis toujours le meilleur d’ici dans vos assiettes.

 

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