Entrepreneuriat féminin : gage d’innovation

Publié le 30/03/2021 à 08:48

Par ESG UQAM

Ces dix dernières années, l’entrepreneuriat des femmes au Québec a connu une forte croissance. Il apparaît aussi plus stable que l’entrepreneuriat chez les hommes. Il s’accompagne pourtant de nombreux défis selon Christina Constantinidis, professeure à l’ESG UQAM, qui travaille actuellement à la création d’un Observatoire Entrepreneuriat et Genre.

Au Québec, les femmes représentent près de 40% des entrepreneurs. Entre 2007 et 2019, le travail autonome des femmes a connu une croissance de 23.3% (contre 4.2% chez les hommes)1 . S’il fallait encore en douter, les chiffres confirment le dynamisme de l’entrepreneuriat féminin. Même si le constat est enthousiasmant, la parité homme/femme est loin d’être atteinte et l’entrepreneuriat féminin rencontre encore de nombreux obstacles qui doivent être contournés.

Entre freins et levier économique

Les études montrent le levier économique que représentent les femmes dans l’entrepreneuriat. Selon les travaux du Global Entrepreneurship Monitor (GEM)2 , la croissance économique est liée à l’activité entrepreneuriale féminine. Pourtant, les chiffres peuvent cacher une réalité moins rose. Les femmes peuvent se retrouver plus souvent dans des formes d’entrepreneuriat de nécessité, d’entrepreneuriat hybride, ou encore dans des secteurs moins valorisés.

Alors à qui la faute ?
Si les recherches sur l’entrepreneuriat féminin ne datent pas d’hier, le sujet a longtemps été abordé du point de vue des différences biologiques ou naturelles entre hommes et femmes. De son côté, la chercheure de l’ESG UQAM s’intéresse aux phénomènes de genre c’est-à-dire les différences socialement construites. « Les femmes entrepreneures peuvent rencontrer de nombreux freins et barrières, que ce soit dans la formation, le financement ou encore le réseautage » débute la professeure. Le financement représente d’ailleurs un cercle vicieux, « Il y a des stéréotypes inconscients des deux côtés. Les financeurs, d’un côté, ne connaissent pas nécessairement bien les secteurs investis par les femmes et peuvent se montrer plus méfiants. De l’autre, les femmes entrepreneures, en réaction, ont tendance à demander moins de financement et renforcent ainsi le stéréotype ». On parle d’obstacles systémiques.

Pour y remédier, Christina Constantinidis travaille sur plusieurs pistes. « Plutôt que de créer de nouveaux outils, il s’agit de revoir les dispositifs existants, comme le mentorat, la formation, le coaching, ou encore l’offre de financement, afin de réduire les biais systémiques. » Cela implique de travailler avec les organismes de terrain.

L’innovation au féminin

Les entrepreneures ont tendance à développer des stratégies innovantes afin de faire leur place dans le monde de l’entrepreneuriat classique. Par exemple, plutôt que d’agrandir en engageant du personnel, les entrepreneures privilégient les collaborations d’affaires. « Beaucoup préfèrent garder une entreprise à taille humaine et croître en développant des projets avec d’autres entreprises. Le fait de créer des partenariats plutôt que de recruter des employés engendre plus de flexibilité et d’agilité entrepreneuriales. D’un autre côté, ce type de stratégie fait en sorte que leurs entreprises s’agrandissent moins, et attirent donc moins facilement des investisseurs. » Autre constat dans le contexte des entreprises familiales : « En impliquant davantage les femmes dans les processus de successions d’entreprises, on augmente la créativité et l’innovation. Par exemple, dans le secteur de la machinerie lourde, on remarque souvent un engagement plus fort en termes d’inclusion sociale et d’environnement lorsqu’une femme reprend l’entreprise familiale. »

Le Québec : précurseur en entrepreneuriat féminin

La Belle Province fait figure de référence sur la recherche en entrepreneuriat féminin. « Le mouvement féministe québécois a entraîné de nombreuses évolutions dans l’entrepreneuriat. Dès les années 80, le Québec est précurseur en francophonie sur la recherche en entrepreneuriat féminin, 20 ans avant que cela arrive en France et dans d’autres pays francophones. »

À travers ce nouvel Observatoire Entrepreneuriat et Genre, Christina Constantinidis et son équipe développent des stratégies pour soutenir un entrepreneuriat équitable et inclusif au Québec. Pour la chercheure, il est crucial de prendre en compte les différentes facettes de l’entrepreneuriat féminin : création d’entreprises, travail autonome, entrepreneuriat immigrant… « L’objectif est d’encourager l’entrepreneuriat féminin dans sa diversité, en particulier les démarches innovantes qui ont un impact sociétal et environnemental, en collaborant avec le monde politique et les partenaires économiques. »

[1] Selon les chiffres de Statistique Canada (Emploi selon la catégorie de travailleur, Québec, 2021).
[2] Programme de recherche mondial sur le taux d’activité entrepreneuriale.

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