Tendances emballage : ce qui influencera le consommateur en 2022

Publié le 10/12/2021 à 00:15

Par Carrousel

Photo principale : Crédit : Studio Blackthorns, Unsplash

Si l’emballage a beaucoup évolué au fil du temps, il faut se rappeler qu’ils ont plusieurs fonctions à respecter pour apporter de la valeur, autant aux entreprises qu’aux consommateurs : protéger les produits, transmettre de l’information, le marketing et, enfin, faciliter la distribution ainsi que l’utilisation. Étant donné ces multiples fonctions, les tendances en emballage sont le reflet des grands mouvements technologiques et culturels de la société. En 2022 et pour les prochaines années, quelles seront les tendances en emballage?

Évidemment, la pandémie de COVID-19 a influencé toutes les sphères de nos vies et l’emballage n’y fait pas exception. Selon Sylvain Allard, professeur de design à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la pandémie a accéléré une tendance de fond ayant un grand impact sur l’emballage : le commerce en ligne. « Depuis des décennies, le consommateur allait chercher le produit en magasin. Maintenant, le produit va vers le consommateur, à la maison. Ça change la donne. L’emballage primaire qui servait à vendre, informer et transporter du magasin à la maison devient un peu obsolète. Comme il n’est pas utilisé pour la livraison et ne sert plus à vendre le produit sur les tablettes, les emballages primaires pourraient perdre de leur pertinence à l’ère du commerce en ligne. »

Un désir de protection renouvelé

Protéger les produits a toujours été la fonction première de l’emballage. Si au début de la pandémie l’aspect de la protection a pris une tout autre dimension, on revient maintenant vers des préoccupations prépandémiques. Selon une étude de Deloitte sur l’avenir de l’alimentation au Canada, la durabilité a retrouvé sa place dans l’esprit de la population après plus de dix-huit mois à privilégier les plastiques à usage unique pour garantir l’hygiène. On parlera maintenant plutôt de protection des biens dans le transport et la livraison au consommateur. Sylvain Allard suggère qu’il faudra que les entreprises se posent les bonnes questions quant à l’impact écologique des emballages de livraison à domicile et des émissions de gaz à effet de serre (GES) qu’ils génèrent pour le transport.

Des sachets souples tout en nuance

Les sachets autoportants sont de plus en plus populaires auprès des consommateurs, notamment en alimentation, pour des raisons de durabilité. Il s'agit d'un format courant d’emballage pour les produits du cannabis, du chanvre et au cannabidiol (CBD), une industrie qui continue de se développer et d’influencer les comportements du consommateur. Mais tout n’est pas noir ou blanc. « En analyse du cycle de vie, les sachets autoportants vont souvent bien performer, mais en fin de vie, il n’y a pas vraiment de solution pour l’instant », précise Mario Patenaude, Conseiller principal, écoconception et économie circulaire chez Éco Entreprises Québec. Sa collègue Geneviève Dionne, Directrice, écoconception et économie circulaire, ajoute que ces sachets ont une empreinte environnementale plus faible en raison de leur poids et de leur volume. « Ils sont légers, minces, utilisent peu de matériaux. Ils sont livrés en rouleau, donc ils prennent moins d’espace que des bouteilles. Ça ne casse pas, c’est refermable et pratique pour le consommateur. » Si elle croit que c’est une innovation qui est là pour rester, elle tient à préciser que le gros enjeu de cet emballage est la fin de vie. « Mais il y a du travail qui se fait là-dessus, » précise-t-elle.

La révolution de la fibre moulée

Les changements dans les matériaux de base, ainsi que l'arrivée de nouvelles technologies comme l’ajout de couleurs, ont donné lieu à des emballages en fibre moulée beaucoup plus raffinés et esthétiques. C'est ainsi que des produits haut de gamme comme l'électronique et les produits de luxe ont converti leurs emballages en fibre moulée dans le cadre de leur démarche de durabilité, sans que cela ait d'incidence sur la valeur de leur marque. Pour développer des produits en pâte moulée au Québec, on peut compter sur Innofibre, le Centre d'innovation des produits cellulosiques associé au Cégep de Trois-Rivières. Geneviève Dionne rappelle cependant que pour créer des formes complexes, il faut une fibre longue et donc une fibre vierge est privilégiée. « On essaie de voir pour utiliser des fibres autres que le bois qu’on peut valoriser, comme des plantes envahissantes ou les résidus de la production de cannabis. »

La transparence dans tous les sens du terme

Puisque les consommateurs aiment faire un choix éclairé sur les produits qu’ils consomment, la transparence tant dans le partage d’information que dans le choix des matériaux est une tendance grandissante. De plus, à travers la pollution visuelle à laquelle les consommateurs font face chaque jour, le minimalisme est une façon de se faire remarquer, de se différencier et de mettre l’accent sur les informations qui sont réellement importantes. « En plus, s’il n’y a pas de colorant, pour certaines résines c’est plus facile à recycler, précise Mario Patenaude. Faire du plastique transparent, ça prend seulement de la résine claire. S’il y a des pigments de couleur dans la résine, les recycleurs ajouteront des pigments au recyclage afin d’uniformiser la couleur de la résine recyclée. Et plus la résine est foncée et opaque, ça ajoute complexité et défis en centre de tri, mais aussi au cycle de recyclage suivant. » S’il n’y a pas de fonction à la couleur et que c’est un choix purement marketing, Geneviève Dionne suggère de passer à la transparence. De son côté, Sylvain Allard est d’accord que les entreprises ont avantage à être transparentes, tout en apportant une nuance au niveau des emballages de carton munis d’une fenêtre transparente. Surtout pour les aliments secs qui ne changent pas dans le temps et dont on ne doit pas constater la fraîcheur, une photo sur une boîte opaque peut tout à fait faire l’affaire et permet de produire un emballage fait d’une seule matière.

« Les entreprises doivent être exemplaires dans leurs pratiques et c’est pourquoi je cesserais de fabriquer des emballages multimatières qui rendent le recyclage difficile. »

Des préoccupations relatives à l’environnement

Les consommateurs sont plus nombreux que jamais à rechercher des produits dont l'emballage est écologique. Selon une étude réalisée en 2020, 74% des consommateurs sont prêts à payer davantage pour des emballages durables. Par conséquent, la conception d'emballages destinés à être réutilisés ou recyclés fait partie des tendances croissantes en matière d'emballage durable. Geneviève Dionne constate que de plus en plus d’entreprises veulent pouvoir confirmer que leur emballage est recyclable. « On a créé des ponts sur la question de la recyclabilité entre l’entreprise qui fabrique ou qui met en marché et le centre de tri et le recycleur, mais il reste encore bien des ponts à construire. 

On observe aussi l’émergence du rightsizing, ou le juste emballage, qui consiste à diminuer la taille des emballages, l’utilisation des matériaux de remplissage et les déchets de papier grâce à des choix de conception réfléchis. L'emballage réduit améliore aussi l'efficacité de l'expédition, réduisant ainsi les coûts et l'empreinte carbone associés au transport des marchandises. Par exemple, l'emballage des vêtements Patagonia s’empile facilement et s'adapte parfaitement aux vêtements, ce qui réduit la quantité de matériau et d'espace utilisés. Mieux encore, ce format unique a entraîné une augmentation de 70% des ventes au détail et a reçu un prix international d'excellence en matière de design.

Selon Sylvain Allard, tendre vers le juste emballage est une bonne idée, mais penser qu’on aura un emballage adapté parfaitement pour chaque produit est une utopie. « Je pense qu’il faudra travailler les emballages primaires et de livraison en même temps et fusionner ces deux emballages pour n’avoir qu’à apposer une étiquette de livraison sur un emballage pensé autant pour la livraison que la mise en marché. »

M. Allard observe également beaucoup de contradictions dans les tendances à saveur environnementales qui grandissent aux côtés des capsules de café, du prêt-à-cuisiner et du commerce en ligne. « Au bout du compte, les entreprises s’adaptent aux besoins des consommateurs, donc ils ont une part de responsabilité là-dedans aussi. »

L’emballage comme reflet de la société

L’élargissement du spectre des genres et le vieillissement de la population sont deux courants qui, au cours des prochaines années, auront un grand impact sur les emballages. D’un côté, on cherchera à aborder les individus de manières plus neutres tant dans le choix des couleurs, la forme et le design des emballages, en délaissant les discours traditionnels sur les genres. Sylvain Allard rappelle que certains produits sont genrés particulièrement dans le monde des cosmétiques, ce qu’on observe beaucoup moins dans le domaine alimentaire. « Mais il y aura certainement une sensibilité accrue dans les choix graphiques pour être plus inclusif. » D’un autre côté, puisque le nombre de personnes âgées est appelé à augmenter dans le monde entier, la diminution de la motricité fine, de la force et de la dextérité entraînera des changements dans les mécanismes d'ouverture et la lisibilité, pour ne nommer que ces éléments. « Je suis un peu moins optimiste de ce côté, parce que le marché s’aligne plus sur les 20 à 50 ans. Mais j’espère qu’on va écouter les aînés », ajoute M. Allard.

L’image de marque toujours aussi importante

Bien sûr, l’image de marque demeure un aspect important de tout emballage. Dans une entrevue accordée à L’Actualité alimentaire, Marc Beauregard, Président de Bo Branding et Design, mentionnait que « l’apparence n’est pas à négliger, car c’est ce qui séduira le consommateur. Malgré tous les efforts d’écoconception, le test par excellence demeure de réussir à attirer l’œil du client en épicerie. » La marque de barres tendres RXBAR l’a bien constaté en voyant son chiffre d’affaires passer de 2 à 160 millions de dollars en trois ans à la suite d’une refonte de son image de marque.

Source : RXBAR

Peu importe les tendances qui vous allument, la meilleure façon de prendre de meilleures décisions est d’adopter l’écoconception et de bien communiquer cette démarche aux consommateurs pour qu’ils puissent faire des choix conscients selon leurs valeurs. Mais attention! On observe que les clients ne sont pas prêts à payer une prime de plus de 10% pour ce changement. « Le plus grand défi sera donc de valoriser l’écoconception et la réduction de l’impact environnemental tout en affectant le moins possible les habitudes des consommateurs et les scénarios d’usage des emballages », rappelle Sylvain Allard. Mais il ajoute aussi que l’écoconception devrait être implicite au design. « On aurait dû faire de l’écoconception depuis qu’on fait de la conception. »

La pandémie nous a amenés à ralentir et à réfléchir au monde dans lequel on vit pour repenser le « normal » post-pandémique. Cette période amènera assurément de grands changements dans plusieurs domaines, dont l’emballage des produits. Pour prédire les tendances, il faudra observer : les besoins et les préoccupations des gens, la concurrence sur le marché, les événements exceptionnels (tels qu’une pandémie!), l'évolution des modes de vie, ainsi que les découvertes et les innovations. Si aucune cause unique n'a influencé le développement passé, une variété de forces sera nécessaire pour créer l’emballage du futur, mais le choix du consommateur sera toujours un facteur très important.

 

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