L’emballage tertiaire : l’oublié dans le virage écoresponsable?

Publié le 10/12/2021 à 00:20

Par Carrousel

Crédit : Halfpoint, Shutterstock

Comme le dit le vieil adage : loin des yeux, loin du cœur. Dans la guerre au suremballage, il semble parfois que l’on oublie tous ces emballages que les consommateurs finaux ne voient pas. D’un côté, on demande aux citoyens de faire des choix écoresponsables : acheter en vrac et privilégier les grands formats. De l’autre, on emballe les produits comme des poupées russes en carton pour l’expédition et la distribution. Pourtant, il existe de nombreuses solutions au problème d’écoresponsabilité de l’emballage tertiaire et autant d’avantages pour les entreprises qui font le grand saut.

D’abord, un rappel des trois grandes catégories d’emballages : l’emballage primaire contient le produit mis en vente ; l’emballage secondaire est utilisé pour regrouper les emballages primaires afin d’en faciliter la manutention en magasin ; et l’emballage tertiaire est utilisé pour le transport.

Suremballer ou ne pas suremballer

Il est très important de parler des enjeux spécifiques à l’emballage tertiaire. En effet, ce dernier protège les produits à l’étape du transport et évite les pertes ou les bris qui pourraient engendrer un plus grand impact environnemental qu’une quantité convenable d’emballage. Geneviève Dionne, Directrice, écoconception et économie circulaire chez Éco Entreprises Québec, rappelle que l’enjeu de l’emballage tertiaire est de trouver le juste milieu entre la protection des biens de consommation et le suremballage. « Avant qu’une entreprise ne se prononce sur son emballage, je les encourage à faire minimalement une évaluation du bilan [gaz à effet de serre] GES de leur produit et de leur emballage, précise Geneviève. Parce que si l’empreinte environnementale du produit est importante, il faut le protéger parce que toutes les pertes, les bris et le gaspillage vont augmenter les répercussions sur l’environnement alors que le but de réduire l’emballage est de réduire l’empreinte environnementale. Ça devient contre-productif. » En effet, la Sustainable Packaging Coalition (SPC) dévoilait en 2018 que le remplacement des produits endommagés génère des émissions de gaz à effet de serre et une utilisation des ressources bien plus importantes que l'emballage.

Sophie Langlois-Blouin, Vice-présidente, Performance des opérations chez RECYC-QUÉBEC, tient quant à elle à rappeler que les entreprises peuvent se poser les mêmes questions pour leur emballage tertiaire que pour leur emballage primaire : « Est-ce que je peux en enlever? Est-ce que je peux le réutiliser? Est-ce que je peux le recycler? Il faut regarder la chaîne en entier, identifier où il y a le plus de perte et agir sur ces éléments en premier. » Elle précise aussi que l’emballage tertiaire peut potentiellement être plus intéressant pour les recycleurs, si la matière est propre est exempte de contaminants.

Qu’en est-il des solutions?

Dans un premier lieu, il est possible de diminuer et d’optimiser les emballages problématiques ou inutiles. Pour y arriver, Éco Entreprises Québec préconise une approche systémique de l’emballage. « L’écoconception nous permet de faire les calculs du bilan de GES sur le système d’emballage au complet. C’est la partie immergée de l’iceberg que les gens ne voient pas », précise Mme Dionne. Son collègue Mario Patenaude, Conseiller principal, écoconception et économie circulaire, rappelle que les changements faits sur l’emballage primaire vont avoir une incidence sur les emballages secondaires et tertiaires, et vice versa. « D’où l’importance de réfléchir l’emballage de façon systémique pour éviter les impacts négatifs », souligne-t-il. C’est dans cette optique qu’il faut également penser à la fin de vie utile de l’emballage au tout début de sa conception. Sans oublier de valider le potentiel de recyclabilité et la compatibilité avec les infrastructures de récupération et de recyclage en place. Éco Entreprises Québec propose d’ailleurs sur son site web une liste d’éléments à considérer dans le choix de son emballage pour maximiser sa recyclabilité.

De plus, les emballages tertiaires offrent plusieurs possibilités de réutilisation, particulièrement dans un contexte de relation d’affaires interentreprises (B2B) ou la distribution intersites. Geneviève Dionne rappelle que les entreprises peuvent collaborer pour optimiser la distribution et éviter, par exemple, de transporter de l’air. De son côté, Sophie Langlois-Blouin rajoute qu’il peut être intéressant de standardiser les contenants. « Il y a un potentiel pour les commerces en vrac d’avoir un inventaire de contenants partagés qui donnent plus de flexibilité au consommateur et au commerce. Dans l’emballage tertiaire, il y a aussi une opportunité pour les entreprises de se mettre en commun afin d’atteindre une masse critique intéressante. »

Il est aussi possible de récupérer l’emballage. Par exemple, le programme Carrou-cycle d’Emballages Carrousel en partenariat avec Polykar donne une seconde vie à la pellicule étirable. Plusieurs millions de livres de pellicule étirable sont utilisées par de nombreuses entreprises au Québec chaque année. Cette matière, qui est présentement majoritairement acheminée aux sites d’enfouissement, est un véritable problème environnemental. Le programme Carrou-cycle permet de transformer la pellicule étirable usagée en de nouveaux produits de plastique. Lorsqu’il est question de pellicule à palette, on peut également considérer l’option haute performance : puisqu’elle s’étire jusqu’à 300%, il en faut moins pour faire le même travail.

L’emballage réutilisable est également une possibilité dans l’emballage tertiaire. Par exemple, le produit Pallet Wrapz est une alternative écologique et réutilisable au film plastique extensible qui peut être utilisé plus de 2 500 fois, soit trois à quatre ans d’utilisation. Ce n’est pas rien! Mario Patenaude rappelle aussi que l’emballage tertiaire présente des opportunités au niveau de l’ajout de contenu recyclé et de la réutilisation : « Comme il n’y a pas de contact direct avec les aliments, on peut potentiellement le réutiliser, d’autant plus que les entreprises déplacent souvent les mêmes produits. »

Des défis propres à l’emballage tertiaire

Comme dans bien des domaines, il est difficile de changer ses bonnes vieilles habitudes. Surtout quand le changement en question demande d’apprendre de nouvelles façons de faire, d’acquérir de nouveaux équipements, de revoir la mise en marché d’un produit, de repenser l’entreposage et de prendre du temps précieux pour effectuer ses recherches et trouver une nouvelle solution. Sophie Langlois-Blouin est consciente que l’emballage demande beaucoup de logistique, mais elle rappelle que les entreprises ne sont pas seules. « Il existe des subventions, du soutien est disponible. Chez RECYC-QUÉBEC on a lancé deux appels de propositions pour favoriser l’intégration de produits réutilisables et intégrer du contenu recyclé dans les emballages à usage unique notamment. Il y a aussi Éco Entreprises Québec qui offre de l’accompagnement et le Fonds Écoleader qui peut appuyer financièrement des démarche écoresponsables », précise Mme Langlois-Blouin.

Des avantages qui en valent le coût

Pour Sophie Langlois-Blouin, l’avantage premier est bien sûr la protection de l’environnement, la préservation des ressources et la lutte aux changements climatiques. Mais si ce n’est pas suffisant, il est aussi possible de faire des économies en repensant ses emballages tertiaires. En effet, diminuer l’emballage permet aux entreprises de réduire leurs coûts d’approvisionnement, de transport et de distribution, ce qui réduit également les besoins en matières premières, en énergie et en eau. Cela permet également de réduire davantage l'utilisation des matériaux d'emballage. Une communication ouverte entre les marques, les fournisseurs, les fabricants et les distributeurs contribue à faciliter cette optimisation à l'échelle du système, ce qui réduit également les coûts d'expédition. C’est somme toute considérable! Geneviève Dionne rajoute que dans certain cas, revoir l’emballage tertiaire permet d’éliminer les emballages secondaires ou primaires, notamment dans le cas des produits alimentaires vendus en vrac, ce qui a un impact encore plus grand.

L’écoconception comme force motrice

Il n’y a pas de doute, le virage écoresponsable des emballages doit être entrepris dans son ensemble et les solutions ne touchent pas seulement le choix du type d’emballage, mais tout l’écosystème d’entreposage et de transports des biens. Selon RECYC-QUÉBEC, la quantité de déchets produits chaque année ne fait qu’augmenter. Plus que jamais, il importe de travailler en amont pour réduire à la source et utiliser des options écoresponsables.

 

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