Chez Doris répond aux besoins croissants avec des services élargis

Publié le 18/09/2023 à 00:01

Par Chez Doris

Entrevue avec Marina Boulos, directrice générale de Chez Doris.

Marina Boulos-Winton se rappelle son premier jour comme directrice générale de Chez Doris, en 2014. Une rencontre l’avait marquée : celle avec une femme qui avait fui Toronto pour Montréal, abandonnant tous ses biens au passage. Convaincue qu’on s’introduisait clandestinement dans son appartement pour contaminer sa nourriture, la femme dans la cinquantaine était aux prises avec des enjeux de santé mentale qui troublaient son quotidien. Pour Marina Boulos-Winton, une telle situation démontrait que l’itinérance pouvait toucher n’importe qui, et surtout les femmes n’ayant pas accès à des ressources conçues précisément pour leur venir en aide.

Fondé en 1977, le refuge de jour Chez Doris a été un havre de paix pour de nombreuses femmes dans le besoin. Toutefois, ses portes fermaient chaque jour à 15 h pour rouvrir à 8 h 30 le lendemain, laissant, la nuit tombée, de nombreuses femmes sans-abri dans une ville où les places en hébergement d’urgence manquaient déjà. Conscient de cette lacune critique, l’organisme a entamé des démarches pour ouvrir un refuge de nuit en 2017.

Grâce à un généreux don d’Andrew Harper, un ancien propriétaire d’une entreprise spécialisée dans l’importation et la distribution de biscuits et de chocolats, décédé depuis, Chez Doris a pu acquérir une maison voisine. Malgré les défis posés par la pandémie, l’organisme a lancé une importante campagne en 2020, récoltant plus de 15 millions $ pour établir un refuge de nuit comptant 24 lits et 26 appartements abordables pour les femmes en situation de précarité. Parmi ces fonds, 5 millions $ provenaient de subventions gouvernementales, démontrant ainsi le bien-fondé des partenariats public-privé pour résoudre les problèmes sociaux.

« En 2020, pendant la pandémie, nous avons été témoins de l’ampleur réelle de l’itinérance et des conséquences désastreuses auxquelles les femmes sont confrontées », déclare Marina Boulos-Winton, soulignant l’urgence d’accroître l’offre de services. Pour répondre à la demande, Chez Doris a étendu ses horaires d’ouverture et ouvert un refuge de nuit dans un hôtel, offrant ainsi 40 chambres aux femmes dans le besoin. Puis, en septembre 2022, l’organisme a fièrement inauguré un nouveau refuge de nuit juste en face de son centre de jour.

Avant la pandémie, les femmes sans-abri représentaient 20 % de la clientèle de Chez Doris, tandis que les femmes à risque représentaient 80 % des personnes accueillies, dont la moitié avaient déjà été sans-abri par le passé. Cependant, selon Marina Boulos-Winton, « ce que nous n’avions pas prévu, c’est que 60 % de notre clientèle allait désormais être constituée de femmes sans-abri. Nous avions également estimé que notre refuge d’urgence accueillerait chaque année environ 300 femmes qui ont temporairement ou définitivement perdu leur logement et qui n’ont nulle part où passer la nuit. Cependant, nous avons déjà offert des lits à 300 femmes au cours des six premiers mois de 2023, ce qui illustre la demande pressante pour de tels services ».

La clientèle sans-abri de Chez Doris est diversifiée, comprenant des femmes en situation d’itinérance chronique (65 %), des femmes sans-abri depuis six mois à deux ans (26 %) et des personnes nouvellement sans-abri (9 %) – il peut s’agir de nouvelles arrivantes, de femmes qui fuient de la violence domestique ou qui font face à une rupture familiale ou à une expulsion de logement. Celles qui ne sont pas en situation d’itinérance persistante restent en moyenne 20 jours et sont en général assez autonomes pour trouver des solutions de logement par elles-mêmes. Cependant, trouver un logement abordable, même avec une aide financière, devient de plus en plus difficile en raison de l’augmentation des loyers et des revenus stagnants des personnes bénéficiant de l’aide sociale, du soutien aux personnes handicapées ou de pensions.

Fait important, seules 10 % des femmes qui étaient sans-abri sont immédiatement prêtes à réintégrer le marché du travail une fois logées. La moitié des femmes qui ont trouvé un logement ont en outre besoin d’un soutien continu, même un an plus tard. De manière alarmante, 80 % des femmes ayant connu l’itinérance et été relogées n’ont pas de diplôme d’études secondaires. Pour pallier cette situation, Chez Doris a établi des partenariats privés pour couvrir les droits de scolarité et les dépenses liées à l’emploi, à la fois pour les mères et leurs enfants. De plus, Chez Doris a étendu son programme d’administration financière afin d’autonomiser les femmes et de renforcer leur littératie en la matière.

En novembre 2020, Bash Shetty, spécialiste du droit et de l'assurance maritimes, a approché Chez Doris pour discuter de ses idées en matière de philanthropie. En raison de l'aggravation de la crise de l'itinérance pendant la pandémie et de la hausse des loyers, il a été décidé d'utiliser son don comme levier pour notre demande de financement auprès de la Ville de Montréal, notamment pour une subvention offerte par la Société canadienne d'hypothèques et de logement.

Appuyée par l'engagement financier de M. Shetty, Chez Doris a soumis une offre conditionnelle pour l'acquisition d'un bâtiment et a présenté sa demande à la Ville de Montréal. En mars 2021, Chez Doris est devenu propriétaire du bâtiment, et d'importants travaux de rénovation, y compris l'installation de salles de bains dans chaque chambre, ont été entrepris. 

Le don de M. Shetty a été souligné lors du deuxième cocktail annuel de Chez Doris, tenu le 15 juin dernier sur le thème « J’ai besoin d’un abri ». L’établissement de cette résidence marque une étape importante dans l’engagement collectif de lutte contre l’itinérance et représente la première des trois résidences que Chez Doris prévoit ouvrir. Ce projet illustre parfaitement ce qui peut être accompli lorsque différents acteurs collaborent pour le bien-être de la collectivité.

Alors que le besoin de services et de soutien continue de croître, des organismes comme Chez Doris dépendent de l’engagement continu et de la générosité des particuliers, des fondations et des entreprises pour s’assurer que les femmes vulnérables reçoivent l’aide essentielle dont elles ont besoin. Le budget de fonctionnement de Chez Doris pour 2023-2024 s’élève à 8 millions $, dont seulement 25 % proviennent du gouvernement, ce qui nécessite de développer des partenariats financiers solides et pérennes avec des entreprises privées. En s’engageant aux côtés de Chez Doris, la communauté des affaires peut jouer un rôle actif dans l’avancement de la société en soutenant des initiatives qui ont un impact durable sur la vie des femmes vulnérables.

 

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