La pénurie de main-d’œuvre Crise ou occasion à saisir?

Publié le 01/02/2022 à 00:01

La pénurie de main-d’œuvre frappe moult secteurs de l’économie québécoise. Cette pénurie se reflète dans la hausse du nombre de postes vacants observée au cours des deux dernières années, dans les entreprises. Cela dit, le taux de postes vacants était déjà élevé avant la pandémie. Aujourd’hui, le Québec a le 2e plus haut taux de postes vacants au Canada, après la Colombie-Britannique.

Cette conjoncture n’est pas propre au Québec, puisque les bassins de main-d’œuvre sont en diminution partout dans le monde, excepté en Inde et dans certains pays d’Afrique. La pénurie de main-d’œuvre est donc là pour durer et l’ensemble de l’économie devra s’y adapter. Si elle s’explique en grande partie par les tendances démographiques lourdes observées depuis plusieurs années, cette pénurie de main-d’œuvre a aussi d’autres causes.

Renversement démographique


Le poids démographique de la population âgée de 15 à 64 ans a diminué rapidement au Québec, depuis 10 ans et cette baisse devrait se poursuivre.



Goulots d’étranglement

Par moment, des secteurs de l’économie doivent fermer pour contrer la propagation du virus à l’origine de la COVID-19. Lorsque ces entreprises redémarrent en même temps, une fois les consignes sanitaires assouplies, plusieurs d’entre elles cherchent du personnel simultanément, ce qui joue un rôle dans la pénurie.

Crainte de la COVID-19

Selon l’Enquête sur la population active de Statistique Canada de janvier 2021, 43 % de la main-d’œuvre canadienne craignait d’attraper la COVID-19 dans leur milieu professionnel. Cette crainte amène certaines personnes à ne pas retourner au travail une fois que les secteurs d’activité rouvrent.

Déplacement de la main-d’œuvre de certains secteurs vers d’autres secteurs

La fermeture de certains secteurs d’activité économique pendant la pandémie a été l’occasion pour plusieurs travailleurs de réfléchir à leur carrière et de s’orienter vers de nouveaux secteurs d’emplois.

Prestations spéciales

Pour expliquer la pénurie de main-d’œuvre, plusieurs sont tentés de cibler les prestations spéciales mises en place par le gouvernement fédéral en contexte pandémique, faisant valoir qu’elles n’incitaient pas les personnes à occuper un autre emploi. Or, cette explication est contredite par des études effectuées aux États-Unis et par les résultats de l’Enquête sur la population active, obtenus depuis la fin de la Prestation canadienne de la relance économique (en octobre 2021). En effet, à l’été 2021, le taux d’emploi des personnes âgées de 15 à 24 ans était aussi élevé qu’avant la pandémie, ce qui prouve que les jeunes ont continué de travailler en acceptant d’autres emplois. Par ailleurs, ces prestations ont permis d’éviter un effondrement bien plus durable et dommageable de l’économie en soutenant le revenu et la consommation.

Employés encore plus rares pour les postes moins rémunérés

La pénurie de main-d’œuvre se fait davantage sentir pour les emplois qui demandent peu de compétences et qui sont moins bien rémunérés. Le nombre de personnes âgées de 25 à 44 ans peu qualifiées avait déjà fortement diminué dans pratiquement tous les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 2000 et 2010, en raison d’une hausse générale du niveau de scolarisation, y compris au Québec. Comme il y a moins de personnes peu qualifiées, il est plus difficile de pourvoir ce type de postes lorsque l’économie prend de la vigueur.

Si l’on regarde, au troisième trimestre 2021, les taux des postes vacants selon les diplômes requis, les données sont révélatrices :

• postes ne requérant aucun diplôme : 39 % des postes vacants

• postes requérant un diplôme d’études secondaires générales : 20 % des postes vacants

• postes requérant un diplôme pour un métier ou un apprentissage (ex. : DEP) : 14 % des postes vacants

• postes requérant un diplôme d’études collégiales : 14 % des postes vacants

• postes requérant un baccalauréat : 10 % des postes vacants

• autres postes : 4 % des postes vacants

Le Québec se distingue!

Malgré la pénurie de main-d’œuvre, qui a débuté avant la pandémie, le Québec a connu depuis quelques années une performance économique qui se démarque de la plupart des autres provinces. On y a observé une croissance plus rapide

• de la rémunération des travailleurs;

• du PIB;

• des profits des entreprises.

En fait, la pénurie de main-d’œuvre n’affecte pas la croissance économique si elle est compensée par des hausses de productivité (valeur ajoutée par heure travaillée). Par exemple, malgré le taux le plus élevé de postes vacants parmi les provinces canadiennes depuis au moins 5 ans, la Colombie-Britannique a maintenu un niveau de vie élevé (PIB par habitant) en se démarquant par la croissance de sa productivité.

La même situation s’observait déjà au Québec avant la pandémie. La hausse de la productivité a compensé la pénurie de main-d’œuvre en donnant lieu à la période de croissance économique la plus robuste et la plus soutenue des 20 dernières années. Quelques années ne font pas une tendance, et le niveau de productivité du Québec demeure encore sous celui du Canada et des États-Unis, mais les derniers résultats du Québec (2015-2020) sont encourageants.

La pénurie de main-d’œuvre, une occasion à saisir?


Plusieurs employeurs s’inquiètent devant la pénurie de main-d’œuvre actuelle compte tenu de ses répercussions sur la capacité de production. Cependant, le caractère dynamique, et non pas statique, de l’économie permet de nuancer cette inquiétude, qui présume que les entreprises seraient incapables de s’ajuster à ce nouveau contexte. Pourtant, dans les faits, plusieurs ont déjà commencé à le faire.

Par exemple, plusieurs entreprises emploient davantage de personnes issues de groupes sous-représentés sur le marché du travail, notamment en apportant des ajustements aux horaires ou aux milieux physiques. Ils bénéficient ainsi du talent de personnes faisant face à des obstacles à l’emploi : femmes et jeunes peu scolarisés, travailleurs expérimentés, personnes handicapées, personnes immigrantes, personnes prestataires de l’assistance sociale, etc. Les entreprises qui empruntent cette voie se disent gagnantes, d’autant plus qu’elles peuvent compter sur l’aide des services publics d’emploi offerts par le gouvernement du Québec.

Par ailleurs, la pénurie de main-d’œuvre est l’occasion pour les employeurs de revoir l’organisation du travail et d’accentuer la mécanisation, l’automatisation et la robotisation de plusieurs tâches, notamment celles effectuées par des employés peu qualifiés qui occupent des emplois de moins bonne qualité et moins bien rémunérés. Ce faisant, la productivité s’en trouve accrue et les travailleurs qui occupaient ces emplois seront heureux de pouvoir occuper de meilleurs emplois mieux rémunérés.

Les services publics d’emploi du gouvernement du Québec sont là pour soutenir les employeurs qui doivent investir pour former leurs travailleurs afin qu’ils aient les compétences requises pour utiliser efficacement les nouvelles technologies. Les entreprises peuvent aussi être aidées dans leur réorganisation du travail ainsi que dans les ajustements à apporter à leur pratique d’embauche et à leur politique de gestion d’une main-d’œuvre diversifiée.

 

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