100 jours qui annoncent un «président transformateur»

Publié le 30/04/2021 à 07:00

100 jours qui annoncent un «président transformateur»

Publié le 30/04/2021 à 07:00

Par François Normand

Le président américain Joe Biden lors de son discours devant le Congrès, à Washington, mercredi soir. (Photo: Getty Images)

ANALYSE — Ceux qui pensaient que Joe Biden serait un président de transition entre la tumultueuse administration Trump et une prochaine administration démocrate ou républicaine devront déchanter. Nous sommes plutôt en présence d'un président transformateur comme il y en a eu peu dans l’histoire américaine.

Voilà la principale conclusion à laquelle est arrivé John Parisella, spécialiste de la politique américaine et conseiller spécial chez NATIONAL, lors d’un événement virtuel sur les 100 jours de Joe Biden, présenté jeudi par le Conseil du patronat du Québec et la section Québec de la Chambre de commerce américaine au Canada (AMCHAM Canada).

L’enjeu est de taille pour les entreprises québécoises, car ce type de président amorce des réformes économiques, sociales et culturelles qui chambardent les façons de faire aux États-Unis, et qui ont souvent un impact de ce côté-ci de la frontière.

« Joe Biden a été un sénateur et un vice-président transactionnel ou de transition, mais il risque d’être un président de transformation », insiste John Parisella, en précisant que cela dépendra en grande partie de la capacité des démocrates de garder le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat, en novembre 2022.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden a lancé plusieurs programmes ambitieux, et ce, de son plan de relance économique de 1 900 milliards de dollars américains (G$US) à sa volonté d’investir 2 300 G$US dans un programme d’infrastructures pour lutter contre les changements climatiques.

Il veut aussi réduire de près de 50% la pauvreté infantile, en plus d’offrir quatre années d’éducation gratuites supplémentaires aux enfants. Il veut taxer les plus riches, imposer davantage America Inc., sans parler d’un retour en force de l’État social-démocrate.

Une révolution progressiste qui semble sonner le glas de la révolution néolibérale amorcée sous l’administration du président républicain Ronald Reagan (1981-1989).

Dans sa nouvelle édition, le magazine Foreign Policy parle même « des 100 premiers jours les plus importants » à la Maison-Blanche depuis ceux du président démocrate Franklin Delano Roosevelt (1933-1945).

 

Trois catégories de présidents

Selon John Parisella, les Américains ont eu trois types de présidents dans leur histoire: des transactionnels, des présidents de transition et des transformateurs.

La première catégorie comprend des présidents tels que le démocrate Bill Clinton (1993-2001) et le républicain Dwight D. Eisenhower (1953-1961). Ce sont des politiciens qui concluent habituellement des ententes importantes pour le pays.

Par exemple, Bill Clinton a fait adopter l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) dans son premier mandat.

La deuxième catégorie comprend des présidents comme le démocrate Barack Obama (2009-2017), dont Joe Biden a été le vice-président.

John Parisella estime qu’il a été un président de transition, car son bilan législatif n’a pas transformé en profondeur les États-Unis. Certes, l'Obamacare a permis d’offrir une couverture médicale à de nombreux Américains qui n’en avaient pas. En revanche, cette réforme n’a pas transformé fondamentalement le système de santé américain.

La troisième catégorie comprend des présidents tels que le républicain Abraham Lincoln (1861-1865), Franklin Delano Roosevelt et le démocrate Lyndon B. Johnson (1963-1969).

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Lincoln a fait abolir l’esclavage au terme de la Guerre de Sécession. Lors de la Dépression des années 1930, Roosevelt a créé des programmes sociaux (dont l'assurance chômage), réformé le secteur financier, en plus d’avoir mené la riposte des démocraties contre l’Allemagne nazie et le Japon durant la Deuxième Guerre mondiale.

Quant à Johnson, il a créé les programmes Medicaid et Medicare, sans parler des avancées importantes pour les droits civiques des Afro-Américains, à commencer par la fin de la ségrégation avec le Civid Right Act de 1964.

 

L’impact des politiques et du style de Biden

Un autre spécialiste de la politique américaine, Simon Lafrance, PDG et associé principal de la firme-conseil STRATEGEUM, estime que les politiques et le style de Joe Biden ont et auront un impact au Canada, notamment au chapitre de la lutte contre la pandémie.

« La réponse nord-américaine à la COVID-19 se ressemble un peu plus », comparativement à la différence qu’il y avait entre les deux pays sous l’administration Trump, explique celui qui a travaillé à des campagnes électorales américaines, incluant celles de Barack Obama en 2008 et en 2012.

Ce qui laisse présager selon lui une éventuelle sortie de crise sanitaire plus coordonnée.

Par ailleurs, après 100 jours d’administration Biden, Simon Lafrance affirme que le 46e président des États-Unis offre plus de prévisibilité et de transparence en ce qui a trait au processus de prise des décisions politiques. « C’est plus facile pour les entreprises canadiennes », dit-il.

Enfin, la montée du protectionnisme représente et représentera aussi un enjeu pour les exportateurs, à commencer par le Buy American, souligne le patron de STRATEGEUM.

Mercredi soir, lors de son discours devant le Congrès, Joe Biden a rappelé l’importance que les fonds fédéraux servent à acheter des produits américains fabriqués par des travailleurs américains.

Bref, les entreprises qui comptaient sur le départ de Donald Trump pour mettre fin au protectionnisme devront aussi déchanter.

Nous n’assistons pas au retour du business as usual avec la présidence Biden, même si son élection en novembre a soulagé Québec inc. et Canada inc. après quatre années de trumpisme.

Joe Biden a l’intention de transformer les États-Unis comme les Roosevelt et les Reagan de ce monde.

Pour le meilleur et pour le pire.

 

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