L'appétit dévorant du projet de quartier Google


Édition du 23 Septembre 2020

L'appétit dévorant du projet de quartier Google


Édition du 23 Septembre 2020

L'appel de Waterfront Toronto concernait le développement de 12 acres de terrain. Le programme présenté par Sidewalk Labs proposait d'en aménager 190! (Photo: 123RF)

VILLES INTELLIGENTES. Sidewalk Labs, une filiale d'Alphabet (la société mère de Google), a abandonné, en mai, son ambitieux projet de quartier intelligent nommé Quayside, à Toronto. Ce qui a mis un terme à deux ans et demi de controverses quant au rôle des géants technologiques dans la construction des villes.

Sidewalk Labs a invoqué l'incertitude économique liée à la pandémie de COVID-19 pour expliquer ce renoncement. Le projet visait à construire un quartier qui optimiserait la gestion de l'énergie, des déchets, de la mobilité et une foule d'autres éléments de la vie urbaine grâce à des technologies novatrices alimentées avec une tonne de données. Il répondait à un appel de Waterfront Toronto, un organisme voué à la revitalisation des berges du lac Ontario.

Dès le départ, les ambitions du géant technologique sont apparues dévorantes. L'appel concernait le développement de 12 acres de terrain. Le programme présenté par Sidewalk Labs proposait d'en aménager 190 ! Même ramené à des proportions plus raisonnables, le projet Quayside a soulevé une vive opposition sur deux fronts : la propriété et l'utilisation des données des citoyens, ainsi que la pertinence de déléguer la construction de la ville à une entreprise privée.

Jacques Priol, fondateur du cabinet de conseil français Civiteo et président de l'observatoire Data Publica, a agi comme expert invité à certaines étapes de cette aventure torontoise. Il a notamment collaboré à l'élaboration d'une stratégie pour la gestion des données avec la Ville de Toronto. Il estime que le projet Quayside présentait des aspects intéressants. «Rassembler dans un quartier de cinq hectares autant d'innovations technologiques pilotées par la donnée, c'était assez unique, souligne-t-il. La gestion intelligente de toute la chaîne de déchets, par exemple, revêtait un beau potentiel.»

L'auteur de l'ouvrage Ne laissez pas Google gérer nos villes tique toutefois sur le fait que Sidewalk Labs refusait de garantir l'anonymisation à la source des données personnelles collectées par les innombrables capteurs qui auraient quadrillé le secteur. En octobre 2018, l'ex-commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Ontario, Ann Cavoukian, avait démissionné de son rôle de conseillère à Sidewalk Labs pour cette raison.

«En Europe, le nouveau Règlement général sur la protection des données empêcherait toute ville de déployer un système comme celui que Google envisageait à Toronto», indique Jacques Priol. Il rappelle aussi que l'entreprise souhaitait au départ entreposer ces données aux États-Unis et que Waterfront Toronto et les autorités municipales ont dû insister pour les faire changer d'idée.

Un bien public

Le projet Quayside a toutefois eu comme avantage de provoquer une réflexion sur la gestion des données personnelles dans un contexte de ville intelligente. «Toronto a d'abord donné carte blanche à Google, avant de réaliser que ces données constituaient un bien public et que leur gestion relevait donc de la responsabilité des autorités élues», précise Jacques Priol.

La démocratie, justement, se trouvait au coeur de la lutte qu'a menée la militante Bianca Wylie contre Quayside. «Ce projet déléguait à une grande entreprise privée des pouvoirs et des fonctions que ne peut pas céder un gouvernement élu», estime-t-elle. Cela revenait, selon elle, à accorder à Sidewalk Labs la possibilité de définir comment les habitants du quartier vivraient, mais sans devoir faire face au même type de reddition de compte que doivent affronter les élus.

«Il n'y a pas eu de processus démocratique pour demander aux citoyens s'ils approuvaient qu'une telle quantité de données personnelles soit collectée et utilisée», note Bianca Wylie.

Dans le futur

La Torontoise estime que les prochains projets de villes intelligentes devraient être très précis quant aux données qui seront collectées et à l'usage qui en sera fait. Par exemple, si une partie du projet concerne la mobilité, les citoyens doivent savoir quelles données exactement seront collectées, comment et par qui. Ensuite, comment elles seront conservées et à qui elles bénéficieront. «Les élus doivent aussi s'assurer que les gens comprennent les technologies qui seront utilisées. C'est la seule manière dont ils pourront faire le choix démocratique de les accepter ou de les rejeter», conclut-elle.

En juin, Stephen Diamond, président du conseil d'administration de Waterfront Toronto, a confié au journal The Star que son organisme mettait de côté l'idée d'un quartier axé sur la haute technologie, les capteurs et les données. Il souhaite maintenant développer un pro jet «postCOVID» qui mettra l'accent sur le logement abordable.

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