Le Québec tarde encore à prendre le virage 4.0

Publié le 04/09/2019 à 14:48

Le Québec tarde encore à prendre le virage 4.0

Publié le 04/09/2019 à 14:48

Par Pierre Théroux
Un employé de la construction qui regarde une carte en 3D sur son téléphone.

(Photo: 123RF)

USINE 4.0. Le Québec fait des progrès en matière d’usine intelligente. Mais les fabricants québécois ont encore beaucoup de chemin à faire dans leur transformation numérique, démontrent plusieurs études.

La province est effectivement plus lente à profiter des possibilités d’automatisation, et la robotisation de nos usines progresse lentement, constate Étienne Lacroix, fondateur de l’entreprise montréalaise Vention, qui a développé une plateforme de fabrication numérique pour les équipements d’usine. «C’est comme des blocs Lego industriels, explique-t-il. Les manufacturiers peuvent aller en ligne pour concevoir et simuler – à l’aide d’un logiciel 3D – leurs propres équipements automatisés et prêts à assembler qui leur seront livrés en moins de trois jours».

«Au Québec, l’innovation passe surtout par l’utilisation de logiciels, plutôt que par l’implantation de technologies d’automatisation industrielles», note l’ingénieur mécanique qui a auparavant travaillé pour General Electric et la firme McKinsey. Cette tendance est selon lui notable dans l’ensemble des principaux secteurs d’activité tels que l’aéronautique, les mines, la foresterie ou encore les pâtes et papiers.

Une minorité d’entreprises

Si environ les trois quarts des dirigeants d’entreprises manufacturières voient dans l’industrie 4.0 une occasion d’améliorer leurs processus de production (74%) ou de gestion (72%), la plupart des entreprises sont encore gérées avec des processus manufacturiers manuels ou utilisent des technologies qui ne sont pas connectées, indiquait d’ailleurs un rapport du CEFRIO publié en 2017 et intitulé Prendre part à la révolution manufacturière? Du rattrapage technologique à l’industrie 4.0 chez les PME.

De plus, seule une minorité́ d’entre elles se sont dotées d’un plan ou d’une stratégie numérique en lien avec l’industrie 4.0. Dans son étude intitulée Le manufacturier avancé: enquête sur l’automatisation du secteur manufacturier au Québec – également publiée en 2017 – l’Alliance canadienne pour les technologies avancées révélait que seulement 25% des entreprises québécoises avaient alors automatisé leurs processus, comparativement à 75% des entreprises allemandes et à 55% des entreprises américaines.

Ce retard s’explique notamment par le fait que la grande majorité des technologies d’automatisation industrielle ont été créées pour de grands volumes de production. Or, au Québec, «il y a beaucoup de PME et d’ateliers d’usinage qui fabriquent de petites séries, et souvent des produits sur mesure. Le coût des équipements d’automatisation est donc prohibitif, puisque les investissements sont difficilement récupérables étant donné le faible volume produit», note Étienne Lacroix.

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Un dollar trop bas

Autre explication possible: la devise canadienne étant faible, la pression sur les coûts de fabrication s’amenuise, retardant ainsi l’adoption de technologies de pointe censées engendrer des gains de productivité. Sans compter que les équipements en provenance des États-Unis ou de l’Europe coûtent alors plus cher à acquérir.

M. Lacroix suggère aux entreprises d’opter pour des solutions plus modestes, comme des chaînes de production mixtes, qui englobent une partie automatisée et une partie manuelle. À son avis, celles-ci «permettent une transition plus harmonieuse». Les entreprises manufacturières doivent aussi être en mesure de recruter des ressources humaines spécialisées, notamment des programmeurs et des ingénieurs, afin de faciliter leur virage vers l’usine 4.0.

D’autant que les résultats sont probants: 60% des entreprises ayant fait cette transition affirment que les technologies numériques ont contribué à accroître leur productivité, alors que près de 50% affirment avoir réduit leurs coûts d’exploitation, estime l’étude Industrie 4.0: la nouvelle révolution industrielle publiée en 2017 par la Banque de développement du Canada.


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