Le défi de la croissance verte

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Novembre 2020

Le défi de la croissance verte

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Édition du 25 Novembre 2020

Par Katia Tobar

(Photo: 123RF)

La transition écologique semble au cœur des préoccupations de bien des gouvernements sur la planète. Des voix s’élèvent toutefois pour dénoncer l’incompatibilité entre croissance économique et transition écologique.
« ­Il y a une contradiction fondamentale entre la recherche de croissance et le respect des limites biophysiques de notre planète », fait valoir ­Yves-Marie ­Abraham, professeur agrégé au ­Département de management à ­HEC ­Montréal.
Une réflexion que partage ­René ­Audet, professeur au ­Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM et titulaire de la ­Chaire de recherche ­UQAM sur la transition écologique. « L’idée selon laquelle “environnement et économie ne s’opposent pas” relève plus du slogan que de la réalité », ­indique-t-il.
Même si les objectifs de l’Accord de ­Paris étaient atteints, « on serait très en deçà » des cibles nécessaires à la construction d’une croissance verte, dit ­Yves-Marie ­Abraham. 
Aborder la post-croissance
« ­Le seul moyen d’aborder la transition écologique serait alors de produire moins, et pas seulement mieux », explique le ­Yves-Marie ­Abraham. Et donc de pratiquer la décroissance.
Dans un tel cas, ­avertit-il, il faudrait s’assurer de redistribuer équitablement les richesses afin d’éviter un accroissement des inégalités, encourager la production locale de biens et de services en relocalisant les entreprises et pousser plus loin le processus démocratique pour permettre à la société civile de décider des méthodes et des quantités de production.
Pour Éric ­Pineault, sociologue et membre de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, « la croissance est vue comme une solution aux problèmes que vivent les économies modernes, une solution à la crise ». En pleine crise liée à la pandémie de ­COVID-19, il faut, selon lui, se dégager de cette vision. « ­Il faut sortir du paradigme de la croissance, car c’est la croissance qui engendre les émissions carbone », ­soutient-il. Cet autre concept, appelé postcroissance, Éric ­Pineault l’a découvert en ­Allemagne. Encore à l’étape de théorisation, ce concept n’est pas modélisé, mais il suppose de ne plus rechercher une croissance pour régler une crise économique.
Si postcroissance et décroissance se rejoignent en théorisant la fin de la recherche de croissance pour mesurer la richesse d’une société, leur acceptabilité sociale diffère. Alors que le terme de postcroissance, relativement nouveau, n’a pas encore suscité de forte réaction au ­Québec, celui de décroissance fait bien souvent hérisser quelques poils. « ­Le terme décroissance est un tabou, car il renvoie à une économie socialiste », analyse ­René ­Audet.
­Yves-Marie ­Abraham observe quant à lui aussi que le terme postcroissance s’impose tranquillement, car « il est symptomatique d’une critique du modèle dominant, ou d’une curiosité pour des solutions de rechange ». Le professeur défend cependant toujours l’utilisation du terme « décroissance », qu’il qualifie de « clair, net et sans ambiguïté », et qui ne peut, selon lui, « pas être récupéré à des fins politiques ».

TRANSITION ÉCOLOGIQUE. La transition écologique semble au cœur des préoccupations de bien des gouvernements sur la planète. Des voix s’élèvent toutefois pour dénoncer l’incompatibilité entre croissance économique et transition écologique.

« ­Il y a une contradiction fondamentale entre la recherche de croissance et le respect des limites biophysiques de notre planète », fait valoir ­Yves-Marie ­Abraham, professeur agrégé au ­Département de management à ­HEC ­Montréal.

Une réflexion que partage ­René ­Audet, professeur au ­Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM et titulaire de la ­Chaire de recherche ­UQAM sur la transition écologique. « L’idée selon laquelle “environnement et économie ne s’opposent pas” relève plus du slogan que de la réalité », ­indique-t-il.

Même si les objectifs de l’Accord de ­Paris étaient atteints, « on serait très en deçà » des cibles nécessaires à la construction d’une croissance verte, dit ­Yves-Marie ­Abraham. 

Aborder la post-croissance

« ­Le seul moyen d’aborder la transition écologique serait alors de produire moins, et pas seulement mieux », explique le ­Yves-Marie ­Abraham. Et donc de pratiquer la décroissance.

Dans un tel cas, ­avertit-il, il faudrait s’assurer de redistribuer équitablement les richesses afin d’éviter un accroissement des inégalités, encourager la production locale de biens et de services en relocalisant les entreprises et pousser plus loin le processus démocratique pour permettre à la société civile de décider des méthodes et des quantités de production.

Pour Éric ­Pineault, sociologue et membre de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, « la croissance est vue comme une solution aux problèmes que vivent les économies modernes, une solution à la crise ». En pleine crise liée à la pandémie de ­COVID-19, il faut, selon lui, se dégager de cette vision. « ­Il faut sortir du paradigme de la croissance, car c’est la croissance qui engendre les émissions carbone », ­soutient-il. Cet autre concept, appelé postcroissance, Éric ­Pineault l’a découvert en ­Allemagne. Encore à l’étape de théorisation, ce concept n’est pas modélisé, mais il suppose de ne plus rechercher une croissance pour régler une crise économique.

Si postcroissance et décroissance se rejoignent en théorisant la fin de la recherche de croissance pour mesurer la richesse d’une société, leur acceptabilité sociale diffère. Alors que le terme de postcroissance, relativement nouveau, n’a pas encore suscité de forte réaction au ­Québec, celui de décroissance fait bien souvent hérisser quelques poils. « ­Le terme décroissance est un tabou, car il renvoie à une économie socialiste », analyse ­René ­Audet.

­Yves-Marie ­Abraham observe quant à lui aussi que le terme postcroissance s’impose tranquillement, car « il est symptomatique d’une critique du modèle dominant, ou d’une curiosité pour des solutions de rechange ». Le professeur défend cependant toujours l’utilisation du terme « décroissance », qu’il qualifie de « clair, net et sans ambiguïté », et qui ne peut, selon lui, « pas être récupéré à des fins politiques ».

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