Industrie de la fabrication: confectionner des stratégies pour recruter et retenir

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Mai 2021

Industrie de la fabrication: confectionner des stratégies pour recruter et retenir

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Édition du 26 Mai 2021

usine

Le secteur manufacturier québécois emploie 450 000 personnes et a généré des ventes globales de près de 170 milliards de dollars en 2019, selon Manufacturiers et exportateurs du Québec. (Photo: Science in HD pour Unsplash)

SPÉCIAL GRANDES ENTREPRISES. La fabrication est le troisième secteur le plus frappé par la pénurie de main-d’œuvre au Québec : Statistique Canada y dénombrait plus de 17 500 postes à pourvoir dans la province au quatrième trimestre de 2020. Face à ce péril, ses gros joueurs n’ont d’autre choix que de rivaliser d’ingéniosité. 

Que ce soit pour sauver une entreprise privée du précipice ou faciliter des projets d’expansion, il y a plusieurs bonnes raisons d’implanter une coopérative de travailleurs actionnaires (CTA). Il est toutefois plus rare de voir des travailleurs se regrouper, puis acquérir du capital-actions afin de combattre la pénurie de main-d’œuvre. 

En 2016, Robotiq a pourtant pris ce virage. À l’époque, l’entreprise lévisienne spécialisée dans la conception et la fabrication de composants pour robots collaboratifs comptait 15 employés. Cinq ans plus tard, elle en revendique plus de 130, dont 90 % sont membres de sa CTA. « C’est un peu paradoxal : nous vendons des produits qui aident à solutionner des enjeux de main-d’œuvre dans le secteur manufacturier. Or, nous devons nous-mêmes composer avec cette réalité pour continuer à croître », reconnaît Samuel Bouchard, son PDG et cofondateur. 

C’est d’ailleurs grâce à lui que la CTA de Robotiq a vu le jour : il l’a financée de sa propre poche dès sa création. Sa motivation ? Incarner l’esprit de famille qui est au cœur des valeurs de l’entreprise. « On aime dire qu’on travaille et qu’on gagne en équipe. La CTA, c’est une manière que les bottines suivent les babines ; cela nous force à être transparents et intègres », explique-t-il. 

La valeur du bloc d’actions détenu par la CTA de Robotiq, qui représente « quelques pour cent » de l’entreprise, se chiffre aujourd’hui en millions de dollars. Cette participation minoritaire des employés dans l’actionnariat de « leur » entreprise a pour effet collatéral d’attirer et de retenir la main-d’œuvre. « Chez certains, la CTA est un « game changer ». On la mentionne souvent comme un facteur qui fait pencher la balance en faveur de l’entreprise lors de la période d’embauche », raconte Nicolas Hardy, responsable du canal des ventes et président de la CTA de Robotiq. 

« Il n’y a pas de profil type de personne chez qui le charme opère. C’est une question de valeurs plutôt que d’âge », précise-t-il. 

 

 

Solutions sur mesure

L’ensemble des entreprises manufacturières québécoises doivent innover pour combler leurs besoins de main-d’œuvre. Dans la 11e édition de son Baromètre industriel québécois — un sondage annuel effectué auprès de 2844 entreprises de toutes tailles du secteur de la fabrication —, Sous-traitance industrielle Québec (STIQ) rapporte que 84 % des répondants considèrent le problème de recrutement d’employés spécialisés comme important. En matière de rétention, ce pourcentage atteint 67 %. Ces deux problèmes affectent « toutes les catégories d’entreprises avec la même intensité », peut-on lire dans le Baromètre. 

 

Des initiatives originales émergent. Chez le fabricant de portes et fenêtres Lepage Millwork, à Rivière-du-Loup, on mise par exemple depuis quelques années sur des entrevues sans rendez-vous auxquelles se présentent en moyenne des dizaines de personnes — avec la COVID-19, les entretiens se font en mode « service à l’auto ». 

Le manufacturier nord-américain de remorques-citernes Tremcar a pour sa part mis sur pied sa propre école de soudage en interne. Le but de cette formation rémunérée de 17 semaines : pourvoir les très nombreux postes de soudeurs disponibles dans l’entreprise. « 80 % de nos emplois sont en soudage, mais les écoles professionnelles ne forment pas assez de monde et on ne peut plus se fier aux canaux traditionnels comme les petites annonces », constate Karine Senécal, sa directrice des ressources humaines. 

Grâce à son cours donné par un enseignant qualifié et reconnu par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Tremcar façonne une main-d’œuvre qui saura répondre à ses besoins, tant au chapitre des compétences que de l’attitude. « C’est du sur-mesure », résume-t-elle. La prochaine cohorte, qui compte une vingtaine de places, démarre en août prochain.

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