Écoutez l'artiste en vous

Publié le 01/01/2012 à 21:55

Écoutez l'artiste en vous

Publié le 01/01/2012 à 21:55

Par Premium

Vous croyez que les artistes sont les seuls à pouvoir faire preuve de créativité ? Pour le neuroscientifique Jonah Lehrer, le germe de la créativité est présent en chacun de nous.

Une entrevue réalisée par Karen Christensen

Source : Rotman magazine

K.C. La plupart des gens pensent que l’imagination se distingue des autres formes de cognition. Dans quelle mesure la réalité est-elle plus complexe ?

J.L. En fait, la créativité fait appel à plusieurs types de cognition. Même si l’on en parle souvent au singulier, il faudrait plutôt le faire au pluriel. Sur le plan pratique, l’aspect le plus important de cette idée relativement nouvelle, c’est que nous devons raffiner davantage nos processus de réflexion pour nous assurer de penser de la bonne façon, selon le genre de problème auquel nous sommes confrontés. Certains problèmes de créativité exigent que nous rehaussions notre niveau d’attention ─ on avale un triple expresso et on se concentre sur la tâche ─ d’autres exigent plutôt que l’on prenne une longue douche chaude ou que l’on trouve d’autres moyens de se détendre, afin d’augmenter ce que les neuroscientifiques appellent les « ondes alpha » de notre cerveau.

K.C. Vous avez écrit que pour comprendre le fonctionnement de l’imagination, « nous devons associer la psychologie et la sociologie, afin de fondre le monde extérieur et ce qu’il y a dans notre esprit ». Expliquez-vous.

J.L. Voilà qui touche un mythe romantique et complètement dépassé de la créativité – le poète qui marche seul dans la campagne – une sorte de modèle solitaire et isolé de la créativité. Quand on se penche sur la créativité telle qu’elle existe dans le monde réel, on constate que c’est rarement le vrai scénario. Nous sommes souvent inspirés par d’autres personnes, et parfois, nos meilleures idées surgissent quand nous rencontrons un étranger. Cela vient de ce que les économistes appellent les « déversements de connaissances » – les occasions où les idées peuvent « se répandre » partout, dans toutes les directions. Si nous sommes une espèce aussi créative, c’est précisément parce que nous sommes une espèce sociale.

K.C. Pourquoi le fait de briser notre concentration (en allant nous promener ou en jouant une partie de ping-pong) nous aide-t-il autant à favoriser des moments d’inspiration ?

J.L. C’est l’exemple parfait de l’utilité que peut avoir la neuroscience en tant qu’outil, et de l’importance de la connaissance de soi. Nous savons maintenant que les moments d’inspiration proviennent d’un circuit particulier situé à l’arrière de l’hémisphère droit du cerveau qu’on appelle « partie antérieure du gyrus temporal supérieur ». Il s’avère que dans bien des cas, cette partie du cerveau pourrait avoir une réponse au problème que nous tentons de résoudre, et qu’elle essaie peut-être de nous donner l’inspiration ; mais si nous sommes totalement concentrés sur le monde extérieur et que nous ne pensons qu’au problème lui-même, cette petite voix à l’arrière de notre tête se perd.

K.C. Vous affirmez que « l’acte du dévoilement » est un élément essentiel du processus créatif ; précisez votre pensée.

J.L. Il existe une autre notion romantique de la créativité, celle de « l’inspiration spontanée », où une réponse apparaît soudainement de nulle part, et nous savons aussitôt que c’est la bonne. Ce sont des moments merveilleux, encore plus impressionnants s’ils surviennent sous la douche. J’aimerais bien vous dire que pour devenir plus créatif, il suffit de « toujours trouver un moyen de relaxer » ; mais bien sûr, dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. Parfois, on doit boucler sa ceinture et rester attentif. Ou s’asseoir à notre bureau et décortiquer le problème.

K.C. La question est donc de savoir comment déterminer quand nous devrions sortir nous promener, et quand nous devrions prendre un café et nous concentrer !

J.L. Pour cela, il faut savoir écouter « l’impression qu’on le sait ». C’est une expression très éloquente pour décrire le fait que nous sommes tout à fait capables de bien diagnostiquer les problèmes que nous croyons pouvoir résoudre. Si vous donnez à des gens divers problèmes créatifs à résoudre en une heure, ils auront des intuitions, une sorte d’instinct : ils sauront s’ils pourront ou non y parvenir, et ces intuitions sont remarquablement précises. Un de mes exemples préférés de « l’impression qu’on le sait », c’est quand on a un mot sur le bout de la langue : comment savez-vous que vous connaissez ce mot si vous n’arrivez pas à vous en souvenir ? C’est précisément ce que signifie avoir « l’impression qu’on le sait » ; c’est votre cerveau qui vous informe que si vous continuez à chercher ce mot pendant 20 ou 30 minutes, il vous reviendra.

Cet article est une version condensée du texte « Écouter l’artiste en soi », dont la version intégrale est parue dans le numéro 13 du magazine PREMIUM. Disponible en kiosque dès maintenant.


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