Gestion des risques climatiques: l'heure est à l'adaptation


Édition du 12 Avril 2023

Gestion des risques climatiques: l'heure est à l'adaptation


Édition du 12 Avril 2023

Par François Normand

Les entreprises qui s’adapteront le plus rapidement deviendront plus résilientes, plus rentables et mieux positionnées pour saisir les occasions d’affaires qui se présenteront. (Photo: Martin Flamand)

SPÉCIAL CLIMAT: ADAPTEZ VOTRE ENTREPRISE. Les spécialistes sont formels: la plupart des entreprises du Québec seront confrontées tôt ou tard à des risques liés aux changements climatiques. Par conséquent, il est grand temps pour la communauté d’affaires d’augmenter sa résilience. Les Affaires vous propose avec ce numéro spécial une foule d’idées pour prendre en main votre stratégie d’adaptation.

Chaque hiver, les camions qui déversent du sel sur nos routes s’approvisionnent chez Mines Seleine, la seule mine de sel au Québec, située aux Îles-de-la Madeleine, à un jet de pierre de la mer. Or, en raison de la montée du niveau des océans causée par le réchauffement de la Terre, sa pérennité est menacée.

D’ici 2100, le niveau des océans pourrait s’élever jusqu’à 1,75 mètre au Canada atlantique, selon le Centre de collaboration nationale en santé environnementale, qui cite les travaux de la Commission géologique du Canada et du Groupe d’experts intergou-vernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Mines Seleine est un exemple qui illustre à quel point les changements climatiques peuvent représenter une menace pour les entreprises, surtout lorsque leurs installations peuvent être inondées, voire englouties, à terme.

La minière est confrontée à deux choix: s’adapter (en érigeant par exemple une digue autour de ses installations) ou cesser ses activités. L’entreprise a décliné notre demande d’entretien.

Mines Seleine est loin d’être la seule société au Québec à courir des risques qui sont liés au réchauffement de la planète.

 

Des pistes

Pour être plus résilientes et en meilleure santé finan-cière, les entreprises devront mieux comprendre leurs risques. Elles seront ainsi plus en mesure de les gérer et de les atténuer, affirment des spécialistes interviewés par Les Affaires. Comment affronter les différentes menaces que les changements climatiques peuvent faire peser sur les entreprises du Québec? Voici quatre différentes tactiques.

 

1. Renforcez vos infrastructures physiques

Le risque physique — que vos actifs soient détruits ou abîmés par les aléas climatiques — concerne au premier chef toutes les organisations qui sont situées près de la mer, comme Mines Seleine. Par exemple, en septembre 2022, le château Dubuc, une ancienne auberge de Chandler, en Gaspésie, a été emportée par les vagues immenses provoquées par la tempête Fiona, qui sévissait alors dans les Maritimes et dans l’est du Québec. Cela dit, nul besoin d’être près de la mer pour être vulnérable à un risque physique, affirme Ursule Boyer-Villemaire, cheffe d’équipe en analyse économique de l’adaptation au Consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques (Ouranos). «Les stress climatiques peuvent aussi avoir un impact sur un bâtiment», dit-elle, en expliquant qu’ils peuvent par exemple abîmer son réseau de fils, faire refouler les égouts ou surcharger le système de drainage des fondations.

Les entreprises situées en zone inondable — près des cours d’eau à l’intérieur du Québec — sont aussi à risque.

Selon cette spécialiste, les entreprises peuvent être plus résilientes en changeant la conception de leurs futurs bâtiments ou en renforçant leurs infrastructures existantes.

Certes, il faut investir et sortir de l’argent de sa poche. En revanche, c’est beaucoup moins coûteux à terme que de subir des sinistres à répétition et de voir ses primes d’assurance exploser, explique Ursule Boyer-Villemaire.

 

2. Diversifiez géographiquement vos fournisseurs

Même si son ampleur est moindre qu’une inondation, le risque d’approvisionnement (une rupture des livraisons des intrants) peut aussi affecter les opérations d’une entreprise, si elle manque de composants ou de produits finis.

Yan Cimon, professeur en stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, affirme que ce risque est criant si l’unique fournisseur stratégique d’une organisation est situé dans une zone à haut stress climatique (inondations, sécheresses, ouragans, etc.). «Dans ce type de situation, la diversification géographique est un bon outil pour réduire ce risque», dit-il. Par exemple, si un détaillant alimentaire canadien achète uniquement ses fruits en Californie, un État frappé par une sécheresse chronique depuis des années, il devrait trouver un deuxième fournisseur ailleurs aux États-Unis ou, à tout le moins, dans une région moins à risque en Californie. Selon Yan Cimon, les entreprises devraient aussi faire un audit de leurs fournisseurs afin de s’assurer que la chaîne d’approvisionnement de ces derniers n’est pas elles aussi à haut risque.

En effet, si l’unique fournisseur stratégique de votre fournisseur stratégique en Californie est lui-même situé dans le Golden State, vous êtes doublement à risque.

 

3. Préparez-vous à des règles plus strictes

À cause des changements climatiques, les gouvernements adopteront de plus en plus de lois restrictives pour protéger des ressources vitales afin d’assurer la résilience de la société, à commencer par l’eau. Aussi, les restrictions pour l’utiliser représentent un risque réglementaire pour les industries qui en consomment beaucoup, souligne Denis Leclerc, président et chef de la direction d’Écotech, la grappe des technologies propres au Québec. À ses yeux, la meilleure manière de s’adapter à ce risque réglementaire est de s’attaquer à la source de l’incertitude et de revoir, par conséquent, le cycle de l’eau dans les procédés de production.

«Plusieurs entreprises ont déjà réduit leur consommation d’eau et elles ont fait des économies», dit-il. Par exemple, en diminuant leur consommation, elles usent moins leurs équipements ou économisent de l’énergie puisqu’elle chauffe moins d’eau dans leurs procédés.

Marie-Josée Roy, présidente de la firme MJR Développement durable, souligne que le renforcement de la réglementation fait généralement augmenter les coûts des entreprises (de construction, par exemple, en raison du renforcement du code du bâtiment pour tenir compte des stress climatiques), surtout pour celles qui suivent la parade.

«De façon générale, il coûte beaucoup plus cher de réagir, d’attendre de se faire imposer un règlement, que de prévenir et de faire des économies», dit celle qui est aussi chargée de cours sur la responsabilité sociale des entreprises à l’Université de Sherbrooke.

 

4. Soignez votre image

Le risque de réputation touche les entreprises perçues comme étant à l’origine de la crise climatique, comme les producteurs et les distributeurs d’énergies fossiles, sans parler des constructeurs de véhicules à essence.

Ce risque touche deux dimensions:la gestion du personnel et les ventes. Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, les entreprises jugées problématiques risquent d’avoir des problèmes à recruter du personnel, voire à le garder, surtout auprès des générations Z et Y — les personnes nées après 1980.

Une des manières de réduire ce risque, c’est de montrer que l’entreprise réduit ses émissions de GES dans ses opérations, même si l’utilisation de son produit en émet, explique Hélène Lauzon, PDG du Conseil patronal de l’environnement du Québec. «Elle peut par exemple expliquer ce qu’elle fait pour capter ou séquestrer le carbone», dit-elle. Ce procédé permet d’éviter des rejets d’émissions dans l’atmosphère, qui contribuent au réchauffement climatique.

Du côté des ventes, la diversification sectorielle est aussi une solution pour réduire le risque de réputation; la production d’énergie verte par les pétrolières ou la fabrication de véhicules électriques par les GM de ce monde en sont un exemple.

Selon Hélène Lauzon, les ventes des produits des entreprises associées à la crise climatique sont appelées à diminuer à terme, parce que la demande diminuera, mais aussi peut-être parce que les banques ne voudront plus les financer.

C’est logique, puisque les banques doivent elles-mêmes réduire leur empreinte carbone en raison des critères ESG, c’est-à-dire les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance en entreprise.

 

D’autres initiatives pour s’adapter

Des sociétés d’État mettent déjà l’épaule à la roue pour s’adapter aux changements climatiques.

Hydro-Québec fait partie de ces sociétés. En 2022, elle a publié son premier plan d’adaptation aux changements climatiques dans lequel elle se prépare entre autres à l’augmentation du nombre de tempêtes et de l’érosion qui rendent les infrastructures très vulnérables (routes, lignes électriques, bâtiments) dans le Québec côtier. Ouranos produit quant à lui des analyses pour aider les industries du Québec à s’adapter, notamment celle pour l’industrie du ski, publiée en 2019 (l’étude est mise à jour actuellement).

Les stations sont menacées par les hivers plus doux. Selon Ouranos, les saisons pourraient être réduites de 10 à 20 jours en 2050. Ces entreprises pourraient diversifier leurs revenus, en développant par exemple une offre estivale de vélo de montagne.

De son côté, le gouvernement du Québec — en collaboration avec Ouranos — a lancé un appel de propositions afin que la communauté scientifique québécoise analyse les effets économiques des changements climatiques.

Cet appel vise notamment à «mieux cerner les coûts et les bénéfices découlant de l’adaptation»dans neuf secteurs, souligne le document. On compte parmi eux les pêcheries commerciales, l’agriculture, la foresterie, l’énergie, le tourisme ainsi que les infrastructures et les services de transport.

Les spécialistes sont formels: les entreprises qui s’adapteront le plus rapidement deviendront plus résilientes, plus rentables et mieux positionnées pour saisir les occasions d’affaires qui se présenteront.

Toutefois, l’adaptation des entreprises ne doit pas être une raison pour perdre de vue les objectifs de réduction des émissions de GES pour limiter le réchauffement, avertit François Delorme, économiste à l’Université de Sherbrooke et membre du G15+, un groupe de leaders économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux du Québec.

«Chaque degré gagné compte pour limiter les impacts négatifs des changements climatiques», notamment sur les entreprises, dit-il.

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