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Grimard, l’électrisante, mais discrète Saguenéenne

Karl Rettino-Parazelli|Édition de la mi‑mai 2023

Grimard, l’électrisante, mais discrète Saguenéenne

«Notre ADN industriel nous a permis de développer les marchés des infrastructures et de l’énergie», explique Sébastien Grimard, vice-président exécutif.

SPÉCIAL 300 PLUS GRANDES ENTREPRISES. Si vous ouvrez l’œil, vous pourrez apercevoir ses camions sur le chantier du Réseau express métropolitain (REM), et c’est en bonne partie grâce à elle que le nouveau pont Samuel-De Champlain nous offre un spectacle lumineux soir après soir. Pourtant, le nom de Grimard ne vous est sans doute pas familier. C’est normal: cette entreprise fièrement saguenéenne, mais discrète, préfère laisser parler ses accomplissements.

«Nous avons toujours été une entreprise qui passe sous le radar. Nos réalisations parlent, affirme le vice-président exécutif de Grimard, Sébastien Grimard. C’était la manière de faire des Grimard à l’époque et c’est l’approche qu’on continue de privilégier.»

Les Grimard en question, ce sont Joseph-Henri et Gabrielle B. Grimard (les grands-parents de Sébastien), qui ont fondé en 1944 l’entreprise J-H Grimard à partir de leur maison de la rue Bossé, à Chicoutimi. Joseph-Henri était électricien, tandis que Gabrielle s’occupait de la gestion. «Dans le temps, ce n’était pas compliqué: tu avais un coffre à outils et un vélo, et tu pouvais te lancer en affaires», raconte le petit-fils aujourd’hui impliqué dans l’entreprise familiale aux côtés de son oncle, Jacques Grimard, qui en est le président.

Au décès de son mari, en 1978, Gabrielle B. Grimard devient PDG de l’entreprise. Son implication dans un milieu très masculin lui vaudra d’ailleurs en 1993 le titre de chevalière de l’Ordre national du Québec. Après avoir réalisé des projets résidentiels et commerciaux, Grimard fait graduellement sa place dans le secteur industriel au début des années 1980 lorsqu’elle décroche des contrats auprès des grandes entreprises de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, comme des alumineries et des papetières.

«Ces contrats ont donné l’occasion à l’entreprise de se diversifier et de devenir l’entreprise industrielle qu’elle est aujourd’hui, explique Sébastien Grimard. Nous sommes passés d’une entreprise familiale à une entreprise régionale, puis provinciale et pancanadienne.»

 

Au-delà du «royaume»

Grimard offre aujourd’hui ses services d’installation électrique ou de systèmes de télécommunications, d’appareillage électrique, de génie civil et de construction à des clients situés bien au-delà des frontières du «royaume».

«Notre ADN industriel nous a permis de développer les marchés des infrastructures et de l’énergie», explique Sébastien Grimard. 

L’entreprise a décroché de gros contrats auprès d’Hydro-Québec, mais aussi des firmes d’électricité Hydro One (en Ontario) et BC Hydro (en Colombie-Britannique). Elle s’est également taillé une place sur certains des plus imposants chantiers montréalais, à commencer par celui du pont Samuel-De Champlain, sur lequel elle s’est activée pendant près de huit ans, de 2015 à 2023. On lui doit notamment la distribution électrique principale du pont, l’installation de capteurs pour surveiller l’état de la structure et la circulation automobile, mais aussi l’installation de l’éclairage architectural qui illumine le fleuve à la tombée du jour. « Ce fut un projet majeur pour nous », souligne Sébastien Grimard. Les différentes équipes de l’entreprise ont également mis leur expertise à contribution dans les projets du REM, du réaménagement de l’échangeur Turcot ou encore de l’aménagement de l’ancien tronçon de l’autoroute Bonaventure.

 

Résister aux pressions

L’entreprise familiale peut aujourd’hui compter sur près de 370 employés répartis dans trois installations. Chicoutimi abrite toujours le siège social et une usine de fabrication et de conception, auxquels s’est ajouté un bureau à Laval en 2007. Cette antenne facilite notamment l’exécution de mandats en électricité, en télécommunications ou en systèmes de transport intelligents dans la grande région de Montréal.

Même si elle travaille maintenant pour certains des plus grands donneurs d’ouvrage du Québec et du Canada, les projets provenant de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean représentent bon an, mal an de 10 % à 20 % des contrats de construction de Grimard, fait remarquer le vice-président exécutif. Au total, l’entreprise réalise près de 400 projets par année, en incluant autant les gros contrats que les appels de service.

Dans les prochaines années, l’entreprise veut continuer de croître et de se renouveler, malgré les défis que représentent notamment la transformation numérique de ses activités ou la pénurie de main-d’œuvre. Sans oublier le vent de consolidation qui souffle sur l’industrie. « La propriété de l’entreprise est 100 % québécoise, mais plusieurs de nos compétiteurs sont acquis par des entreprises étrangères », affirme Sébastien Grimard, sans s’étendre sur les intentions de l’entreprise pour la suite.

Il préfère apprécier le chemin parcouru depuis près de 80 ans, de la minuscule entreprise de la rue Bossé à aujourd’hui. « Avec notre expérience dans de grands projets électriques et de télécommunication, il n’y a pas de barrière régionale, lance-t-il. Ce qui compte aux yeux des clients, c’est notre capacité de réaliser les projets. »