Port de Sept-Îles, un géant à l’écoute


Édition du 21 Février 2024

Port de Sept-Îles, un géant à l’écoute


Édition du 21 Février 2024

Par Philippe Jean Poirier

Port de Sept-Îles (Photo: courtoisie)

SECTEUR MARITIME. En 2023, le port de Sept-Îles a vu passer 36,6 millions de tonnes de marchandises provenant principalement de l’exportation du fer et de l’aluminium. Malgré ce lourd tonnage industriel — qui le place au second rang des ports en importance au Canada, derrière Vancouver —, le site nord-côtier a su développer une sensibilité particulière pour la nature et la collectivité qui l’entoure. Portrait d’un port à l’avant-garde de la veille environnementale.

Lorsqu’on demande à Pierre D. Gagnon, PDG du Port de Sept-Îles, de décrire son site, on obtient un portrait plus grand que nature. «Notre quai multiusager [mis en service en 2016] est un des plus profonds d’Amérique du Nord. Donc, les bateaux qui nous visitent sont dix fois plus gros que ceux de Montréal. Le quai possède des équipements gigantesques, parmi les plus performants du genre, afin de charger des navires-vraquiers de très grandes dimensions.»On comprend que c’est du lourd.

Pourtant, les mastodontes qui entrent dans la baie doivent réduire leur vitesse au minimum pour limiter l’impact du bruit sur la faune sous-marine. C’est une des nombreuses pratiques environnementales mises en place au port, ces dernières années. «Le Port est membre fondateur de l’Alliance verte depuis 2008, rappelle Mélissa Sanikopoulos, directrice de l’environnement et du développement durable au Port de Sept-Îles. Ce programme vise un meilleur contrôle de la qualité de l’eau, de l’air et du bruit sous-marin, entre autres choses.»

En 2012, le Port de Sept-Îles a aussi créé un observatoire de veille environnementale pour caractériser la baie et pour mieux comprendre sa richesse. «C’est un écosystème précieux qui abrite des homards, des éperviers et une flore vraiment très riche. Nous souhaitons protéger ce joyau pour les générations futures», fait valoir Pierre D. Gagnon. À l’automne dernier, le Port a franchi une étape importante pour y parvenir en déployant dans la baie ses premiers appareillages «intelligents» de monitorage en temps réel, dans le cadre du projet-pilote Enviro-Actions.

 

L’IA pour surveiller la baie

Le projet Enviro-Actions a été lancé en 2022 grâce à une subvention de 4,5 millions de dollars de l’Institut nordique de recherche en environnement et en santé au travail (INREST). Il y a quelques mois, les premiers capteurs ont donc été implantés — deux conteneurs à quai et une bouée marine — pour d’abord mesurer la qualité de l’air. «L’intelligence artificielle intégrée aux appareils de mesure permet de traiter l’information en temps réel», précise Mélissa Sanikopoulos.

À terme, ces appareils vont mesurer la qualité de l’air, de l’eau, le niveau de bruit sous-marin (pour préserver la quiétude des baleines), l’effet des navires et la gestion des déchets. Dans une phase ultérieure du projet, le port sera aussi en mesure d’envoyer des «enviro-alertes» sur une application mobile pour informer les citoyens. «Même si l’outil n’est pas conçu spécifiquement pour l’acceptabilité sociale, il apporte une transparence qui va nous permettre de répondre aux préoccupations que le public pourrait avoir sur l’impact des activités du sport sur la baie», note la directrice du développement durable.

Pierre D. Gagnon rappelle, dans la foulée, que le Port veut être à l’écoute de sa collectivité. Pour preuve, l’administration portuaire a tenu une consultation virtuelle intitulée «Ré-imaginez le coeur de Sept-Îles» en octobre dernier. «Nous voulions que les citoyens puissent partager leurs idées sur le développement du secteur urbain du port et la démarche a été un succès. Nous avons obtenu plus d’une cinquantaine de propositions et environ 700 réactions», se réjouit-il.

 

Courtiser l’industrie, sans faire de compromis

Le Port de Sept-Îles demeure bien sûr, par essence, un outil de développement économique. Son mandat est de soutenir les industries «lourdes» qui désirent s’établir dans la région. Comment concilier ce rôle avec un souci de préservation environnementale ? «Lorsque nous sollicitons des intérêts privés pour implanter un projet en périphérie de nos enceintes, nous sommes très clairs et précis sur l’obligation qu’ils auront de cadrer dans la mission que le Port s’est donnée — avec sa communauté — de préserver la baie», répond Pierre D. Gagnon.

Le PDG insiste sur la crédibilité de la démarche scientifique qui est engagée. «La veille de la baie est pilotée par des chercheurs indépendants. C’est la pensée scientifique qui guide leur démarche. Nous, nous agissons à titre de mécènes.» En ce moment, tous les indicateurs environnementaux sont aux verts, disent les deux responsables du port. Voilà donc sans doute la recette d’une baie en santé.

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