Mégatech recrute à l’étranger pour réussir à produire en continu

Publié le 06/05/2015 à 18:28

Mégatech recrute à l’étranger pour réussir à produire en continu

Publié le 06/05/2015 à 18:28

Le plus récent Baromètre industriel québécois de STIQ révèle que trois PME manufacturières sur quatre considèrent avoir eu un problème très ou assez important de recrutement de main-d’œuvre spécialisée en 2014. C’est le cas d’Atelier d’usinage Mégatech, qui se spécialise en prototypage de petites pièces de précision destinées à des compagnies d’optique, de bionique, d’aérospatiale et de matériel militaire.

«Le manque de main-d’œuvre est le plus gros frein à l’expansion de notre entreprise, souligne son directeur général, Jean Blanchet. Nous avons les capitaux pour acheter les machines, la place pour les mettre, les clients et les commandes nécessaires. La seule chose qui nous manque, ce sont les ressources humaines.»

Fondée à Québec en 1992, l’entreprise a vu ses problèmes de recrutement augmenter au cours de la dernière décennie, surtout depuis qu’elle produit 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. «Actuellement, nous avons 62 employés, mais il en manque toujours pour les quarts de soir, de nuit et de fin de semaine», précise le président fondateur, Jean Dallaire.

La firme a constaté que les travailleurs spécialisés de la capitale nationale «ne sont pas très friands» de ces horaires. Surtout que rien ne les oblige à «se sacrifier», car ils sont très recherchés. «La pénurie de machinistes est généralisée au Québec, note M. Blanchet. Quand j’engage quelqu’un de soir ou de fin de semaine, il va partir dès qu’un meilleur poste va s’ouvrir chez mes compétiteurs.»

Pour les retenir, Mégatech offre des primes aux employés qui acceptent ce type de quarts de travail. «La pénurie crée une hausse malsaine des salaires et aussi une compétition malsaine entre les ateliers d’usinage. Pourtant, la vraie compétition est mondiale, elle vient de la Chine, de l’Inde et du Mexique», se désole-t-il.

Difficile rétention des travailleurs étrangers

Devant le manque criant d’effectifs, Mégatech a décidé au milieu des années 2000 de recruter à l’étranger, d’abord au Mexique et au Chili. «J’ai embauché un Mexicain de Québec pour me conseiller, nous avons fait traduire des offres d’emploi en espagnol et les avons fait paraître là-bas», explique Jean Blanchet.

L’entreprise a reçu environ 500 CV et a fait des entrevues téléphoniques avec une centaine de personnes avant de s’envoler pour le Mexique. «Nous avons loué une salle de conférence pour une semaine et fait 50 entrevues, nous avons retenu une douzaine de noms et puis commencé les demandes de permis de travail», résume-t-il. Après presque un an de démarches auprès du gouvernement canadien, les nouveaux employés ont débarqué à Québec, où un traducteur les attendait.

Le hic, c’est qu’ils sont presque tous repartis en Amérique du Sud au bout de quelques mois. «Ils n’avaient aucun problème à travailler sur les quarts que nous voulions, mais ils avaient le mal du pays», raconte M. Blanchet. L’histoire s’est répétée lors de leur deuxième vague de recrutement mexicaine et de leur tentative européenne, à l’issue de laquelle Mégatech a embauché une douzaine de Roumains. «Aujourd’hui, seuls deux Chiliens sont encore avec nous», constate Jean Dallaire.

Ils ont malgré tout fait une quatrième tentative, en France cette fois. «Québec international nous a mis en contact avec Pôle emploi international à Paris, qui a affiché pour nous. Nous sommes allés faire une semaine d’entrevues à Paris et avons ramené quelques employés», résume M. Blanchet. Trois sont restés avec eux, et un autre complète actuellement les procédures pour les rejoindre. «L’adaptation est plus facile, parce que la langue n’est pas une barrière et qu’ils sont un peu plus au fait de notre réalité», estime-t-il.

Mégatech a également tenté sa chance en Chine. «Il y a deux ans, nous avons embauché quatre Chinois très qualifiés, se souvient Jean Dallaire. L’un d’entre eux a décidé de retourner chez lui parce qu’il s’ennuyait, mais les quatre autres viennent de renouveler leurs loyers.» L’entreprise retourne d’ailleurs bientôt dans l’Empire du Milieu réaliser une cinquantaine d’entrevues.

M. Dallaire est optimiste : «Nous sommes est en train de combler les postes stratégiques dans les différents quarts qui nous causent des difficultés. Si nous réussissons à le faire, ça sera beaucoup plus facile pour nous, car les besoins de main-d’œuvre seront moins criants.»

Rendre le métier de machiniste plus «sexy»

Les dirigeants d’Atelier d’usinage Mégatech déplorent que la relève locale se fasse rare. «Nous sommes à l’ère où les parents poussent les jeunes vers les universités plutôt que vers les métiers manuels, qui sont moins sexy, remarque Jean Blanchet. Chaque année, nous devons faire des pressions pour que le Centre de formation professionnelle de Neufchâtel donne le cours en techniques d’usinage, même si le nombre d’inscriptions est en dessous du minimum requis.»

Il est donc d’accord «à 300 %» avec les conclusions du Baromètre industriel, qui juge que «l’industrie, de concert avec le milieu de l’éducation, devra revaloriser les métiers techniques du secteur manufacturier, y intéresser les jeunes et leurs parents et mieux promouvoir l’offre de formation».

Mégatech prépare d’ailleurs une vidéo destinée à faire connaître le métier de machiniste aux étudiants en technique de fabrication mécanique du Cégep de Limoilou. «En cours de formation, ils doivent choisir entre la conception et la fabrication, et je crois que s’ils savaient vraiment ce qu’un machiniste fait de ses journées – beaucoup de programmation sur ordinateur – ils seraient plus intéressés. C’est beaucoup plus sexy qu’ils le pensent!»

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