Construire sans ériger de barrière

Publié le 07/11/2023 à 20:01

Construire sans ériger de barrière

Publié le 07/11/2023 à 20:01

Deirdre Ellis, architecte associée chez NFOE (Photo: courtoisie)

Créer des lieux agréables pour tous, peu importe l’âge, l’origine ou les conditions physique et psychologique, telle est la mission de l’architecture inclusive. Cette tâche colossale ne saurait être menée à bien sans l’apport d’une pléthore d’intervenants. 

Au début de sa carrière, Deirdre Ellis, architecte associée chez NFOE, concevait de miniappartements pour des gens atteints de schizophrénie. Ces logements, réalisés pour le compte de l’organisme sans but lucratif Ottawa Salus Corporation, lui ont démontré la valeur d’une équipe interdisciplinaire. 

« Avoir plusieurs points de vue autour de la table enrichit beaucoup la réflexion, remarque l’architecte. Chaque personne a ses propres expériences, au travail ou dans sa vie personnelle. Il y a du vécu et des leçons apprises dans le passé qui aident à aller plus loin dans notre démarche. On arrive à trouver des solutions plus optimales. » 

Un ingénieur avec une personne à mobilité réduite dans son entourage soulèvera des éléments auxquels l’architecte n’aurait pas nécessairement pensé, illustre Deirdre Ellis.

 

Au-delà de l’architecture 

Dans le cas de l’OSBL, l’aide est venue d’une source inattendue. « La commande ne semblait pas trop compliquée au départ. Le client voulait un immeuble de studios avec des ressources disponibles sur place pour les résidents », raconte l’architecte. 

Lors de l’élaboration, l’équipe de conception a rencontré les préposés aux services de soutien. C’était d’ailleurs la première fois que les architectes collaboraient avec ce genre d’intervenants pour un projet. « Ils nous ont mentionné qu’il fallait à tout prix éviter les motifs qui s’apparentent au marbre parce que certains schizophrènes les voient comme des insectes qui vont les attaquer. Ils nous ont aussi suggéré de nous tenir loin des motifs répétitifs, sur lesquels les gens compulsifs peuvent bloquer. » 

Ces commentaires sont restés gravés dans la mémoire de Deirdre Ellis. « En architecture, on ne pense jamais à ce genre de détails ! On veut des motifs naturels, qui donnent un certain rythme. Mais dans un lieu conçu pour des personnes souffrant de maladie mentale, c’est l’inverse qu’on recherche. » 

Aujourd’hui, elle essaie de soulever des points de cette nature, parfois bien loin de l’architecture, dès qu’elle commence un nouveau projet. « Quand on fait une usine, par exemple, on veut savoir combien de temps les travailleurs vont rester sur place et si c’est un travail de minutie ou non. » 

Elle réalise présentement la conception d’une réserve muséale, où le client veut que ce soit clair et qu’il n’y ait aucun motif. « Si jamais il y a un insecte, il faut qu’il puisse le voir tout de suite », explique Deirdre Ellis. 

Très présente dans l’actualité ces dernières semaines, la question des toilettes genrées touche aussi la pratique des architectes. « C’est un enjeu délicat dont on discute actuellement. De notre côté, il faut considérer des éléments, comme la consommation d’eau et l’installation ou non d’urinoirs. »

 

Références croisées 

L’agence Chevalier Morales travaille de son côté sur un autre thème on ne peut plus actuel : la réconciliation avec les peuples autochtones, par l’entremise de la bibliothèque centrale de Saskatoon, qui ouvrira ses portes en 2026.

Le bâtiment, pensé en consortium avec Formline et Architecture49, sera le premier à être conçu dans cette optique. « Tout le processus en est un de réconciliation entre les modes de vie et de construction autochtones et occidentales », résume l’associé principal Sergio Morales. 

L’équipe a intégré une firme d’architecture autochtone, réuni des architectes francophones et anglophones et discuté avec des communautés autochtones et des résidents aux intérêts divers. « Je pense qu’il y a eu une trentaine de rencontres de travail avec différents groupes en tout, mais le savoir des aînés a été entendu », souligne-t-il.

S’inspirant des paysages de la Saskatchewan et des traditions architecturales des Premières Nations, l’édifice rappelle la forme emblématique, la légèreté et la luminosité des tipis. À l’intérieur, la forme évoque plutôt l’habitation de bois rond métisse.

D’un théâtre pour enfants à une cuisine communautaire, en passant par des laboratoires multimédias et des cafés, la bibliothèque offrira un environnement sûr et accueillant pour tous. Les architectes espèrent d’ailleurs en faire un lieu de rassemblement.

Selon Sergio Morales, certains éléments du programme, comme le cercle de partage des connaissances, ont été inclus grâce à cette collaboration interdisciplinaire. « En rassemblant des voix multiples autour d’un projet, on va chercher un public plus large, assure-t-il. » C’est ainsi qu’un édifice à la fois, on construit des espaces plus inclusifs.

 

Ce texte fait partie de notre édition du 25 octobre 2023.

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