Nos émissions de gaz mesurées depuis l'espace

Publié le 07/03/2024 à 15:40

Nos émissions de gaz mesurées depuis l'espace

Publié le 07/03/2024 à 15:40

Par Isabelle Delorme

Stéphane Germain, fondateur de GHGSat (Photo: courtoisie)

SCIENCE, RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE. Stéphane Germain figure depuis quelques mois sur la liste TIME100 Climate, qui récompense les 100 dirigeants les plus influents œuvrant pour le changement climatique. GHGSat, l’entreprise de 120 employés qu’il a fondée et qu’il dirige, exploite la seule constellation commerciale de satellites qui surveille les émissions de gaz à effet de serre. 

Sur ses 12 satellites actuellement en orbite, 11 mesurent les émissions de méthane de plus de 500 000 sites industriels dans le monde. L’entreprise, qui a investi plus de 50 millions de dollars (M$) en recherche et développement depuis sa création en 2011, a lancé l’année dernière un nouveau satellite mesurant aussi les émissions de dioxyde de carbone (CO2). 

« Ma formation d’ingénieur me permettait de comprendre comment mettre en œuvre des technologies développées par des scientifiques pour mesurer précisément les émissions de méthane de sites industriels, mais il fallait que je m’associe avec eux », raconte Stéphane Germain qui a commencé par valider son idée auprès de clients potentiels pendant deux ans. « Lorsque j’ai trouvé mes premiers clients, Hydro-Québec et Suncor Energy, j’ai réussi à aller chercher du financement et l’histoire est partie ! », lance celui qui s’est alors associé avec les universités de Waterloo et de Toronto pour développer sa technologie innovante et la lancer en orbite dans un satellite.

 

Un capteur ultra-précis 

Le capteur breveté par GHGSat est un spectromètre qui mesure l’intensité de la lumière de manière pointue aux fréquences qui correspondent à la présence du méthane ou du CO2. « Il nous permet de détecter et de localiser une fuite ou une source avec une précision allant jusqu’à 25 mètres, mais aussi de quantifier l’ampleur des émissions. Nous avons une sorte de photo sur une étendue de 12 km sur 12 km environ dans laquelle un million de pixels nous donnent chacun une concentration de gaz », indique Stéphane Germain. 

L’entreprise s’est d’abord attaquée au méthane, car « son impact à court terme est presque aussi important que celui du CO2 et il y avait un marché commercial évident pour ses données d’émission, celles du CO2 étant mieux connues », explique le PDG de l’entreprise qui a doublé ou triplé ses revenus chaque année depuis cinq ans. Son carnet de clients inclut de gros acteurs du pétrole et du gaz, comme Chevron, Shell et Exxon, mais aussi des compagnies minières, des sites d’enfouissement de déchets, des gouvernements et des organismes comme la NASA ou l’Agence Spatiale européenne.

 

Une collaboration qui s’accélère avec les universités 

GHGSat a collaboré dès les premières années avec des universités américaines, comme Harvard. « Ils sont très forts dans le domaine des sciences atmosphériques. Par la suite, nous avons multiplié les collaborations scientifiques et de recherche avec des universités », explique Stéphane Germain. 

L’entreprise a d’ailleurs annoncé en décembre 2023 de nouveaux projets avec le Global Methane Hub et l’Institut néerlandais de recherche spatiale (SRON) pour réduire les émissions de méthane des décharges. « Nous avions déjà collaboré avec SRON pour utiliser les capacités de nos deux satellites, qui sont complémentaires, dans le cadre d’un projet qui nous a permis de valider nos technologies et de découvrir une fuite en Asie centrale. Nous avons encouragé l’opérateur du site à la réparer, ce qui a représenté une réduction de gaz à effet de serre très importante », explique Stéphane Germain. 

Son entreprise travaille également avec L’École polytechnique et l’Institut national d’optique au Québec. Le but de cette collaboration est d’utiliser l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement du volume croissant de données prises par ses satellites, en gardant les coûts sous contrôle. 

Dans l’orbite de l’entrepreneur : une nouvelle génération de capteurs pour réduire leur seuil de détection environ cinq fois. « Nous sommes en train de les développer pour rester à la fine pointe de la technologie et continuer à proposer la meilleure offre commerciale au monde à nos clients », indique celui pour qui la recherche en entreprise doit garder les pieds sur terre. « Notre enjeu doit toujours être d’obtenir une solution qui répond aux besoins de nos clients plutôt que d’essayer d’atteindre la perfection ».

 

Cet article a initialement été publié dans l'édition papier du journal Les Affaires du 26 février.

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