Une résidence qui renaît de ses cendres

Publié le 16/11/2023 à 12:15

Une résidence qui renaît de ses cendres

Publié le 16/11/2023 à 12:15

Tanya Garneau (au centre) est devenue propriétaire du Manoir Lausois, à Notre-Dame-du-Laus, en juin dernier. (Photo: courtoisie)

RÉSIDENCE POUR AÎNÉS. L’histoire du sauvetage in extremis du Manoir Lausois en dit long sur la réalité de nombreuses petites résidences privées pour aînés (RPA) du Québec.

Elle devait en principe mettre la clé dans la porte de la RPA ; elle l’a plutôt relancée. Tanya Garneau est devenue propriétaire du Manoir Lausois en juin dernier. Une année auparavant, cette résidence de 33 chambres située dans le petit village de Notre-Dame-du-Laus fermait pourtant temporairement, à la suite d’une faillite.

«Au départ, j’ai été embauchée par le CISSS des Laurentides pour gérer la fermeture [de la RPA qui portait alors le nom de résidence Sous les étoiles]. Après analyse, je me suis rendu compte que ce n’était pas une cause perdue, bien au contraire», raconte Tanya Garneau.

Entre temps, la municipalité de Notre-Dame-du-Laus avait créé un organisme à but non lucratif dans le but de prendre en charge la RPA. Cette administration provisoire a prévalu jusqu’en avril dernier, lorsque le CISSS des Laurentides a octroyé une nouvelle certification au Manoir Lausois. Le pire a donc été évité.

 

Scénario de rêve

«J’ai une aisance naturelle avec les chiffres, indique celle qui offre des services de gestion et de comptabilité depuis 20 ans. Cela signifie par exemple que je suis capable de rationaliser le service alimentaire, de manière à réduire la facture totale par résident, mais sans couper sur la qualité des repas.»

Autre avantage: la situation géographique avantageuse du Manoir Lausois, seul établissement du genre dans un coin plutôt axé sur la villégiature. Comme les grands centres sont éloignés, la main-d’œuvre spécialisée est stable. «Nous ne vivons pas de pénurie de personnel, se pince Tanya Garneau. Nos 12 employés sont fidèles au poste.»

L’entrepreneure a aussi la chance d’opérer dans un bâtiment en bon état. L’immeuble dispose d’une génératrice, de la climatisation et, surtout, de gicleurs. Le gouvernement du Québec oblige l’installation des ceux-ci en RPA depuis la tragédie de L’Isle-Verte, dans laquelle 32 aînés ont perdu la vie en 2014.

«Sans gicleurs, je me serais probablement abstenue d’investir dans ce projet», avoue-t-elle. L’installation de ce dispositif conçu pour lutter contre les incendies coûte en effet une fortune. C’est ce qui a incité l’État à repousser pour une deuxième fois l’échéance pour se conformer à cette réglementation. Nouvelle date limite: décembre 2024.

L’imposition de normes plus sévères en matière de qualité et de sécurité en RPA s’inscrit dans un vaste mouvement de professionnalisation du secteur, explique Louis Demers, professeur à l’École nationale d’administration publique et spécialiste des politiques publiques visant le secteur de la santé et des services sociaux.

«Le rapport d’enquête publique sur la tragédie de L’Isle-Verte se lit comme un roman à suspense où se succèdent les mauvaises décisions à l’issue tragique, regrette-t-il. Le fardeau administratif et les coûts d’exploitation des petites RPA ont augmenté à cause d’un petit nombre d’exploitants incompétents, voire profiteurs.»

 

Petites RPA en péril

Dans ses recherches, Louis Demers s’intéresse tout particulièrement au cas des petites RPA, c’est-à-dire qui comptent moins de 50 logements. Avec sa collègue Gina Bravo de l’Université de Sherbrooke, il publie depuis 2020 une série de fascicules dans lesquels il décortique leur réalité, peu connue et encore moins étudiée.

Le premier fascicule (sur dix) confirme par exemple l’existence d’une segmentation de marché régionale. Les RPA de grande taille, qui ciblent une clientèle plutôt aisée et autonome, se concentrent historiquement dans les grands centres tandis que les plus petites, pour aînés moins nantis et moins autonomes, sont le propre des régions.

Le septième fascicule nuance cependant ce portrait. «Depuis une quinzaine d’années, l’essor de nouveaux groupes qui ont implanté des résidences de 150 logements et plus dans des villes de moins de 50 000 habitants a directement contribué à l’effritement de la part de marché des petites RPA», y lit-on.

Cela place les petites RPA dans une fâcheuse position. Pour survivre, elles doivent désormais améliorer leur capacité à accueillir des aînés présentant une perte d’autonomie importante « alors même que le loyer [qu’elles] sont en mesure d’exiger [d’eux] ne leur permet pas d’engager le personnel requis pour étoffer leur offre de service ».

«Les propriétaires de petites RPA sont pris dans un étau: soit ils demeurent ouverts et opèrent à perte, soit ils cessent leurs activités et fragilisent des clientèles vulnérables, affirme Louis Demers. Sans parler de la dévitalisation régionale que leur éventuelle disparition favorise.»

La situation est d’autant plus crève-cœur que ces exploitants ont comme principale motivation de prendre soin des aînés. «On n’administre pas une RPA pour faire un coup d’argent, lance Tanya Garneau au détour d’une phrase, mais bien parce qu’on aime côtoyer cette clientèle.»

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