L’art de retenir ses membres du personnel

Publié le 23/11/2022 à 13:00

L’art de retenir ses membres du personnel

Publié le 23/11/2022 à 13:00

David Laferrière, président de RIDEAU ainsi que directeur général et artistique du Théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme (Photo: Jean Ladouceur)

RÉTENTION DE MAIN-D'OEUVRE. En matière de rétention de main-d’œuvre, les organisations culturelles québécoises font preuve d’une créativité sans borne.

L’Association professionnelle des diffuseurs de spectacle (RIDEAU), qui compte 170 membres partout au Québec, propose depuis peu des congés rémunérés à ses membres du personnel qui souffrent de douleurs menstruelles. À terme, ce projet pilote pourrait se pérenniser. De son côté, Culture Gaspésie tient désormais des rencontres trimestrielles afin de permettre à sa petite équipe de sept personnes disséminées sur la péninsule de tisser des liens plus forts. La première rencontre du 18 août dernier a eu lieu au Parc national de la Gaspésie et a été couronnée de succès.

Ces deux initiatives ont été menées dans le cadre de la 2e édition des prix Je célèbre donc je suis, qui seront remis le 24 novembre prochain lors du Grand atelier automnal organisé par Compétence Culture, le comité sectoriel de main-d’œuvre de la culture. Le but: souligner les initiatives inspirantes en matière de ressources humaines (RH) dans un milieu qui peine à se relever de la pandémie. Selon une analyse réalisée en mai par Compétence Culture, 19 000 personnes ont quitté le secteur entre 2019 et 2021. Ces pertes d’emploi se concentrent surtout en Montérégie et dans la région de la Capitale-Nationale.

« Nous sommes parmi les secteurs d’activités qui ont été les plus touchés par la crise sanitaire », confirme Pascale Landry, directrice générale de Compétence Culture. Le Grand atelier automnal est une étape clé dans l’élaboration d’un plan d’action pour les RH spécifique au milieu culturel qui devrait être déposé en 2023. « Des solutions concrètes, ce n’est pas de ça qu’on manque !, s’exclame-t-elle. Les ateliers, conférences et discussions qui ont ponctué ce chantier nous ont permis d’en identifier près d’une centaine, comme la mutualisation des services en RH pour les petites organisations. »

 

Se serrer les coudes

La relance culturelle, sur fond de spectateurs qui reviennent petit à petit en salle, génère dès maintenant un stress sur le milieu. Comment s’assurer de répondre à la demande sans brûler son monde ? Chez les diffuseurs, l’heure est au partage : des expertises, des réalités communes et même, parfois, des employés. « Travailler ensemble au-delà des enjeux de programmation est un réflexe qui est en train de se développer », confirme David Laferrière, président de RIDEAU ainsi que directeur général et artistique du Théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme.

L’amélioration des conditions de certains corps de métier, comme les techniciens de scène, fait aussi figure de priorité. Dans un secteur où les horaires atypiques, le travail autonome et les heures supplémentaires non rémunérées sont fréquents, cela n’est pas de refus. « Nous avions fait le choix d’offrir plus de stabilité à nos techs bien avant la pandémie. Cela a été payant puisqu’ils sont encore avec nous aujourd’hui », se réjouit David Laferrière. Preuve des besoins criants, le Cégep de Shawinigan, en partenariat avec Culture Shawinigan et Culture Mauricie, offrira une formation en technique de scène dès l’hiver prochain.

Face à cette crise, les festivals régionaux bénéficient d’un avantage certain : celui de créer un sentiment d’appartenance. « Il n’est pas rare que des techniciens, des photographes ou tout autre employé contractuel des grands centres adoptent un événement et y reviennent année après année, avec son partenaire, ses enfants et sa roulotte. La fidélisation de cette main-d’œuvre passe par la chaleur de l’accueil », indique Patrick Kearney, président du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants, qui regroupe plus de 100 événements au Québec.

Celui qui est aussi directeur général du Festival Santa Teresa, à Sainte-Thérèse, est bien placé pour témoigner de cette réalité. « Contrairement aux grands festivals, le contractuel n’est pas un numéro parmi tant d’autres, mais bien un rouage essentiel du succès, un membre de la gang, raconte-t-il. C’est le summum de la mentalité de pigiste: tu laisses tomber les clients déplaisants pour te concentrer sur les collaborations enrichissantes. » Dans un milieu événementiel par définition, cet argument de vente constitue quelque chose comme une police d’assurance en matière de RH.

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