Aménagez-le... et ils viendront


Édition du 11 Novembre 2017

Aménagez-le... et ils viendront


Édition du 11 Novembre 2017

Par Claudine Hébert

Le fleuve ­Saint-Laurent devrait favoriser la croissance des parcs industriels au ­Québec au cours des prochaines années demeure. Sur notre photo, le terminal Pointe-Noire, à Sept-Îles.

DOSSIER PARCS INDUSTRIELS - Après avoir enregistré un creux dans les années 1990 et début 2000, le parc industriel retrouve son lustre au sein de l'écosystème du Québec depuis dix ans. Des villes comme Drummondville, Sherbrooke et Granby n'hésitent pas à sortir le grand arsenal en offrant des terrains pour seulement 1 $ le pi2, incluant rues, aqueducs et égouts. Sans oublier des crédits de taxes foncières de 100 % sur deux, cinq, voire dix ans, comme c'est le cas justement à Sherbrooke.

«Il y a deux ans, nous avons convaincu la Ville qu'il valait le coup d'offrir ce congé de taxes sur dix ans aux entreprises de nos filières-clés pour qu'elles emménagent à Sherbrooke. Certes, on se prive pour le moment d'un revenu. En revanche, les terrains vacants sont occupés, ce qui génère des emplois ainsi qu'une augmentation de la population», signale Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole. En trois ans, Sherbrooke a accueilli près de 5 000 habitants de plus, ce qui porte sa population à plus de 166 600 personnes.

Un fer de lance économique pour les villes

À Varennes, la Ville a investi près de 25 millions de dollars au cours des cinq dernières années pour acheter des terrains aux promoteurs immobiliers afin d'en faire elle-même le développement. «Il y a cinq ans, à peine 30 % de nos espaces industriels étaient occupés. Aujourd'hui, au rythme où vont les choses, nous allons manquer de terrains d'ici cinq ans», indique Guillaume Marchand, chef de division au développement économique à la direction générale, à la ville de Varennes. Parmi les bons coups de la Ville, notons l'arrivée du siège social et du centre de distribution de Jean-Coutu.

Les retombées sont aussi au rendez-vous. D'ici un an, les taxes foncières provenant des industries représenteront plus de la moitié des revenus de la Ville de Varennes, soutient M. Marchand. Ils représentaient à peine le quart il y a cinq ans. Des revenus qui ont permis à la Ville de se doter d'un complexe sportif comprenant quatre terrains de soccer intérieurs et d'une bibliothèque net zéro. «Nous avons également investi 15 M $ pour la réfection de deux voies réservées au transport lourd, ce qui permet de préserver la quiétude de nos citoyens», soutient M. Marchand.

«C'est un fait, la présence d'un ou de plusieurs parcs industriels constitue un fer de lance économique important pour les municipalités», soulève Louis Grenier, associé principal chez Stratégies Immobilières LGP. Depuis quatre ans, cette firme de consultants immobiliers spécialisée en aménagement de parcs industriels vient en aide aux municipalités. L'entreprise a également lancé le tout premier répertoire des parcs industriels du Canada il y a deux ans.

Il faut savoir, poursuit M. Grenier, que chaque dollar récolté auprès des entreprises industrielles rapporte davantage que ceux générés par l'ensemble résidentiel. Il en coûte ainsi 37 cents aux villes pour chaque dollar industriel récolté. Chaque dollar résidentiel obtenu coûte pour sa part 87 cents.

Des emplois qui en créent d'autres

L'autre retombée des infrastructures industrielles se calcule selon le nombre d'emplois générés. «Chaque emploi dans le domaine de la fabrication permet d'en créer deux dans le domaine des services», soutient Martin Dupont, directeur général de la Société de développement économique de Drummondville. «Chaque emploi sur un chantier maritime permet d'en créer trois autres», renchérit Philippe Meurant, directeur à la direction du développement économique et de la promotion, à la Ville de Lévis. Cette dernière a justement l'avantage d'accueillir le plus grand chantier maritime du pays, Davie, qui emploie près de 1 000 travailleurs.

À Baie-Comeau, où le parc industriel Jean-Noël-Tessier vient de doubler de superficie pour atteindre 5 km2, les nouveaux emplois y sont très attendus. «Selon nos estimations, avec l'arrivée imminente de Mason Graphite et de Métaux canadiens, des entreprises qui créeront à eux deux tout près de 300 emplois, on s'attend à ce qu'une dizaine de PME viennent graviter autour d'elles. Notre population devrait également croître d'au moins 1 000 à 1 500 personnes», souligne Reina Savoie-Bourdain, conseillère stratégique au développement à la Société d'expansion de Baie-Comeau. Ce nombre correspondrait à une croissance de plus de 5 % pour Baie-Comeau, dont la population a chuté à 21 000 personnes au cours des dix dernières années.

La grandeur ne suffit pas

Remarquez, insiste le consultant immobilier M. Grenier, ce n'est pas la grandeur d'un parc industriel qui fait foi de sa performance économique. Tout repose sur la chaîne de valeurs que génère le parc. L'arrivée d'un centre de distribution n'a pas le même impact que celle d'un fabricant de jeux vidéos. «Dans un centre de distribution ou d'entreposage, chaque emploi correspond à plus de 1 600 pi2 de superficie, précise M. Grenier. Divisez ce même espace par dix lorsqu'il s'agit d'un emploi dans l'industrie de la production de jeux vidéos.»

Le Parc technologique du Québec métropolitain (PTQM) est un bel exemple. Cet espace occupe, au total, moins de 1,5 km2 de superficie. En revanche, il abrite une centaine d'entreprises qui se traduisent par plus de 6 500 emplois. «Ici, ne cherchez pas des entrepôts. Nous regroupons principalement des entreprises de haute technologie. D'ailleurs, plus de 80 % du chiffre d'affaires de ces entreprises provient de leurs activités internationales», souligne fièrement Nathalie Quirion, présidente et directrice générale du PTQM. Créé il y a plus de 30 ans, ce parc de la communauté urbaine de Québec se distingue depuis ses tout débuts par la vision de ces gestionnaires. On y trouve une garderie de 160 places, une plateforme de covoiturage, des camions de rue à l'heure du lunch ainsi qu'une équipe d'au moins vingt entraîneurs et animateurs pour contribuer au bien-être physique et mental des employés du Parc.

Enfin, un des facteurs qui devrait favoriser la croissance des parcs industriels au Québec au cours des prochaines années demeure le fleuve Saint-Laurent, «dont on vient d'en redécouvrir la présence», ajoute ironiquement M. Grenier. Il y a deux ans, le gouvernement a amorcé une consultation auprès des administrations municipales et portuaires afin d'établir une stratégie maritime. Au total, 16 zones industrialo- portuaires ont été recensées. Au cours des quinze prochaines années, ces zones devraient faire l'objet de projets industriels qui représentent des investissements de plus de 2,4 milliards de dollars de la part du gouvernement. Ces investissements devraient engendrer la création de plus de 3 000 emplois.

Ça tombe bien. Les deux plus grands espaces industriels de la province de notre classement, Bécancour et Sept-Îles, disposent tous deux d'un port de classe mondiale avec un quai en eau profonde ouvert à l'année.

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