REER: la diversification 60-40 tient-elle toujours la route?

Publié le 22/01/2020 à 10:21

REER: la diversification 60-40 tient-elle toujours la route?

Publié le 22/01/2020 à 10:21

Par Jean Gagnon
Des gens qui effectuent des calculs.

(Photo: 123rf.com)

REER 2020. La corrélation négative entre les actions et les obligations, soit le fait que les prix d’un de ces actifs baissent lorsque les prix de l’autre montent, ont toujours fait partie des théories entourant la diversification du portefeuille.

Durant les dernières décennies, les investisseurs se sont souvent réconfortés du fait que la portion en obligations de leur portefeuille les protégeait lorsque les actions connaissaient des périodes de correction.

La tendance semble se maintenir. La crainte d’une sévère correction, alors que les indices boursiers sont à des sommets historiques, incite actuellement les investisseurs à poursuivre dans le même sens.

En 2019, les fonds d’obligations ont recueilli globalement 339 milliards $US, pendant que 208 milliards fuyaient les fonds d’action, rapporte une étude de BofA Securities.

Les investisseurs ont-ils raison de se réfugier à nouveau dans cette stratégie plus défensive alors que les taux d’intérêt sont à des niveaux aussi bas ?

Pour les analystes de BofA Scurities, plusieurs facteurs laissent croire que le traditionnel portefeuille équilibré de 60 % en actions et 40 % en obligations tient de moins en moins la route. Parmi les raisons justifiant cette conclusion, les chercheurs du courtier américain citent les faibles taux d’intérêt, une plus grande volatilité des obligations, ainsi qu’une popularité étonnante des obligations comme le démontrent les entrées nettes dans les fonds communs.

 

La corrélation est-elle vraiment inverse?

D’abord,il faut bien comprendre la mécanique des obligations, explique Guy Liébart, président de Gestion Sodagep, une firme de gestion de portefeuilles établie à Montréal depuis près de 40 ans.

« Le rendement d’une obligation est composé de deux éléments, soit le coupon d’intérêt, et le gain ou la perte en capital qu’entraînera une hausse ou une baisse des taux », explique-t-il. Rappelons que le prix d’une obligation varie inversement avec les taux d’intérêt, si bien qu’une plus-value se développe sur les obligations lorsque les taux baissent, et inversement lorsqu’ils montent.

Au cours des trois dernières années, curieusement, les obligations ont connu leur moins bonne performance lorsque la Bourse baissait. En effet, lorsque l’indice S&P/TSX perdait 8,89 % en 2018, l’indice canadien Obligations Univers réalisait un faible rendement de 1,41 %, rappelle M. Liébart. L’année précédente, le rendement des obligations avait été de 2,53 % alors que la bourse s’était appréciée de 9,10 %. Et étonnamment, pour l’année qui vient de se terminer, bien que la bourse bondissait de 22,88 %, cela n’a pas empêché l’indice des obligations de réaliser un excellent rendement de 6,87 %.

Que faire alors ? « Bien que la corrélation inversée entre les deux classes d’actifs n’est plus ce qu’elle était, il faut toutefois continuer de les utiliser toutes les deux pour fin de diversification du portefeuille », dit Guy Liébart.

Bien que les taux d’intérêt sont relativement bas depuis plusieurs années, la possibilité qu’ils baissent encore est toujours présente, croit M. Liébart. Il rappelle que les taux obligataires ont continué de baisser en 2019, bien qu’en début d’année nombreux étaient ceux qui les percevaient comme étant possiblement trop bas, ce qui a permis le rendement des obligations que l’on a connu pour l’année.

 

Des taux négatifs

Les perspectives de bonnes performances sur les marchés obligataires tiennent du fait que les taux obligataires ont encore beaucoup de place à la baisse maintenant que l’on a fait l’expérience à plusieurs endroits de taux négatifs, explique Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef à l'Industrielle Alliance.

Dans plusieurs pays d’Europe, les investisseurs payent pour détenir des obligations du gouvernement. Et il ne faut pas exclure que cela se produise chez nos voisins du sud, dit M. Gignac. « La Réserve fédérale américaine (Fed) regarde de près l’expérience internationale », dit-il. 

Les dernières prévisions évoquées le 16 décembre par Christine Lagarde à la tête du Fonds monétaire international (FMI) penchent vers une poursuite de la baisse des taux alors qu’en l’absence d’inflation, les politiques monétaires à travers le monde demeureront en mode d’assouplissement. 

La répartition du portefeuille doit tenir compte du risque associé à chacune des classes d’actifs, poursuit M. Gignac. Les attentes quant aux rendements sont plus basses lorsque l’on parle d’obligations plutôt que d’actions, mais le risque associé aux obligations est également plus faible, selon lui.

«Et qui sait, la possible corrélation inverse entre le rendement des actions et celui des obligations demeure un élément intéressant qui pourrait rejaillir dans le contexte d’une faiblesse généralisée des marchés des actions», souligne Clément Gignac.

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