Déménager ou se lancer en affaires pour relancer sa carrière

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Octobre 2015

Déménager ou se lancer en affaires pour relancer sa carrière

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Octobre 2015

Emmanuel Palaku.

Des 24 000 emplois qu'il y avait au sein des firmes québécoises de génie-conseil avant l'éclatement du scandale de la corruption dans le milieu de la construction, il n'en reste que 18 000. Environ 6 000 postes ont été supprimés au cours des deux ou trois dernières années, selon les estimations de l'Association des firmes de génie-conseil. Pour les ingénieurs victimes des compressions et les nouveaux diplômés, le ralentissement de l'activité dans certains secteurs, conjugué à ces scandales, a rendu la recherche d'emploi plus ardue.

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Emmanuel Paluku, 30 ans, travaillait comme ingénieur junior chez BBA dans le secteur minier quand, en 2013, les projets se sont faits plus rares dans son secteur en raison de la baisse du prix des matières premières. Comme des milliers de confrères, il a perdu son emploi, faute d'un nombre suffisant de projets. Il lui a fallu plusieurs mois de recherche avant de retrouver un travail à la mesure de son expérience. Finalement, il a dû quitter Montréal et changer de domaine.

«Je devais rebondir pour acquérir une expérience qui me rendrait attractif sur le marché. Or, à ce moment-là, c'est le secteur de la construction qui fonctionnait bien», se souvient Emmanuel Paluku. Après avoir travaillé deux ans comme gestionnaire de projet pour Daystar, une entreprise de construction résidentielle située à Toronto, l'ingénieur a décidé de se lancer à son compte dans ce secteur. Avec trois partenaires externes, il agit désormais dans l'ingénierie d'exécution et collabore à des projets tels que l'agrandissement de l'hôpital St. Michael's à Toronto et la réhabilitation d'un complexe de trois immeubles au pied de la tour du CN. Parti en 2013 à Toronto «par nécessité», il se plaît aujourd'hui dans la Ville reine et se félicite du «pari» qu'il a osé faire.

Être mobile et bilingue

Mais tous n'acceptent pas d'être aussi mobiles qu'Emmanuel Paluku. Les firmes de génie-conseil qui, à la suite de la crise, se repositionnent dans les autres provinces canadiennes ou à l'étranger pour trouver de nouveaux marchés affrontent un défi de taille.

Ainsi, Roche a choisi de développer son activité à l'international. La firme a perdu 50 % de son activité depuis deux ans sur les marchés publics au Québec, et son chiffre d'affaires «est en baisse constante depuis 2013», selon Alex Brisson, président et chef de la direction. L'international représente aujourd'hui 25 % de son activité, par rapport à 10 % il y a trois ans.

Le hic, selon M. Brisson, c'est que la main-d'oeuvre québécoise n'est pas suffisamment mobile. «De plus, avoir des ressources bilingues est devenu indispensable pour notre développement. Or, nous avons de la difficulté à en trouver», dit-il.

Les ingénieurs qui n'ont pas quitté le Québec ont dû se replacer dans un marché au ralenti en raison de la diminution des contrats de travaux publics. À la suite du scandale de corruption, le gouvernement a resserré les règles d'octroi des contrats publics. Les donneurs d'ordres ont mis un frein aux appels d'offres en attendant que la situation soit éclaircie. De plus, les investissements du gouvernement provincial sont à la baisse : ils seront réduits de 1,4 milliard de dollars en trois ans dans les infrastructures publiques d'ici 2017-2018. Par ailleurs, la baisse du prix des matières premières a nettement ralenti l'activité minière : en 2014, les investissements miniers ont accusé une baisse de 30,1 % par rapport à 2013, selon l'Institut de la statistique du Québec.

La situation était d'autant plus complexe que de nombreux ingénieurs se sont retrouvés sur le marché de l'emploi en même temps. Cela suivait une longue période de plein emploi pendant laquelle seulement 3 % des membres de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) étaient au chômage.

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