Les jeunes talents, une denrée rare


Édition du 20 Octobre 2018

Les jeunes talents, une denrée rare


Édition du 20 Octobre 2018

La forte demande de main-d’œuvre pourrait faire grimper les salaires et exercer une pression sur la rentabilité des firmes québécoises d’ingénierie-conseil. [Photo: 123RF]

Grâce à l'impulsion donnée par les gouvernements, les grands projets ne manquent pas à l'échelle du pays, que ce soit dans le domaine des transports (REM, nouvelles voitures de la STM, tramway de Québec, LRT à Ottawa, etc.) ou des grandes infrastructures (pont Champlain, échangeur Turcot, pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, etc.). À tel point que les ingénieurs spécialisés dans ces domaines deviennent une denrée rare pour les firmes de génie-conseil.

Salaires à la hausse

«Le milieu de la construction est en pleine ébullition dans la région de Montréal», rappelle Steve Lécuyer, actionnaire dirigeant régional pour les régions du Québec et de l'Atlantique de GHD, une firme mondiale de génie. Selon lui, les nombreux projets en cours mettent une pression importante sur les firmes. «Il n'existe qu'une certaine quantité de main-d'oeuvre disponible et il est difficile de recruter des travailleurs de l'extérieur de la province, comme ce pouvait être le cas en Alberta il y a plusieurs années, car le pays entier nous a déjà aidés à supporter ce boom.»

Pour André Rainville, PDG de l'Association des firmes de génie-conseil du Québec, nul doute que l'avenir s'annonce très prometteur pour le milieu de la construction dans son ensemble. «Le programme d'investissements de 100 milliards de dollars sur 10 ans mis en place par le gouvernement provincial ainsi que les projets triennaux de mise à niveau des infrastructures à l'échelle municipale permettent d'anticiper un développement favorable au cours des trois à cinq prochaines années.»

Mais ce contexte positif pourrait faire grimper les salaires et exercer en même temps une pression sur la rentabilité des firmes d'ingénierie-conseil, qui ont déjà conclu leurs ententes avec leurs clients il y a plusieurs mois.

«Nous avons près de 450 employés au Québec et une centaine de postes ouverts. Le problème, c'est que lorsqu'on recrute quelqu'un, on perd une autre ressource le lendemain. L'enjeu n° 1 est donc devenu la main-d'oeuvre», affirme M. Lécuyer, qui ne cache pas que sa firme est devenue plus de plus en plus sélective sur les projets auxquels elle choisit de participer.

Après avoir vu bondir ses effectifs de 480 % en l'espace de cinq ans, notamment grâce à une fusion avec la firme LVM, en 2014, le spécialiste en ingénierie des sols et de l'environnement, Englobe Corp, entrevoit lui aussi la croissance à venir comme un défi.

«Nous entrons dans un marché où nous devons refuser certains contrats afin de nous assurer de conserver le bon équilibre», annonce le coprésident, Alain Robichaud.

Vers une possible pénurie ?

Cette effervescence est palpable jusque sur les bancs des écoles de génie. Après avoir observé un phénomène de rationalisation au sein des grandes firmes à la suite de la Commission Charbonneau et du déclin des contrats octroyés par le gouvernement, Pierre Rivet, directeur du développement des affaires à l'École de technologie supérieure (ÉTS), constate que la demande est repartie en forte hausse. «Avec le resserrement des normes et l'arrivée de grands projets tels que le pont Champlain, l'échangeur Turcot et le REM, on reçoit désormais près de 200 offres de stage par année en génie-conseil, contre une dizaine dans les années creuses.» Pour répondre à ce défi, les écoles comme l'ÉTS ont tenté de mettre les bouchées doubles, mais sans parvenir à combler entièrement le retard.

«Nous avons plus que doublé le nombre d'étudiants en génie civil au cours des six dernières années, et l'équilibre était déjà fragile puisque chaque finissant recevait une offre d'emploi. En deux ans, le nombre d'offres a encore augmenté de 30 % à 40 %.» Résultat ? L'ÉTS reçoit présentement des dizaines d'offres par semaine, alors que l'ensemble de ses étudiants a déjà été placé en stage d'automne. «Nous nous dirigeons vers une légère pénurie. Et on anticipe peu les départs à la retraite qui vont s'additionner, mais qui ne pourront pas être directement remplacés par des juniors», rappelle M. Rivet.

Des gestionnaires d'équipes recherchés

Du côté des employeurs, les profils recherchés sont très variés.

«Cela va du technicien en génie civil aux équipes de conception assistée par ordinateur, en passant par les ingénieurs chargés de projets. Toutes les fonctions sont concernées», dit Isabelle Jodoin, ­vice-présidente principale, Québec, de ­Stantec, qui note toutefois que les compétences en gestion d’équipes et de projets sont particulièrement demandées, pour encadrer des dossiers devenus plus gros et complexes. Chez ­Cima+, on cherche à recruter à la fois des ingénieurs juniors et intermédiaires, ainsi que des ressources plus chevronnées. « ­On regarde aussi pour des dessinateurs, des inspecteurs et des personnes spécialisées en finances et ­RH », rapporte ­François ­Plourde.

Sans oublier que pour alimenter les grands travaux à venir, comme le ­REM ou les projets de la ­STM, certaines firmes sont à la recherche de profils de niche.

« ­On va rechercher des profils spécialisés en systèmes pour gérer les trains automatiques. Sur certaines de ces compétences, il n’existe encore qu’une poignée de ressources au ­Québec », nous confie ­Martin ­Thibault, ­vice-président, ­Transports de ­Stantec. La ­STM s’inquiète elle aussi de la tension actuellement présente sur le marché du travail.

« ­Actuellement, plusieurs projets d’envergure font appel aux mêmes types de ressources, comme le ­REM ou le projet de tramway à ­Ottawa. La question est de savoir s’il y aura assez de ressources spécialisées pour tout le monde », glisse ­François ­Chamberland, directeur exécutif, Ingénierie, infrastructures et projets majeurs de la ­STM. 

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