Un comptable au Sénat

Offert par Les Affaires


Édition du 23 Novembre 2019

Un comptable au Sénat

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Édition du 23 Novembre 2019

« Il ne s’agit pas seulement d’avoir une opinion, mais de faire preuve de jugement. Encore là, c’est très similaire au travail qu’un ­CPA réalise auprès d’un client », dit ­Tony ­Loffreda, sénateur. (Photo: courtoisie)

PROFESSION: COMPTABLE. En juillet dernier, Justin Trudeau offrait le dernier siège vacant du Sénat au Montréalais Tony Loffreda, comptable de formation. En remplaçant Ghislain Maltais, parti à la retraite en avril, il a rejoint le groupe des sénateurs indépendants.

Cet expert-comptable né dans le quartier Ahuntsic ne cache pas l'honneur qu'il ressent d'assumer ses nouvelles fonctions. «Quand j'étais plus jeune, le capitaine des Canadiens de Montréal était Serge Savard, dont le surnom était le Sénateur, raconte-t-il. Quand j'ai demandé à mon père pourquoi, il m'a répondu qu'un sénateur incarnait la sagesse, que c'était celui qu'on allait voir avant de prendre une décision importante. Ça m'a marqué !»

Travailler pour les gens

Ce passionné de hockey rêvait dans les années 1970 de devenir joueur professionnel ou entraîneur, comme Scotty Bowman. Il prendra plutôt le chemin de la comptabilité en obtenant un diplôme en commerce à l'Université Concordia en 1985. C'était un domaine qui offrait de très bonnes perspectives d'emploi, un élément jugé très important dans sa famille d'immigrants. Mais M. Loffreda constatait aussi que l'économie, à l'époque, n'allait pas très bien, les taux d'intérêt étaient très élevés et le taux de chômage avait dépassé 13 % en décembre 1982, son niveau le plus élevé depuis la crise des années 1930.

M. Loffreda souhaitait contribuer au redressement de la situation. En 1991, il entre à la Banque Nationale du Canada après quatre années chez Raymond Chabot Grant Thornton et avant de passer chez RBC 14 ans plus tard. Il y occupait le poste de vice-président, Gestion de patrimoine au moment d'être nommé au Sénat. Il a aussi multiplié les engagements sociaux et caritatifs pendant ses 35 années de carrière, auprès de l'Hôpital Juif de Montréal, de l'Université Concordia, de Montréal International ou de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, pour ne nommer que ceux-là.

«Travailler pour les gens a toujours été ma passion, et c'est un peu comme ça que je vois le travail du sénateur, explique-t-il. Je dois m'assurer que la Chambre des communes et le premier ministre travaillent pour le bien des citoyens canadiens.»

Un Sénat important

M. Loffreda constate que les Canadiens ne connaissent généralement pas très bien le Sénat et se désole de constater que certains le croient même inutile. «Au Canada, il y a beaucoup de pouvoir concentré entre les mains du premier ministre, dans un gouvernement majoritaire, même lorsqu'il est élu par moins de 40 % des électeurs, rappelle-t-il. Le Sénat joue un rôle crucial pour réviser et bonifier les projets de loi, afin qu'ils servent le mieux possible l'intérêt des citoyens et pour protéger les droits des minorités et des différentes régions du pays.»

Il rappelle que le fait que le Sénat soit composé de gens nommés pour une longue période (les sénateurs peuvent rester en poste jusqu'à l'âge de 75 ans) plutôt qu'élus pour quatre ans rend ses membres moins soumis aux pressions électoralistes que les députés. En général, les sénateurs se contentent de modifier des lois, mais il est arrivé dans le passé qu'ils votent contre une loi adoptée par les députés et la mettent ainsi en échec. L'un des cas les plus célèbres a vu la loi adoptée en 1989 par le gouvernement Mulroney pour criminaliser l'avortement être défaite au Sénat.

S'il juge déjà essentiel le rôle joué par la chambre haute, M. Loffreda espère tout de même contribuer à sa modernisation. «Je crois que l'on peut rendre le Sénat plus transparent, moins partisan et plus productif», lance-t-il.

Indépendant comme un vérificateur

Le sénateur dresse par ailleurs de nombreux parallèles entre ses nouvelles fonctions et le rôle qu'il a joué durant sa carrière de CPA. Il cite, par exemple, son statut d'indépendant, qu'il assimile à l'indépendance qu'il a eue comme vérificateur auprès de nombreuses entreprises dans sa carrière.

Il souligne aussi que le travail du sénateur est d'évaluer la qualité d'un projet de loi en analysant les faits. «Il ne s'agit pas seulement d'avoir une opinion, mais de faire preuve de jugement, rappelle-t-il. Encore là, c'est très similaire au travail qu'un CPA réalise auprès d'un client. Il regarde les faits, les analyse et propose la meilleure stratégie ou la décision la plus appropriée. Le sénateur doit faire cela, en gardant toujours en tête que l'objectif est d'améliorer la qualité de vie des gens.»

M. Loffreda assure qu'il entend rester en poste jusqu'à 75 ans, comme la loi le lui permet. Il n'aura peut-être pas réussi à devenir capitaine des Canadiens de Montréal, comme Serge Savard, mais il sera devenu, lui, un vrai sénateur.

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