Stagiaire, il rachète son entreprise

Publié le 18/06/2015 à 15:52

Stagiaire, il rachète son entreprise

Publié le 18/06/2015 à 15:52

Avoir l’impression de changer le monde, un geste à fois. C’est ce qui motive Guillaume Desmarais, kinésiologue. À 23 ans, alors qu’il était encore aux études, il est devenu propriétaire de Tonus!, une entreprise de Sherbrooke offrant des activités sportives et culturelles dans les écoles, mais aussi, depuis peu, dans les entreprises et même à domicile.

C’est pendant son deuxième stage chez Tonus! que Guillaume Desmarais apprend que la PME créée en 2005 est à vendre. « À 35 ans, le fondateur avait envie de plus de stabilité et ne voulait plus prendre de risques. Pour moi, c’était une occasion en or d’avoir un boulot à la fin de mes études et un certain revenu. Ce qui, en soi, n’est pas évident pour tout le monde », analyse le jeune homme.

Comme il connaissait bien la petite compagnie, Guillaume Desmarais n’a pas eu de mal à convaincre l’ancien propriétaire de lui passer le relais. « Il savait comment je travaillais et, surtout, qu’on partageait les mêmes valeurs. »

Pour faciliter la transaction, le vendeur a décidé de financer le rachat de l’entreprise. Chaque année, Guillaume Desmarais doit verser un montant à l’ancien propriétaire, sur une période de dix ans. Une solution plus simple, surtout que le jeune homme était alors aux études, donc peu solvable auprès des bailleurs de fonds.

« Cette façon de faire allait de soi, puisque ça permettait au fondateur d’avoir un acheteur immédiatement, alors qu’il voulait se départir rapidement de son entreprise », ajoute-t-il.

Activités pour tous

Si Guillaume Desmarais n’a pas hésité à sauter sur l’occasion, c’est entre autres parce cela lui permettait d’élargir la mission de l’organisme : favoriser le bien-être par l’activité physique. En plus des cours offerts en parascolaire aux écoles, le jeune propriétaire a donc lancé de tout nouveaux services pour les adultes, en entreprise ou à domicile.

« Je pense que nos façons de faire bouger les gens sont peu ou pas exploitées. En plus des cours offerts en parascolaire aux écoles, le jeune propriétaire a lancé de tout nouveaux services pour les adultes, en entreprise ou à domicile. Pour intégrer de bonnes habitudes, il faut que ce soit calqué sur ce que les gens aiment, sur leurs capacités et que ça s’intègre bien dans leur quotidien. C’est ce qui favorise la motivation. »

Un changement sur les chapeaux de roue

Même s’il aime sa position, Guillaume Desmarais estime que le transfert n’a pas été de tout repos... « Quand il a annoncé qu’il voulait vendre, l’ancien propriétaire avait déjà trouvé un nouvel emploi. »

Le délai était court avant son départ. En 2012, le jeune homme s’est donc retrouvé seul maître à bord – ou presque – alors qu’il était aux études à temps plein. « Disons que je n’ai pas beaucoup dormi durant cette période. D’un côté, je finissais mon baccalauréat et de l’autre, je gérais la période d’inscription des élèves. »

Si le transfert a été express, rien n’a été laissé au hasard pour autant. Guillaume Desmarais n’a pas hésité à se tourner vers des organismes de sa région pour créer un plan d’affaires détaillé. Il s’est aussi penché sur la question de la valeur de l’entreprise.

« Faire affaire avec une firme d’experts aurait coûté très cher par rapport à la grosseur de la compagnie. On a donc décidé de s’entendre à l’amiable sur un montant qui nous convenait à tous les deux. » Ils ont toutefois eu l’aide d’une comptable pour obtenir un premier chiffre.

Pas si étonnant, puisqu’au Québec, il n’existe pas de services dédiés aux jeunes qui veulent reprendre une compagnie, explique Éric Dufour, leader national en transfert d’entreprises chez Raymond Chabot Grant Thornton.

« Il faudrait créer une banque d’heures de consultation pour les jeunes repreneurs, comme je l’avais vu lors d’une mission sur la relève qui s’est déroulée en Europe. Car, un entrepreneur qui veut faire faire son plan de relève peut recevoir une subvention d’Emploi-Québec. Mais il n’existe rien pour les individus qui aimeraient analyser une reprise. » Il aurait donc fallu que la demande vienne de l’entrepreneur, pour établir un plan de relève. Ce qui aurait pu être utile de part et d’autres.

Un second souffle

Autre défi de taille pour Guillaume Desmarais : l’informatisation des données de la compagnie. Une étape cruciale pour lui donner un second souffle. « Avant, on rentrait toutes les données des inscriptions à la main, dans un tableau Excel. Ça représentait une quinzaine d’entrées, pour 3000 inscriptions!» De longues heures, alors que l’entreprise compte sur trois employés à temps plein, mais une quarantaine à temps partiel!

Résultat : la compagnie a pu augmenter son offre de services sans avoir besoin d’embaucher du personnel supplémentaire. Et le jeune propriétaire compte bien élargir encore sa palette et son territoire… « Je suis une personne qui aime les projets. C’est ce qui m’a motivé à acheter et qui me stimule encore. Être propriétaire de l’entreprise me permet de prendre rapidement des décisions, d’ajuster nos interventions. » Un travail qui le comble.

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