Passer du statut de collègue à patron

Publié le 18/06/2015 à 15:56

Passer du statut de collègue à patron

Publié le 18/06/2015 à 15:56

Quand Jérémy Muller a traversé l'Atlantique pour y chercher du travail, ce fils de deux entrepreneurs dans les domaines de l'informatique et de la publicité ne croyait pas qu'il trouverait si rapidement l'opportunité d'atteindre un objectif de vie personnel et professionnel.

À seulement 27 ans, le Français d'origine rachetait en octobre 2013, avec une collègue de travail, l'agence montréalaise de recrutement NGPP, pour laquelle il travaillait depuis son arrivée au Québec, cinq ans auparavant. Ils ont depuis changé son identité pour l'agence TOTEM.

« J'ai toujours cru que je créerais ma propre agence de zéro, d'ici une dizaine d'années, peut-être. En gravissant les échelons et en gagnant la confiance des gens qui m'entourent, j'ai plutôt repris le flambeau d'une entreprise solide et pleine de promesses. »

Arrivé à Montréal en 2010 avec son expérience dans une grande agence de placement française, Jérémy Muller se retrouve rapidement conseiller chez NGPP. La présidente et fondatrice, Nicole Giguère, le charge dès le début de concevoir une division pour le recrutement dans le domaine des assurances. Fort de ses réalisations, il devient partenaire deux ans plus tard et achète 10 % des parts de l'entreprise fondée en 2003.

Peu après, Nicole Giguère reçoit une offre de rachat spontanée d'une agence concurrente. « Dès que je l'ai su, j'ai consulté ma collègue Marie Trillot, également associée, et nous avons soumis une contre-offre du même montant. Nicole a alors fait un choix de cœur, même si cela compliquait grandement sa vie! »

Le financement, un parcours du combattant

Plutôt que d'opter pour la certitude financière que lui apportait l'offre des concurrents, qui disposaient des fonds nécessaires pour compléter rapidement la transaction, Nicole Giguère consent à céder l'entreprise à Jérémy et sa partenaire d'affaires. « Nous étions loin de lui présenter le scénario idéal que lui offrait le concurrent. Toutefois, l'intégrité de l'entreprise qu'elle a bâtie et la pérennité de son équipe ont été des valeurs décisives pour la propriétaire. »

« Notre recherche de financement a été un véritable parcours du combattant », poursuit Jérémy Muller. « Les banques nous refusaient systématiquement, même celle avec qui NGPP faisait affaire et qui connaissait le succès de l'entreprise. Elles exigeaient que nous disposions d'une mise de fonds que nous étions incapables de fournir, parfois aussi élevée que 100 000 $ chacun! »

Les repreneurs ont finalement trouvé la solution auprès de capital de risque chez Desjardins. Nicole Giguère a accepté de garder 20 % des actions et une balance de vente, que les nouveaux propriétaires remboursent toujours aujourd’hui.

Le défi des relations de travail

Si le rachat de l'agence est progressif, la reprise de la gestion, elle, n'a pas tardé à se concrétiser. Après le dénouement de l'obstacle financier, c'était le défi des relations de travail qui se présentait aux jeunes repreneurs.

Bruno Fauteux, conseiller pour les jeunes entrepreneurs chez SAJE en affaires, souligne l'importance d'une transition harmonieuse entre le rôle de collègue et celui de patron. Déjà en poste d'autorité avant le rachat en tant qu'associé et chef d'équipe, Jérémy Muller avait un avantage sur ce plan.

« L'entrepreneur se doit de rencontrer les employés-clé qu'il souhaite garder », précise M. Fauteux. « C'est payant de les prendre à part, de leur expliquer notre vision à long terme, de les motiver et de valider si l'un d'entre eux avait également des ambitions de relève dans l'entreprise. »

Jérémy Muller acquiesce : « Ma partenaire et moi avons investi beaucoup de temps à bien communiquer et à rassurer nos employés. Tous sont demeurés dans l'entreprise et chacun a pris part à sa relance. »

Les nouveaux dirigeants ont créé de nouvelles divisions, notamment en informatique, et ont embauché quatre nouvelles recrues. « Notre première année comme entrepreneurs s'est conclue avec les meilleurs résultats financiers que l'agence ait jamais connue. L'année en cours s'annonce encore meilleure, notamment grâce aux efforts colossaux que nous avons déployés récemment pour dynamiser l'image de l’entreprise. »

Pour Jérémy Muller, la clé d'une bonne relève est de savoir s'entourer. « On ne saurait être compétent dans tout. Des partenaires aguerris, tels que des comptables, des avocats ou des coach en ressources humaines, me permettent de concentrer mon énergie dans ce que je fais le mieux : développer de nouveaux projets. Le pouvoir décisionnel qui vient avec mon nouveau rôle d'entrepreneur, c'est le contraire du statu quo : c'est le pouvoir de faire évoluer les choses. »

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