Le CELI de Suzanne Thérien: les fruits de la patience

Publié le 19/11/2021 à 07:45

Le CELI de Suzanne Thérien: les fruits de la patience

Publié le 19/11/2021 à 07:45

Suzanne Thérien.

«Ma planificatrice trouve que j’ai un profil agressif pour mon âge. Mais j’ai du succès et une bonne résistance au risque, alors…», dit Suzanne Thérien.

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels nous partagent leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l'analyse d'un pro.


(Illustration: Camille Charbonneau)

 

Nom: Suzanne Thérien

Âge: 66 ans

Profession: retraitée, ex-directrice de comptes pour une entreprise de télécommunication

Valeur du CÉLI: 154 000$

Stratégie: fonds communs de placement et titres individuels

Bon coup: avoir fait le choix de gérer ses placements et y prendre plaisir

Mauvais coup: avoir tendance à détenir trop de titres et à s’éparpiller inutilement

Objectif: laisser les intérêts composés faire le travail

Son conseil à l’investisseur qui commence: être patient, bien se renseigner et suivre ses placements attentivement

 

Suzanne Thérien est une «self-made woman», dirait-on dans la langue de Charlie Munger. Cette investisseuse d’expérience ne compte pas de mentor, à proprement dit, mais sa réussite financière rejoint en tout point l’un des préceptes du fameux numéro deux de Berkshire Hathaway: «The big Money is not in the buying and the selling… but in the waiting.» (les fortunes se bâtissent en étant patients, pas en achetant et en vendant).

Patiente, elle l’aura été. Au téléphone avec son frère à la fin de 2017, la sexagénaire lui dit tout de go: «tu sais que tu parles maintenant à une millionnaire?» Un accomplissement digne de mention pour celle qui avait acheté ses premières actions de Bell (BCE, 62,14 $) et de Logibec dans la jeune vingtaine. 

«Je suis une femme extrêmement positive et chanceuse. Je n’ai jamais considéré que j’étais née pour un petit pain, comme on dit au Québec», raconte cette mère monoparentale qui avait dû à regret abandonner ses études à l’Université Laval dans les années 1970. Peu de temps après, elle aura la chance de débusquer un emploi bien rémunéré pour une importante entreprise de télécommunications. «Il y avait un programme d’achats d’actions auquel j’ai été heureuse de contribuer. Ç’a été mon initiation au monde de l’investissement», dit-elle. 

Au cours des années 1980, elle poursuit son apprentissage par l’intermédiaire du régime d’épargne-actions (le RÉA) mis de l’avant par Jacques Parizeau, alors ministre des Finances dans le gouvernement du Parti québécois de René Lévesque. Ce programme avantageux fiscalement permet à Mme Thérien d’acquérir des participations dans des sociétés qui deviendront de véritables fleurons québécois telles que CGI (GIB-A, 110,72 $), Alimentation Couche-Tard (ATD-B, 50,10$) et Saputo (SAP, 29,72 $). «Avec le temps, ces titres ont été ajoutés dans presque tous mes comptes d’investissement.» 

Dès les années 1990, elle va rompre le lien avec son courtier et se mettre à gérer elle-même son portefeuille. «Cela me stimulait et j’y prenais plaisir», raconte celle qui fait encore ses propres tableaux Excel et consulte régulièrement ses états financiers en ligne. «Personne ne peut s’intéresser à votre argent autant que vous.» Elle puise ses informations dans les journaux, notamment Les Affaires et La Presse, et elle mène ensuite ses recherches. «Je me garde à l’affût des nouvelles tendances.»

Elle a déjà passablement d’expérience lorsqu’elle cotise pour la première fois dans son CELI. Contrairement aux investisseurs qui s’initient d’abord par le truchement de fonds communs de placement, Mme Thérien y arrive sur le tard dans son parcours. «J’ai rarement été impressionnée par leur performance. Mais ceux que je détiens ont bien fait.» Outre les fonds de Mawer, Fidelity et CIBC**, elle possède quelques titres québécois et quelques entreprises plus obscures qui agonisent. «Un de mes défauts est de m’éparpiller et de tarder à faire le ménage.» Elle est investie en 100% en actions, non seulement dans son CELI mais dans tous ses comptes. «Ma planificatrice trouve que j’ai un profil agressif pour mon âge. Mais j’ai du succès et une bonne résistance au risque, alors…»

«Mon train de vie modeste», c’est ce qu’elle répond aux gens qui lui demandent quel a été est le secret de sa réussite financière. Cette résidente de Lévis a toujours été très économe. «Je tiens cela de ma mère, qui a aussi élevé ses enfants seule.»

Mme Thérien a su tôt dans sa vie qu’elle voudrait jouir d’une belle retraite et elle a pris les moyens pour y arriver. «Je voulais voyager et profiter de la vie. C’était ça mon objectif.» Elle prépare actuellement son prochain long voyage avec la compagnie de croisières Crystal. C’est l’un des rares endroits où elle s’offre du luxe. «Ça et les bonnes bouteilles de rouge», dit en riant celle qui fut aussi importatrice de vin.

 

Dans l’œil d’une pro

«Lorsque nous sommes à la retraite, le CELI est généralement l’un derniers comptes touchés dans l’ordre de décaissement», fait remarquer Hélène Paradis, vice-présidente et conseillère en placement chez Gestion de patrimoine TD. Elle croit que c’est probablement ce qui a motivé Suzanne Thérien à être plus agressive dans les choix qu’elle a faits à l’intérieur de ce compte de placement.

«Je n’ai pas tout le portrait, mais ça me porte à croire que l’horizon de placement de son CELI est relativement grand.» Elle pense que le profil d’investisseuse de Mme Thérien, son expérience et ses connaissances acquises depuis plusieurs années peuvent justifier ici sa position en croissance, c’est-à-dire 100% en actions.

Elle juge que globalement sa diversification géographique, à 30% au Canada et 70% à l’étranger, est appropriée. «Le marché canadien ne représente que 3% de la capitalisation boursière mondiale.»

Elle note toutefois une certaine concentration dans deux positions qui représentent plus de 53% de son portefeuille, ses deux fonds communs de placement (Mawer et Fidelity) axés sur les compagnies de petites capitalisations. Avec des titres qu’elle détient, comme Quincaillerie Richelieu (RCH, 44,27$) et Storage Vault (SVI.V, 6,30 $), ce pourcentage d’exposition aux petites capitalisations s’élève à 65%. «Est-ce que cette concentration est voulue et réservée au CELI?»

Elle fait remarquer que malgré la diversification géographique des deux fonds, soit à-propos, les secteurs industriels et technologiques sont surreprésentés. Elle précise aussi que le fonds Fidelity a sous-performé l’indice de référence depuis 10 ans. «J’aime la gestion active. Mais si le gestionnaire ne peut faire mieux que l’indice après quelques années, il est normal de se questionner: pourquoi je payerais davantage?»

Mme Paradis soulève une autre préoccupation de concentration relativement au secteur des technologies, représenté à près de 29% avec le fonds indiciel Nasdaq CIBC et le titre de CGI, à 17%. «Je garde rarement plus que 10% dans un seul titre. L’impact est moins important en cas de sous-performance.»

La conseillère en placement chez Gestion de patrimoine TD suggère à Mme Thérien de faire un peu de ménage dans les petites positions qui vivotent. «Lors de sa cotisation de janvier, elle pourrait en profiter pour remanier tout ça et ouvrir une nouvelle position.» Elle lui recommande l’achat d’un titre de grosse capitalisation qui verse un bon dividende, soit une financière ou une entreprise qui œuvre en santé, des secteurs non représentés dans son CELI.

**Les ratios de frais de gestion des fonds communs de placement de Mme Thérien: MAW150 série A: 1,76%, FID261 série B: 2,27%, CIB820: 1,26%.

 

Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs de Les Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CELI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca

 

Le CELI de Suzanne Thérien (Valeur approximative de 154 000$)

Titres Symboles  % du portefeuille
Fonds Mawer mondial de petites capitalisations (série A) MAW150 29,82%
Fonds Fidelity petites capitalisations Amérique (série B) FID261 22,80%
Groupe CGI GIB-A.TO 16,75%
Fonds indiciel Nasdaq CIBC CIB820 11,51%
Alimentation Couche-Tard ATD-B.TO 6,51%
Storage Vault SVI.V 6,18%
Quincaillerie Richelieu RCH.TO 5,68%
Transocean Ltd RIG 0,28%
H20 Innovation
HEO.V 0,02%
Bonterra Resources BTR.V 0,01%
Espèces *** 0,44%
Total *** 100%


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