Le CÉLI de Charles Béliveau: garder le cap malgré une erreur de débutant

Publié le 29/10/2021 à 07:30

Le CÉLI de Charles Béliveau: garder le cap malgré une erreur de débutant

Publié le 29/10/2021 à 07:30

Charles Béliveau

«Je suis très fier d'avoir développé de bons réflexes d’épargne tôt dans ma vie», dit Charles Béliveau. (Photo: courtoisie)

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels nous partagent leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l'analyse d'un pro. Depuis son entrée en vigueur en 2009, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) a gagné en popularité et s’est imposé comme outil complémentaire au régime enregistré d’épargne-retraite (REER). De nombreux experts ont vu dans cet outil une sorte de révolution fiscale, car tous les gains produits sont à l’abri du fisc. Si plusieurs l’utilisent comme un simple véhicule d’épargne, d’autres exploitent son plein potentiel comme outil d’investissement. Car, comme pour le REER, le CÉLI vous permet de détenir une multitude de produits financiers, allant des fonds communs de placement aux fonds négociés en bourse en passant par les titres d'entreprises à capital ouvert.


(Illustration: Camille Charbonneau)


Nom: Charles Béliveau

Âge: 22 ans

Occupation: étudiant et travailleur à temps partiel à la SAQ

Valeur du CÉLI: 39 000$ | Stratégie : titres individuels

Bon coup: avoir commencé tôt à investir

Mauvais coup: s’être fié sur des tuyaux sans faire de recherches approfondies

Objectif: atteindre la liberté financière et faire plaisir à ses proches

Son conseil à l’investisseur qui commence: ne pas agir sur le coup de l’émotion et garder le cap

 

Les premiers pas à la Bourse de cet investisseur du Centre-du-Québec n’ont pas été une sinécure. «J’ai suivi la recommandation d’un ami qui me disait que l'entreprise québécoise Prometic Sciences de la Vie allait trouver un remède contre le cancer. J’y ai tout investi mes économies de jeunesse», se rappelle-t-il avec un brin d’amertume. Le titre de l’entreprise va rapidement péricliter puis tomber à zéro. «C’était un échec lamentable. Mais, curieusement, cela n’a pas altéré ma détermination», souligne ce jeune étudiant en génie de la construction à l’ÉTS (l’École des technologies supérieures). Il va même en tirer une leçon pour la vie: ne pas se fier aveuglément aux recommandations d’autrui et faire soi-même les vérifications nécessaires.

Malgré cette première déconfiture sur le marché boursier, Charles Béliveau sait que tout n’est pas sombre (au contraire) dans le portrait financier qu’il peut brosser à tout juste 22 ans. «Je suis très fier d’avoir développé de bons réflexes d’épargne tôt dans ma vie.» Ces bonnes habitudes de vie, de travail et de frugalité il les doit principalement à ses parents. «Ils nous ont inculqué leur côté économe et nous ont appris à ne pas gaspiller», dit l’aîné d’une famille de quatre enfants. Dès qu’il fête ses 18 ans, M. Béliveau transfère ses actifs détenus en fiducie par ses parents et se met à gérer seul son CÉLI. «J’avais accumulé des économies depuis un très jeune âge.» Hormis Prometic, qui s’avérera un bide retentissant, il investit dans un fonds négocié en Bourse de BMO (ZSP, 62,16 $) qui reproduit l’indice du S&P 500 américain. «J’ai toujours ce titre, mais j’en ai acquis d’autres. Au début, j’achetais et je revendais des actions dès que je faisais un profit. Je me faisais la main.»

Le krach boursier de la pandémie va tester sa résilience. «Je me suis accroché à ma planche de surf», dit-il de façon imagée. Il voit son portefeuille passer de 30 000 $ à 18 000 $ en peu de temps. Il conserve néanmoins ses participations dans des entreprises comme Alphabet (GOOGL, 2 916,98 $US), Amazon (AMZN, 3 446,57 $US), Nvidia (NVDA, 249,41 $US), Canopy Growth (WEED, 16,03$) et Guru Organic Energy (GURU, 15,99 $). «Ça m’a donné de l’expérience». Le seul titre qu’il vend est celui de Facebook (FB, 316,92 $US). «Mais j’aurais très bien fait si je l’avais gardé. Comme quoi parfois ne rien faire est souvent la bonne chose à faire.» Il reconnaît que laisser ses émotions de côté n’est pas chose facile. «Il faut garder le cap et suivre sa stratégie initiale.»

Si les aléas de la Bourse lui font acquérir de l’expérience, ses lectures elles vont parfaire ses connaissances. Il va se plonger dans les biographies de grands entrepreneurs et visionnaires comme Steve Jobs et Elon Musk. (Il est d’ailleurs actionnaire de Tesla.) Le livre Investir en Bourse et s’enrichir d’un ancien journaliste au journal Les Affaires, Bernard Mooney, va marquer son parcours d’investisseur. «C’est le livre qui m’a le plus influencé à ce jour.»

M. Béliveau se qualifie aujourd’hui d’investisseur de croissance avec un profil dynamique. Il aimerait cependant que son portefeuille lui procure un certain revenu d’appoint. «Je ferai une transition plus tard vers des titres à dividende lorsque la valeur de mes actifs boursiers me permettra de me verser un revenu annuel intéressant.» Il souhaiterait un jour atteindre la liberté financière et avoir le luxe de choisir ce qu’il veut faire de ses journées (aller à la pêche, par exemple!). L’un de ses objectifs serait de pouvoir faire profiter à ses proches des fruits de son succès financier. «Mes parents m’ont beaucoup aidé et j’aimerais leur rendre la pareille.»

 

Dans l’œil du pro

«Il a compris très rapidement que le meilleur allié de l’investisseur est le temps. Vu son jeune âge, il a plusieurs cycles économiques devant lui. Il faut saluer sa maturité financière», fait remarquer d’entrée de jeu Luc Girard, gestionnaire de portefeuille chez Noël Girard Lehoux, Valeurs mobilières Desjardins.

Il le met toutefois en garde contre le risque inutile. «On peut être tenté de spéculer sur des titres “saveur du jour” ou d'acquérir de grosses positions individuelles quand on a un tel horizon de placement.» Avec 63% du poids du portefeuille dans seulement quatre titres (Alphabet, Tesla, Nvidia et Amazon), il suggère à M. Béliveau de considérer la vente partielle et la prise de profit afin de réallouer les sommes libérées vers d’autres titres et ainsi mieux équilibrer sa pondération. «On ne s’appauvrit pas en prenant des profits et en diversifiant. Le CELI permet de faire des gains en capital à l’abri de l’impôt. Il faut en profiter.» Il conseille au jeune investisseur de revoir aussi sa diversification géographique et sectorielle. «Les titres américains composent plus de 80% du portefeuille et il y a une surpondération du secteur des hautes technologies.»

M. Girard suggère de faire attention aux quatre compagnies non rentables qui composent la petite portion (environ 12%) du portefeuille, c’est-à-dire les titres de Canopy GrowthNio (NIO, 40,79 $US), Xpeng (XPEV, 46,24 $US) et Guru. «Les cours de ces titres peuvent monter rapidement et redescendre tout aussi vite. À trop vouloir frapper la longue balle, on finit souvent par être retiré sur trois prises.» Il rappelle par ailleurs qu’une perte dans un CÉLI ne peut servir à compenser un gain en capital réalisé dans un compte non enregistré. «C’est une perte sèche. Il y a aussi un risque de perdre l’espace accumulé.»

Il explique, par exemple, qu’un investisseur qui a cotisé 25 000 $, qui possède aujourd’hui un CÉLI d’une valeur de 50 000 $, et qui décide de retirer son argent avant la fin de l’année aura accumulé un espace CÉLI de 50 000 $. C’est la valeur de l’espace CÉLI qui sera disponible en janvier, en plus de son nouveau droit de cotisation. «Ce ne serait pas le cas s’il avait eu une perte de 50% avant de retirer son argent. Son espace CÉLI de début d’année serait alors de 12 500 $, soit 50% de 25 000 $, plus son nouveau droit de cotisation.»

Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs de Les Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CÉLI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca


 

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