Des dons à fluctuations cycliques


Édition du 05 Mai 2018

Des dons à fluctuations cycliques


Édition du 05 Mai 2018

Montreal Agency en tournée de quartier avec Centraide en septembre 2018

Le montant que versent les entreprises canadiennes en dons varie parfois d'une année à l'autre, voire d'un trimestre à l'autre. Pourquoi ? S'agit-il du fruit du hasard ou y a-t-il des raisons qui expliquent pourquoi les entreprises donnent plus à certaines périodes qu'à d'autres ?

« Une chose est sûre, le volume de dons varie beaucoup selon le PIB et les taux d'intérêt », remarque Caroline Bergeron, la responsable du programme de certificat en gestion philanthropique à l'Université de Montréal.

Quand les taux d'intérêt sont élevés et que les entreprises sont endettées, celles-ci ont moins tendance à donner. Mais quand, à l'inverse, les taux d'intérêt sont plus faibles, c'est signe d'une période plus faste. Elles donnent davantage. Idem par rapport au PIB. Quand la croissance est bonne, les entreprises font plus de dons.

« Essentiellement, ça se résume à une question de liquidité. Les entreprises sont toujours gagnantes et souhaitent faire un don... si elles ont de l'argent », dit Mme Bergeron. Généralement parlant, elle observe toutefois que si les dons varient selon le contexte économique, ils le suivent avec un retard de un ou de deux trimestres. C'est que les firmes ajustent normalement leurs décisions en fonction des résultats du dernier trimestre.

Des données compilées par Les Affaires montrent effectivement que les entreprises donnent davantage lorsque le PIB est plus élevé : le coefficient de corrélation entre le montant trimestriel de dons des sociétés canadiennes et le PIB du pays entre 1990 et 2012 est élevé, à 0,9.

Chiffrer les dons

Les données que nous avons compilées montrent que le volume annuel total de dons des sociétés canadiennes est passé de 1,3 milliard de dollars en 1990 à 9,9 G$ en 2011. Cette croissance cache toutefois de fortes variations en fonction des périodes étudiées.

Durant la décennie 1990, par exemple, les dons augmentent tranquillement, en parallèle avec le PIB canadien. Mais entre le premier trimestre de 2000 et le troisième trimestre de 2001, les dons explosent. S'ensuit une chute qui atteint son creux au premier trimestre de 2003. De 1 G$, les dons sont ainsi passés à 3 G$ pour retomber ensuite à 0,8 G$. Que s'est-il passé ?

Le PIB canadien affichait au début du millénaire une bonne croissance. Mais surtout, c'est l'époque de l'euphorie des .com... suivi de la crise des .com. Sans compter la crise entourant les attentats du 11 septembre.

« Jusqu'à 2003, après la récession technologique, ça a été une période difficile », raconte Mme Bergeron. Entre 2003 et le début de 2012, les dons ont ensuite poursuivi leur croissance, interrompue seulement par une courte chute entre le troisième trimestre de 2008 et le deuxième trimestre de 2009, donc durant la Grande Récession. « C'est certain que cette crise a touché les États-Unis plus que nous, mais nous n'avons pas été épargnés. Les entreprises canadiennes ont donc moins donné durant cette période », explique Mme Bergeron.

Les dons des entreprises varient donc en fonction des conditions économiques... un peu comme c'est le cas pour le reste de leurs dépenses, note-t-elle. « Si on comparaît plutôt leurs dépenses générales aux PIB canadiens, on trouverait probablement des courbes très similaires. »


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