Technologie financière: les grands gagnants et les grands perdants

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Août 2018

Technologie financière: les grands gagnants et les grands perdants

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Édition du 25 Août 2018

Par Richard Cloutier

Ce changement de paradigme dans les stratégies d’affaires, nourri par l’innovation technologique, ne s’effectuera toutefois pas sans la marque d’une réglementation robuste. [Photo: 123RF]

Au cours des cinq dernières années, 17 sociétés de courtage au détail en valeurs mobilières ont fermé leurs portes, ont fusionné ou ont été acquises, car elles se sont avérées incapables « de résister à la tornade des demandes des clients et des exigences prévues par les réformes réglementaires », en raison des coûts associés au déploiement de la technologie requise, indique Ian C. W. Russell, président et chef de la direction de l’Association canadienne du commerce des valeurs mobilières (ACCVM).

Dans l’édition de mai 2018 de son billet mensuel, Ian C. W. Russell évalue à environ 90 le nombre de sociétés indépendantes de courtage canadiennes toujours en activité et capables de répondre aux attentes et aux besoins croissants de leurs clients, tout en se conformant aux exigences des organismes de réglementation. 

Ces sociétés, si au départ, elles ont eu recours à la technologie pour des tâches administratives afin de permettre aux conseillers de passer plus de temps avec leurs clients, tirent aujourd’hui parti des données des clients afin d’augmenter la qualité des conseils. Bien qu’elles hésitent à autoriser des communications électroniques pour des raisons de conformité propres aux conversations avec les clients, elles ont pour la plupart intégré les robots conseillers dans leurs activités de gestion de patrimoine « en concluant des contrats de licence avec des tiers ou en engageant de nouvelles dépenses en immobilisations », permettant ainsi aux conseillers et aux sociétés « de faire affaire de façon rentable avec les petits investisseurs et de gérer leur portefeuille », analyse Ian C. W. Russell.

Dans le secteur de l’assurance, l’intelligence artificielle et ses technologies connexes auront un « impact sismique sur tous les aspects de l’industrie » et le rythme du changement s’accélérera à mesure que les courtiers, les consommateurs, les intermédiaires financiers, les assureurs et les fournisseurs adopteront ces technologies pour améliorer la prise de décision et la productivité, réduire les coûts et optimiser l’expérience client, prévoit un rapport de McKinsey & Company, Insurance 2030 — The impact of AI on the future of insurance, publié en avril 2018

Ce changement de paradigme dans les stratégies d’affaires, nourri par l’innovation technologique, ne s’effectuera toutefois pas sans la marque d’une réglementation robuste. Selon le rapport de McKinsey & Company, les régulateurs s’assureront de passer en revue les modèles basés sur l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, et en vérifieront la combinaison d’intrants afin de s’assurer que l’utilisation des données soit appropriée, alors que des considérations de politique publique limiteront nécessairement l’accès à certaines données sensibles et prédictives.

« À mesure que les données deviennent omniprésentes, des protocoles open source vont émerger pour garantir que les données peuvent être partagées et utilisées dans toutes les industries. Diverses entités publiques et privées se réuniront pour créer des écosystèmes afin de partager des données pour des cas d’utilisations multiples dans un cadre commun de réglementation et de cybersécurité », prévoient les auteurs du rapport.

Émergence d’un écosystème intégré

Il y a un an ou deux, bon nombre de fintechs affirmaient leur intention de bouleverser l’industrie et de remplacer les acteurs existants, rappelle François Levasseur, président et chef de la direction de Kronos Technologies, de Québec. « Elles se sont lancées à pieds joints en s’imaginant devenir un Uber dans les transactions, la gestion d’identité ou la distribution d’assurance vie, et en disant : on va défoncer les portes et si on n’est pas capables de les ouvrir, on va passer à côté », raconte-t-il. Mais les fintechs se sont rapidement butées à la réglementation et aux forces en place qui ont un contrôle important sur l’industrie. « Il y a eu un petit step back de la part des fintechs et elles ont fini par se demander : "Maintenant, comment peut-on travailler avec l’industrie ?" », poursuit François Levasseur.

Cette collaboration prend aujourd’hui plusieurs formes et réunit au fil des mois un nombre grandissant d’acteurs. Par exemple, des acteurs traditionnels de l’industrie, y compris le Mouvement Desjardins, la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Financière Sun Life, le Fonds de Solidarité FTQ, ainsi que La Capitale, financent Luge Capital, un fonds de capital de risque lancé en juin 2018, qui cible les sociétés de technologie financière en démarrage et les solutions d’intelligence artificielle du secteur des services financiers. 

À l’autre extrémité du prisme, l’initiative de la firme technologique lavalloise Croesus, le Croesus Lab créé en mai dernier, est une autre illustration significative de collaboration. Il s’agit d’un laboratoire destiné à explorer les technologies telles que l’intelligence artificielle, la blockchain et la réalité augmentée, de manière à « soutenir et à guider ses clients tels que TD, CIBC, Financière Banque Nationale, Industrielle Alliance Valeurs Mobilières et Desjardins, dans l’évolution technologique de l’industrie ». 

La création par Finance Montréal en juin 2018 de la Station FinTech Montréal, dont la mission consiste à appuyer le développement des fintechs et à favoriser la transformation numérique des grandes institutions financières s’inscrit aussi dans cette mouvance. 

Ces différentes initiatives répondent à plusieurs des recommandations faites par le rapport préparé par EY en février 2017 sur les actions à poser visant à favoriser le développement du secteur fintech à Montréal. Ce rapport rappelait aussi que « Le respect d’un cadre réglementaire efficace est fondamental au bon fonctionnement des différents écosystèmes financiers », bien qu’en contrepartie, « les autorités de réglementation admettent que l’innovation permet d’améliorer la qualité des services aux clients, d’accroître la productivité des institutions financières et de mieux gérer leurs risques ». 

Pour Ian C. W. Russell, l’adoption des nouvelles technologies par les acteurs de l’industrie et l’évolution des modèles d’affaires visent ultimement à mieux répondre aux besoins des clients et ceux-ci, effectivement, sont « les grands gagnants ».

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