MBA: lentement mais sûrement, développer la conscience sociale

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Janvier 2019

MBA: lentement mais sûrement, développer la conscience sociale

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Édition du 26 Janvier 2019

Les universités tentent de répondre aux préoccupations des étudiants en intégrant certaines notions de responsabilité sociale dans leurs cours. [Photo: 123RF]

Si les étudiants continuent pour la plupart de s'inscrire au MBA d'abord pour des raisons pragmatiques, comme obtenir de l'avancement professionnel, les questions de responsabilité sociale deviennent pour eux plus importantes. En conséquence, ces questions commencent tranquillement à prendre leur place dans les programmes.


L'automne dernier, la Faculté d'administration des affaires de l'Université Memorial de Terre-Neuve offrait pour la première fois un programme de MBA spécialisé en entrepreneuriat et en entreprise sociale, une première au pays, affirme l'institution. Le programme est axé sur le développement d'«agents de changement» attachés à des pratiques commerciales durables et sociales dans les secteurs public, privé et à but non lucratif. Les étudiants y apprennent notamment comment travailler dans des organisations qui tentent de changer la culture et de protéger l'environnement, et comment se servir, dans une entreprise ordinaire, des compétences normalement utilisées par les «acteurs du changement».


Au Québec, la demande ne semble toutefois pas encore suffisante pour pousser les universités à développer en grand nombre des programmes similaires.


L'UQAM, par exemple, offrait jusqu'en 2016 un programme de MBA pour cadres spécialisé en entreprises collectives, mais celui-ci a été suspendu en raison du nombre insuffisant d'inscriptions. À l'Université de Sherbrooke, qui offre toujours un programme semblable appelé MBA Gestion des coopératives et des mutuelles, le message est similaire. Yves Trudel, directeur des programmes MBA à l'Université de Sherbrooke, reconnaît que «les coopératives sont relativement populaires au Québec. Nous ne sommes pas au Texas. Malgré cela, le programme représente une portion marginale des inscriptions, très en deçà des 10 %.»


Est-ce que les préoccupations de nature sociale, environnementale et collective existent ? Tout à fait, répond M. Trudel. Selon lui, les étudiants sont maintenant effectivement plus préoccupés par ces questions, surtout les plus jeunes. «Les étudiants de notre MBA spécialisé en droit, par exemple, ont pour la plupart entre 20 et 25 ans. Ils cherchent des occasions de discuter de ces enjeux beaucoup plus que la clientèle MBA régulière, dont la moyenne d'âge se trouve quelque part entre 30 et 40 ans», observe M. Trudel.


Malgré cette tendance qui commence à se faire sentir, à savoir que les préoccupations sociales deviennent toujours plus importantes, M. Trudel estime que la demande demeure telle qu'il serait pour l'instant difficile pour lui d'offrir un programme qui n'aurait que cette saveur.


Adapter les cours


Si la mise sur pied de nombreux programmes MBA spécialisés en entreprise ou en responsabilité sociale reste pour l'instant improbable dans un avenir rapproché, les universités tentent de répondre aux préoccupations des étudiants en intégrant certaines notions de responsabilité sociale dans leurs cours, ou encore en y consacrant des cours en entier.


Le MBA de l'Université de Sherbrooke comporte par exemple deux cours, Enjeux contemporains et Enjeux de la responsabilité sociétale, qui traitent des préoccupations de nature plus sociale que financière. «Les choses ont beaucoup changé depuis 10 ans, dit M. Trudel. Aujourd'hui, on ne pourrait plus enlever ces cours-là du cheminement.»


Jean Cadieux, responsable du cours Enjeux de la responsabilité sociétale, remarque que bien des entreprises se soucient de développement durable, par exemple, ou plus largement d'environnement, parce qu'elles doivent faire de la reddition de compte à cet égard ou parce qu'elles veulent gérer les risques relatifs à leur image. «Dans notre cours, nous voulons mettre de l'avant l'idée que c'est une bonne chose en soi de se soucier de responsabilité sociale, et que ce n'est pas juste une obligation liée à la reddition de compte», dit-il. Plus généralement, le cours vise à donner aux étudiants des outils pour soulever les problèmes dans leurs entreprises, mais aussi pour commencer à les solutionner avant que ne surviennent de plus gros problèmes. «La Ville de Montréal, par exemple, ne s'est pas occupée de l'éthique, dit M. Cadieux. Alors l’éthique s’est occupée de la ­Ville de ­Montréal. »


À l’UQAM, l’histoire est un peu similaire. Guy ­Cucumel, directeur du programme de ­MBA pour cadres de l’­ESG-UQAM, observe lui aussi que les préoccupations relatives à la responsabilité sociale deviennent plus importantes pour les étudiants. Il serait même prêt à offrir davantage de cours traitant de ce thème… si la demande venait à être suffisante.


« ­Si ces enjeux prennent de l’importance aux yeux des étudiants et des entreprises, nous devrons nécessairement en tenir compte, dit M. Cucumel. Mais au regard des résultats des dernières élections, les questions comme l’environnement ne me semblent pas encore être devenues des préoccupations majeures pour la population. »


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