Comment faire rimer talent et immigrant?

Publié le 19/10/2021 à 15:00

Comment faire rimer talent et immigrant?

Publié le 19/10/2021 à 15:00

Par Olivier Schmouker

Il vous est possible d’inspirer confiance et de faire briller vos talents à condition d’avoir l’humilité de ne pas vous considérer comme un «champion» dont les compétences sont sous-utilisées par son employeur québécois. (Photo: Thao Le Hoang pour Unsplash)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

 

Q. – «Cela fait deux ans que j’ai quitté le Maroc pour donner un nouvel élan à ma carrière d’actuaire. Mais là où je travaille, on ne me confie que des tâches simples, rien que je ne faisais déjà dans mon pays d’origine. Je ne progresse pas, ma carrière est en train de stagner. Comment inspirer davantage confiance à mon gestionnaire et à mes collègues québécois, et enfin avoir l’occasion d’exprimer tous mes talents?» – Slimane

 

R. – Cher Slimane, vous rêvez de davantage de responsabilités au travail, mais croyez que votre différence vous en empêche. En vérité, votre différence est une chance, il ne tient qu’à vous de la provoquer, puis de la saisir.

Une équipe de chercheurs pilotée par Andrew Shipilov, professeur de stratégie à l’école de commerce Insead de Fontainebleau (France), a analysé le parcours professionnel de quelque 1 200 artistes chinois ayant émigré à Hong Kong, une colonie britannique jusqu’en 1997, entre 1927 et 2012. Cela concernait la carrière, entre autres, de Faye Wong, devenue une star de la cantopop (la musique pop chantée en cantonais) et du cinéma grâce à différents rôles dans des films du réalisateur hongkongais Wong Kar-wai (2046, Chungking Express). Ou encore, celle de l’acteur pékinois Li Lianjie, qui, une fois arrivé à Hong Kong, est devenu Jet Li et a vu ses films de kung-fu attirer en salle des millions de spectateurs, dans les années 1990 et 2000. 

Cette analyse a mis au jour deux phénomènes intéressants:

 

  1. Curieusement, la plupart des immigrants chinois qui étaient des champions dans leur domaine à leur arrivée n’ont pas connu une belle carrière à Hong Kong. Ils semblaient avoir tous les atouts en poche pour réussir — expertise, réputation, etc. —, pourtant ils sont allés droit dans le mur. Il se trouve que leur gloire les a empêchés de se remettre en question, d’emprunter de nouvelles voies artistiques : un acteur refuse de jouer d’autres rôles que ceux qui ont fait son succès jusqu’à présent ; une chanteuse ne veut pas entendre parler d’un autre style musical que celui qu’elle connaît par cœur ; etc. Faute d’apprentissage, pour ne pas dire d’évolution, leur carrière s’est vite retrouvée dans une impasse.

  2. Inversement, la plupart des immigrants chinois qui ont connu une belle carrière à Hong Kong n’étaient pas des champions dans leur domaine à leur arrivée. Ils avaient la ferme volonté d’apprendre, de progresser et de réussir. Ils ont su faire preuve de souplesse et d’adaptabilité. Ils sont passés du statut de «généraliste» à celui de «champion», leur différence leur ayant permis de sortir du lot. 

 

Le cas de Jet Li est exemplaire à ce sujet. Il était connu en Chine pour ses prouesses physiques au kung-fu, en particulier dans des films sur les moines Shaolin. Comme sa carrière connaissait un creux à la fin des années 1980, il a eu l’idée de la relancer en immigrant à Hong Kong, ville considérée comme un point de connexion entre les cultures orientale et occidentale. Là, il a humblement suivi des cours pour combler les faiblesses de son jeu d’acteur, qui l’empêchaient de décrocher des rôles principaux dans des films hongkongais : il a appris à faire pleurer le spectateur, ou encore à le faire rire. Dès lors, ses nouveaux films, toujours en lien avec le kung-fu, mais à présent enrichis d’émotions et de burlesque, se sont révélés des succès planétaires.

« La polyvalence et la diligence dans l’apprentissage sont les deux cartes maîtresses de l’immigrant », résument Andrew Shipilov et son équipe de chercheurs dans l’étude.

Autrement dit, cher Slimane, il vous est possible d’inspirer confiance et de faire briller vos talents de tous leurs feux à condition d’avoir l’humilité de ne pas vous considérer comme un «champion» dont les compétences sont sous-utilisées par son employeur québécois. Proposez-vous pour prendre en main des dossiers qui sortent de l’ordinaire, qui font peut-être même appel à des talents nouveaux pour vous. Montrez ainsi à votre gestionnaire et à vos collègues que vous pouvez faire preuve d’initiative, que vous êtes prêt à sortir de votre zone de confort, que vous désirez vraiment apprendre et progresser. Bref, lancez-vous, et vous boosterez votre carrière.

Bref, chère Audrey, ouvrez-vous à l’imprévu et vous verrez débouler l’inopiné !

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