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Un repreneuriat de plus de dix ans à la boulangerie St-Donat

Emmanuel Martinez|Mis à jour le 13 juin 2024

Un repreneuriat de plus de dix ans à la boulangerie St-Donat

Guillaume St-Amour et Marie-Ève St-Amour (Photo: courtoisie)

REPRENEURIAT. À la boulangerie St-Donat, qui fête son centième anniversaire cette année, on sait prendre son temps afin de bien faire les choses.

Par exemple, le processus de repreneuriat familial s’est égrené sur plus de dix ans avant que Marie-Ève St-Amour ne prenne le plein contrôle de la PME des Laurentides qui emploie 65 personnes à Saint-Donat. Son père, Guillaume St-Amour, l’avait acquise en 1989 alors qu’elle ne comptait qu’une dizaine d’employés.

« En 2006, il m’a offert 50% des parts, dit la présidente en entrevue. C’était un beau cadeau. On a codirigé l’entreprise jusqu’en 2017, lorsque j’ai racheté sa moitié pour mes 40 ans. Cela a été un processus assez lent, car on s’est donné beaucoup de temps pour passer à la prochaine étape. »

La patronne explique que son père lui a peu à peu laissé les responsabilités des ressources humaines et des embauches pour qu’elle mette en place une équipe qui lui convienne.

« Cela a été très harmonieux, mentionne-t-elle. On a pris le temps de valider notre parcours. La transition s’est faite de manière naturelle. À la fin, on était prêts tous les deux : moi, j’avais assez d’expérience pour voler de mes propres ailes et lui était moins présent parce qu’il avait d’autres projets. »

 

Des tests de personnalité

Le duo père-fille n’a pas réussi ce transfert familial d’entreprise sans aide extérieure. Dès que la femme a été identifiée comme la relève de son père en 2005, un comité consultatif a été mis sur pied afin de favoriser les bonnes relations entre les deux parties. Composé de spécialistes en ressources humaines, en ventes dans le domaine alimentaire, en comptabilité, en production, etc., ce comité est resté en place jusqu’en 2017.

« Ces gens nous offraient un point de vue externe, note-t-elle. C’était bien d’avoir des personnes qui avaient traversé les mêmes choses que nous. On s’est bien fait accompagner. Cela nous aidait à nous sortir d’une dynamique père-fille afin de mettre plus l’accent sur le côté partenaire en entreprise. »

Le tandem a aussi passé un test psychométrique. Pour Marie-Ève St-Amour, c’était afin de déterminer si elle avait ce qu’il fallait pour gouverner la PME. Pour lui, c’était pour voir s’il pouvait bien la comprendre, car la fille est introvertie tandis que le père est plus direct.

« Cela a été très utile, juge la dirigeante. J’ai également pris une coach qui me suit encore aujourd’hui. On parle de certaines situations qui sont survenues, de comment tenir compte des besoins des employés, faire passer mes décisions, travailler avec différents types de personnalité et créer une cohésion au sein de l’équipe. »

La patronne souligne qu’elle et son père ont aussi eu des échanges fructueux avec d’autres entrepreneurs qui vivaient les mêmes problèmes par l’entremise du Groupement des chefs d’entreprises (qui s’appelle maintenant EntreChefs).

 

Cap sur l’Ontario

L’entreprise, qui spécialise dans les tartes de toutes sortes, engrange 90% de ses revenus au Québec. Elle compte toutefois développer ses activités en Ontario cette année.

« C’est notre principal objectif de 2024, explique Marie-Ève St-Amour. On voudrait bonifier nos ventes de 10% dans cette province. »

La propriétaire fait valoir que les capacités de production à ses installations de Saint-Donat sont adéquates pour répondre à une demande croissante pour ses desserts. En outre, elle souligne qu’elle devra davantage miser sur la publicité afin de séduire la clientèle ontarienne.

« Au Québec, on n’a pas beaucoup investi en marketing parce que les gens nous voient en épicerie, dit-elle. Notre présence suffit. En Ontario, on va devoir en faire un peu plus pour qu’on pense à nous. On n’a pas fait cela ici, donc c’est nouveau pour nous. »

L’entrepreneure mise sur « un goût fait maison » pour poursuivre sa croissance. Malgré l’inflation, elle souligne que des ingrédients simples, comme de la crème 35 %, du beurre, de la cassonade et du sirop d’érable, sont toujours bien présents dans ses classiques, comme la tarte aux pacanes ou au sucre, ainsi que ses pets-de-sœur.

Face à ces défis, Marie-Ève St-Amour peut compter sur Guillaume.

« Mon père, c’est mon mentor, mon conseiller, mon oreille, même s’il n’est plus actif dans l’entreprise, confie-t-elle. Nous avons vécu une belle histoire de repreneuriat et j’en suis fière. »