La tarification horaire remise en question

Offert par Les Affaires


Édition du 04 Juin 2016

La tarification horaire remise en question

Offert par Les Affaires


Édition du 04 Juin 2016

[Photo : Shutterstock]

Avec Audãx Avocats, le cabinet qu'elle a fondé en novembre, Anne-Edma Louis veut dépoussiérer les façons de faire. Installée dans l'espace de travail partagé (coworking) Fabrik8, l'avocate de 25 ans offre des forfaits à prix fixe pour des services qui comprennent des procédures standardisées, comme l'incorporation ou l'enregistrement des marques de commerce. «Les clients n'ont pas de mauvaises surprises», dit celle qui sert surtout des entreprises en démarrage et des professionnels à leur compte. Le petit cabinet se démarque aussi par la possibilité de tenir des rencontres virtuelles, un choix encore peu prisé par les clients cependant.

Retour au dossier Les grands du droit

Le Barreau du Québec presse les avocats d'adopter d'autres modes de facturation que le taux horaire. L'évolution des technologies juridiques et des besoins des clients commande, selon lui, un changement de modèle d'entreprise et de mentalité. Pourtant, l'heure facturable est devenue un système de gestion qui structure toute la pratique du droit, déplore-t-il dans son rapport «La tarification horaire à l'heure de la réflexion», publié en mars.

«On se base sur les heures facturées pour évaluer les avocats, les rémunérer et partager les profits entre associés, indique la bâtonnière Claudia Prémont. Cela va peut-être trop loin.» La tarification horaire est utilisée dans 70 % des dossiers.

L'absence de prédictibilité des coûts pour les clients et le fait qu'ils assument seuls la totalité du risque figurent au nombre des conséquences néfastes. «Ce modèle constitue un frein à la justice, car des gens renoncent à consulter un avocat», dit Claudia Prémont, qui appelle les avocats à s'ouvrir aux modes alternatifs de tarification (MAT). Parmi ceux-ci, on retrouve notamment le forfait, le prix plafond (taux horaire jusqu'à l'atteinte d'un prix maximum), les honoraires fixes mensuels ou le taux pondéré (taux unique pour les avocats qui travaillent au dossier, qu'ils soient séniors ou juniors).

« Les clients n’ont pas de mauvaises surprises. » – Anne-Edma Louis, fondatrice d’Audãx Avocats, qui offre des forfaits à prix fixe pour des services comprenant des procédures standardisées, comme l’incorporation ou l’enregistrement des marques de com

Qu'en pensent les avocats ?

Tous constatent la volonté grandissante des clients d'avoir l'heure juste en matière de coûts. «Ce qui préoccupe les clients, c'est bien plus la possibilité de budgéter nos services que le montant de la facture», souligne Éric Bédard, associé directeur de Fasken Martineau au Québec.

Bernard Blouin, associé directeur du bureau montréalais de Miller Thomson, remarque de son côté une hausse tant des demandes de forfaits que des appels d'offres pour obtenir un bouquet de services juridiques.

Ces exigences incitent les avocats à utiliser les technologies pour mieux allouer les ressources, standardiser certains services et prévoir les coûts. «Nous investissons beaucoup dans les technologies, dit Bernard Blouin. Avec des systèmes de gestion de projet, de la documentation et de la recherche par exemple, nous pouvons plus facilement établir les prix, éviter les dépassements et permettre aux clients de suivre l'évolution des coûts à chaque étape.»

Dans son rapport, le Barreau invite les avocats à utiliser davantage les technologies, à décortiquer les étapes de production de leurs services et à tenir des statistiques sur le coût de revient et la profitabilité des dossiers.

Le cabinet boutique en litige Renno Vathilakis illustre bien cette tendance. «Dans plusieurs dossiers, les clients n'ont pas les moyens de payer selon le modèle traditionnel, expose l'associé Karim Renno. C'est entre autres pour leur offrir plus de flexibilité que j'ai ouvert mon cabinet. Dans un grand bureau, c'est plus difficile de faire consensus là-dessus.»

Renno Vathilakis propose notamment un arrangement mixte qui combine un taux horaire réduit à un pourcentage, si le client gagne sa cause. «Nous acceptons aussi certains dossiers seulement au pourcentage, mais cela nécessite une analyse rigoureuse, car nous prenons alors le risque de ne pas être payés du tout.»

Reste que la tarification horaire ne disparaîtra pas de sitôt, car elle facilite le contrôle des coûts pour les avocats. Ainsi, Anne-Edma Louis vend des banques d'heures que ses clients peuvent utiliser à leur gré. De son côté, Renno Vathilakis estime qu'il y a trop d'imprévus en litige pour se passer complètement de l'heure facturable.

«Pour certains mandats, la tarification horaire demeure la meilleure option, et le Barreau n'a pas l'intention d'imposer quoi que ce soit d'autre», rassure la bâtonnière. Il veut toutefois outiller ses membres pour qu'ils offrent un éventail de MAT et puissent ainsi choisir le plus approprié à chaque situation. Il dispensera dès l'automne des formations sur le sujet en plus de fournir de nouveaux modèles de convention d'honoraires.

Retour au dossier Les grands du droit

À suivre dans cette section


image

DevOps

Mercredi 11 septembre


image

Gestion du changement

Mardi 17 septembre


image

Gestion de l’innovation

Mercredi 18 septembre


image

Usine 4.0

Mardi 24 septembre


image

Marché du cannabis

Mercredi 23 octobre


image

Service à la clientèle

Mercredi 23 octobre


image

Communication interne

Mardi 26 novembre


image

Marché de l'habitation

Mercredi 04 décembre


image

Gestion de la formation

Jeudi 05 décembre


image

Sommet énergie

Mardi 21 janvier


image

Santé psychologique

Mercredi 22 janvier


image

Contrats publics

Mardi 28 janvier

DANS LE MÊME DOSSIER

Sur le même sujet

Edilex démocratise la rédaction juridique

07/02/2019 | Anne-Marie Luca

PME DE LA SEMAINE. L’entreprise lavalloise souhaite conquérir les domaines privés et institutionnels.

Les programmes de diversité et de parité se multiplient

Édition du 12 Janvier 2019 | Jean-François Venne

Plusieurs organismes proposent des programmes pour favoriser la diversité et la parité dans les entreprises privées ...

OPINION Avocat performant et parent présent, c'est possible !
Édition du 12 Janvier 2019 | Jean-François Venne
Me Mylany David, avocate d'énergie
Édition du 12 Janvier 2019 | Jean-François Venne
Me Barbara Sheng, avocate polyglotte
Édition du 12 Janvier 2019 | Jean-François Venne

À la une

Dans la tourmente, Nemaska Lithium trouve un investisseur

Son titre bondissait de plus de 43% vers midi.

Mais où est passée la peur de la récession?

BLOGUE INVITÉ. Après un rebond des marchés, on entend beaucoup moins parler de récession. Pourtant...

Fin des services au comptoir à la Laurentienne

Mis à jour le 19/07/2019 | La Presse Canadienne

Les négociations avaient été acrimonieuses entre l’institution financière et la partie syndicale.